Malte enterre la journaliste anticorruption assassinée

03/11/17 à 15:22 - Mise à jour à 15:22

Source: Afp

Des centaines de personnes se sont rassemblées vendredi à Malte pour les funérailles de la journaliste et blogueuse anticorruption Daphne Caruana Galizia, dont l'assassinat le 16 octobre a provoqué une onde de choc bien au-delà de la petite île méditerranéenne.

Malte enterre la journaliste anticorruption assassinée

© Reuters

Les participants ont pris place pour la plupart dans le grand sanctuaire chrétien de Mosta, où a débuté vers 14H00 (13H00 GMT) la cérémonie, non loin du domicile et de l'endroit même où la journaliste de 53 ans a trouvé la mort dans l'explosion de sa voiture piégée.

Un attentat quasi inédit dans un pays de l'Union européenne, qui a profondément choqué en Europe et au-delà.

"Aujourd'hui, le monde est en deuil de Daphne Caruana Galizia", a affirmé vendredi la Commission européenne, qui a décidé de mettre en berne le drapeau européen à son siège à Bruxelles et à travers le monde, à la demande de son président Jean-Claude Juncker.

Une messe a été dite par l'archevêque de Malte, Mgr Charles Scicluna, lors de cette cérémonie interdite à la presse. Plusieurs membres de l'assistance ont aussi demandé à plusieurs reprises à des cameramen d'arrêter de filmer à l'extérieur de l'église lors de l'arrivée du convoi funèbre.

"Nous sommes ici aujourd'hui (vendredi) pour prier pour Daphne, victime de la violence meurtrière qui ôté la vie à une femme, une mère, une journaliste", a déclaré Mgr Scicluna dans son homélie.

La famille de la journaliste a expressément souhaité que ses funérailles conservent un caractère privé.

Le gouvernement maltais a toutefois décidé de faire de vendredi une journée nationale de deuil en mémoire de la journaliste, et pour affirmer qu'"aucune attaque à l'encontre de la liberté d'expression n'est admise dans la démocratie maltaise".

Comme à Bruxelles, les drapeaux étaient en berne partout dans l'île, le plus petit Etat de l'Union européenne avec 430.000 habitants.

Peu de personnalités ont assisté à ces funérailles, à l'exception du président du Parlement européen Antonio Tajani. Ce dernier a réclamé la semaine dernière une "enquête internationale" pour faire la lumière sur cet attentat, pratiquement inédit dans l'histoire de l'Union européenne.

En première ligne

Daphne Caruana Galizia "était une sentinelle, un soldat en première ligne dans la défense de nos valeurs", a affirmé M. Tajani. La Commission européenne a réitéré de son côté vendredi sa demande d'une enquête "indépendante et approfondie" et l'arrestation des coupables.

La presse internationale s'est également mobilisée. Plusieurs patrons de presse, dirigeant quelques uns des plus grands journaux ou rédactions dans le monde, ont signé jeudi une lettre commune adressée au premier vice-président de la Commission européenne Franz Timmermans, dans laquelle ils lui demandent d'utiliser ses pouvoirs pour que justice soit faite et la liberté de la presse préservée à Malte.

"Il ne faut pas laisser les assassins de Daphne parvenir à étouffer son enquête sur la corruption au sein des plus hautes sphères à Malte", écrivent ainsi les directeurs du Guardian, du Monde, du Financial Times, d'El Pais, de La Repubblica, du Süddeutsche Zeitung, du New York Times et de la BBC.

Aucun suspect n'a toutefois été identifié jusqu'à présent par les enquêteurs maltais, aidés par des experts étrangers, notamment du FBI américain et d'Europol.

Le gouvernement a promis un million d'euros de récompense pour toute information permettant de mener aux auteurs et aux commanditaires du meurtre.

Mais à Malte, beaucoup ne font pas confiance aux responsables judiciaires et policiers, dont plusieurs avaient été visés par les attaques au vitriol de la blogueuse.

Souvent qualifiée de "Wikileaks à elle toute seule", Daphne Caruana Galizia avait révélé certains des pans les plus sombres de la politique maltaise, s'en prenant avec virulence au Premier ministre travailliste Joseph Muscat, et plus récemment aussi au chef de l'opposition.

Après sa mort, ses fils ont réclamé la démission de M. Muscat, l'accusant de s'être entouré d'escrocs et d'avoir créé une culture d'impunité ayant transformé Malte en "île mafia".

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