Merkel, meilleure groupie de Sarkozy ?

07/02/12 à 06:56 - Mise à jour à 06:56

Source: Le Vif

Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont accordé lundi un entretien croisé à France 2 et la ZDF. Une leçon: la chancelière allemande soutient totalement Sarkozy. Mais qu'en pensent les Allemands ? Voici un début de réponse.

Merkel, meilleure groupie de Sarkozy ?

© Reuters

Si Nicolas Sarkozy avait un fan-club, Angela Merkel pourrait le diriger, sans problème. Du moins, c'est ce qui ressort de l'entretien d'une vingtaine de minutes des deux dirigeants, diffusé sur France 2 et la chaîne publique ZDF.La chancelière allemande n'a cessé de défendre le chef de l'Etat, embourbé dans les sondages à quelques semaines de la présidentielle. Ce qui, d'ailleurs, lui semble normal: "Nous sommes de la même famille politique", souligne-t-elle. Logique, aussi, selon elle, car Nicolas Sarkozy l'avait soutenue pour sa campagne, avant le début de son deuxième mandat, en 2009. Du coup, pour lui rendre la pareille, elle a confirmé qu'elle défendrait le président de la République, "quoi qu'il fasse" dans les prochaines semaines. En somme, pour souligner que Nicolas Sarkozy ne s'est pas encore présenté.
Ainsi Angela Merkel s'immisce-t-elle dans la campagne politique française. Et elle va même plus loin. Devant les deux journalistes, David Pujadas pour France 2 et son homologue allemand de la ZDF, elle s'en est prise à François Hollande. Le candidat socialiste souhaitait rencontrer la chancelière allemande avant le premier tour de la présidentielle? Peine perdue: Angie, comme on la surnomme outre-Rhin, a rappelé que cette entrevue n'était pas "prévue", ni à l'ordre du jour.

Obama et Royal oui, mais pas Hollande

Le journaliste allemand, qui lui a posé la question, lui avait pourtant rappelé qu'avant le début de son mandat, elle avait rencontré Ségolène Royal, la candidate socialiste d'alors, mais aussi le représentant de la famille des démocrates et futur président des États-Unis, Barack Obama. Réplique de la chancelière: "Nicolas Sarkozy n'a pas non plus reçu le chef de l'opposition social-démocrate, Frank-Walter Steinmeier." Du coup, cela oblige François Hollande à la rencontrer après son éventuelle élection. Et ça coince, là aussi, au grand plaisir de Nicolas Sarkozy: le candidat PS veut renégocier, a-t-il redit sur Twitter, aujourd'hui, juste après le 14e Conseil des ministres franco-allemand, "le Traité européen", pour y ajouter une partie sur la croissance en Europe? Fin de non-recevoir de la part d'Angie. Qui lui répond en prenant l'exemple turc: "Quand je suis arrivée à la chancellerie, je ne voulais pas poursuivre les pourparlers avec la Turquie sur l'adhésion à l'Union européenne, défendus par mon prédécesseur" Schröder. Elle n'avait pas eu le choix. Et là, c'est pareil. Les 26 chefs d'Etat et de gouvernement se sont mis d'accord sur un pacte de stabilité financière. Point barre. Nicolas Sarkozy peut donc jubiler...

"Pour Merkel, il est vital que Sarkozy gagne les élections"

Sarkozy s'affiche aux côtés la chancelière, vante sans cesse le modèle allemand... Comment ce rapprochement est-il vécu outre-Rhin? Élisabeth Jahn, journaliste pour la Deutsche Welle, a répondu à nos questions. En ce moment, il est une image rémanente dans l'esprit des Français: l'Allemagne. Mais quel regard nos voisins portent-ils sur la stratégie électorale de Nicolas Sarkozy? Sont-ils heureux de se voir instrumentaliser? Élisabeth Jahn, journaliste télévision pour la Deutsche Welle , a accepté de répondre aux questions de LeVif.be .

L'Allemagne a-t-elle intérêt à s'inviter dans la présidentielle française? En effet, la question se pose chez nous. Et apparemment, oui, l'Allemagne en a besoin. Angela Merkel sait que François Hollande est en tête dans les sondages. Et l'éventualité de voir la France changer de président n'est pas pour lui plaire. Si cela se produit, la chancelière se trouverait trop isolée avec sa politique de rigueur pour régler la crise financière européenne. Il a déjà fallu beaucoup de temps à Angela Merkel pour se mettre d'accord avec Nicolas Sarkozy, et il est pourtant du même courant politique. François Hollande, en revanche - que j'ai entendu parler lors de son discours enflammé devant les Socio-démocrates allemands (SPD) pendant leur dernier congrès de parti à Berlin- ne cache pas le fait qu'il ne porte pas l'univers de la finance dans son coeur. A l'inverse Merkel veut renforcer la compétition sur le marché. Il est donc vital que le Président sortant gagne les élections en France et que la chancelière garde son associé.

Comment la population allemande perçoit-elle le fait que Merkel soutienne Sarkozy? La présidentielle française n'occupe que peu de place dans l'actualité allemande. En revanche, c'est un sujet d'intérêt pour les politiques. Le FDP, parti partenaire de coalition de la chancelière, a reproché à Angela Merkel de remettre en question la neutralité allemande. Mais il faut dire que les deux partis de la coalition (CDU et FDP) ne sont, presque, jamais d'accord sur quoi que ce soit en ce moment. Du côté de la population, ce qui occupe beaucoup plus les Allemands en ce moment, ce sont les manifestations à Moscou et les élections à venir en Russie. Et avant cela, l'avenir de l'économie européenne, les dettes de la Grèce et la démarche commune des politiciens européens pour réagir face à cette crise... Le fait qu'Angela Merkel soutienne le candidat de l'UMP ne suscite que peu d'intérêt.

Comment les Allemands réagissent-ils quand ils voient Sarkozy citer l'Allemagne en exemple à tout bout de champ?
Par l'indifférence. Bien sûr qu'on entend parler des déclarations de Sarkozy, mais on ne les prend pas forcément au sérieux. Ce n'est rien de plus qu'une manoeuvre de campagne. Le candidat UMP a besoin de la chancelière, et du poids politique et économique qu'elle représente en Europe. Et en se rapprochant encore d'elle, il compte peut-être bénéficier de l'image de stabilité, de pragmatisme et de sobriété d'Angela Merkel. Je ne suis pas persuadée que ça fonctionne, car à mon avis c'est loin de ce que souhaitent les Français dans cette campagne électorale. Ils n'ont pas envie de voir mentionner l'Allemagne quinze fois en deux minutes. Ils veulent quelque chose de plus proche d'eux, et de leurs préoccupations.

Philippe Lesaffre et Flavien Hamon, L'Express

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