Massacre de Srebrenica: le président serbe demande pardon "à genoux"

25/04/13 à 17:18 - Mise à jour à 17:18

Source: Le Vif

Dans une interview dont des extraits ont été diffusés sur Internet, le président serbe, Tomislav Nikolic, demande pardon "à genoux" à la Bosnie pour le massacre de Srebrenica où 8000 bosniaques avaient été assassinés par des militaires serbes.

Massacre de Srebrenica: le président serbe demande pardon "à genoux"

© Reuters

C'est "à genoux", selon ses propres termes, que le président de la Serbie, Tomislav Nikolic, a présenté des excuses publiques à la Bosnie pour le massacre des musulmans de Srebrenica, en juillet 1995. "Je m'agenouille et demande que la Serbie soit pardonnée pour le crime commis à Srebrenica", a déclaré Tomislav Nikolic dans une interview qui sera diffusée le 7 mai prochain à la télévision d'État bosnienne mais dont certains extraits sont d'ores et déjà disponibles sur Internet.

Comme son prédécesseur Boris Tadic - considéré comme plus ouvert sur l'Occident, il s'était excusé auprès des familles des victimes de Srebrenica lors d'une commémoration du massacre en 2005 - Tomislav Nikolic a pris soin d'éviter le terme de "génocide", préférant parler de "crime". En juillet 1995, sous le commandement du général Ratko Mladic, l'Armée de la République Serbe de Bosnie avait massacré 8000 hommes et adolescents bosniaques à proximité de la ville de Srebrenica dans l'est de la Bosnie-Herzégovine. 400 Casques bleus de l'ONU, présents dans la région au moment des faits, étaient restés impuissants. Considéré comme "le pire massacre depuis la fin de la seconde guerre mondiale", cet épisode a été qualifié, à de multiple reprises, de "génocide" par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie et la Cour internationale de Justice.

Virage à 180 degrés

En demandant pardon pour "les crimes commis au nom de notre Etat", Tomislav. Nikolic, nationaliste et populiste, opère un virage à 180 degrés par rapport à son discours habituel. En effet, au lendemain de son élection à la présidence de la Serbie, le 31 mai 2012, il avait provoqué l'ire de la Bosnie et suscité l'indignation des pays occidentaux en affirmant qu' "il n'y a pas eu de génocide à Srebrenica".

Ces déclarations spectaculaires marquent un tournant dans la diplomatie du pays. Les excuses du président serbe s'inscrivent dans un contexte d'apaisement, à un moment où la Serbie entend donner des gages à l'Europe dans la perspective d'une éventuelle adhésion à l'Union. Sous la pression de Bruxelles, le gouvernement serbe tente, en parallèle, de normaliser ses relations avec le Kosovo. Un accord jugé "historique" vient d'être signé en ce sens le 19 avril entre les deux parties.

Pas sûr toutefois que le revirement du président serbe suffise à cicatriser des plaies encore vives dans les Balkans. La présidente de la principale association des mères de Srebrenica, Munira Subasic, a déclaré à l'AFP ne "pas être convaincue de la sincérité" des propos de Tomislav Nikolic. "Nous n'avons pas besoin que quelqu'un se mette à genoux pour demander pardon. Nous voulons entendre le président serbe et la Serbie prononcer le mot génocide. C'est seulement alors que nous allons croire que c'est un geste sincère", a-t-elle déclaré.

Par Youshaa Hassenjee

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