Libye : les discussions à l'OTAN tournent à l'orage

22/03/11 à 08:19 - Mise à jour à 08:19

Source: Le Vif

L'orage, qui menaçait depuis des jours au sein de l'OTAN, a fini par éclater lundi, la France refusant que l'Alliance remplace la coalition internationale en Libye et la Turquie rejetant l'idée de lui donner carte blanche pour imposer une zone d'exclusion aérienne.

Libye : les discussions à l'OTAN tournent à l'orage

© REUTERS/Goran Tomasevic

Au cours d'une énième réunion, les ambassadeurs d'une majorité des 28 pays membres ont confirmé lundi leur souhait que l'Alliance relaie au plus tôt la coalition qui a lancé la campagne de bombardements samedi, selon les diplomates. Un point de vue qu'a résumé le chef de la diplomatie luxembourgeoise, Jean Asselborn, venu à Bruxelles pour une réunion européenne qui avait aussi la Libye à son ordre du jour : "Mon pays comme beaucoup d'autres, n'a qu'un seul moyen de s'engager, c'est dans le cadre de l'OTAN."

Paris, bien qu'assez isolé, renâcle cependant devant ce qu'impliquerait un tel affichage : si l'OTAN dirige l'intervention, les pays arabes ne voudront pas s'y rallier et, pire, finiront par la dénoncer, répète la France. Actuellement, les opérations de la coalition emmenées par les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne, sont nationales et coordonnées par les QG américains de Ramstein et Naples.

Le président américain Barack Obama a assuré pour sa part que "l'OTAN jouera un rôle" dans un délai "de jours, non de semaines". "L'OTAN sera impliquée dans une fonction de coordination en raison de l'extraordinaire capacité de cette alliance", a précisé le président américain depuis le Chili, où il est en visite.

Le Premier ministre britannique, David Cameron, s'est prononcé lundi devant le Parlement pour que l'OTAN prenne "au bout d'un moment" les commandes, tout en évoquant la possibilité qu'un officier britannique, américain ou français soit nommé à la tête de l'opération. Le chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi a demandé lui aussi lundi soir que l'OTAN prenne en main les commandes : "Nous souhaitons que le commandement des opérations passe à l'OTAN et qu'il y ait une coordination différente de celle qui existe actuellement."

Une position partagée par la Belgique : "L'objectif est, dans les plus brefs délais, de passer au commandement de l'OTAN pour imposer le respect de la zone d'exclusion", a affirmé Pieter De Crem, notre ministre de la Défense.

La France n'est pas encore dans ces dispositions. Le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, à l'issue de la réunion de l'UE, a observé que "l'OTAN était disposé à venir en soutien de la coalition dans quelques jours", semblant réserver un rôle complémentaire et non central à l'Alliance.

La position française est ainsi décryptée par un responsable militaire : "Il faut trouver une formule permettant de recourir aux moyens de l'OTAN sans que son drapeau n'apparaisse."

Témoignant de la tension grandissante, la Norvège a annoncé qu'elle "suspendait" la participation aux opérations de ses avions F-16 arrivés en Italie puis repartis en Crète, "à une clarification du commandement". L'Italie a placé la barre encore plus haut. Son ministre des Affaires étrangères, Franco Frattini, a lâché que si la question n'était pas réglée, son pays reprendrait le contrôle des bases qu'elle a mises à la disposition de la coalition.

Autre point de dissension, l'Allemagne et surtout la Turquie ne veulent pas que l'OTAN, si elle devait finalement intervenir, bombarde à son tour comme la coalition l'a fait depuis 48 heures. Des objections qui ne portent pas sur le commandement mais sur la nature de l'intervention de l'OTAN.

Au terme d'une semaine de débats intensifs, les plans opérationnels pour deux des trois missions qui pourraient incomber à l'OTAN - sécurisation d'une opération humanitaire, respect de l'embargo sur les armes - ont été validés. Dimanche soir, cependant, l'ambassadeur turc a demandé à l'OTAN de revoir sa copie en ce qui concerne la troisième mission - une zone d'interdiction aérienne - voulant apparemment des garanties sur les règles d'engagement afin que les civils libyens ne soient pas mis en danger.

Les discussions à l'OTAN, qualifiées de "très difficiles" par un diplomate allié, étaient suspendues une fois de plus lundi soir.

Libye : tirs de DCA et explosions à Tripoli, une base navale touchée

Des tirs de la défense anti-aérienne, suivis d'au moins cinq fortes explosions, ont été entendus lundi soir à Tripoli, notamment au nord de la ville, du côté de la mer, où une base navale a été touchée, selon des journalistes de l'AFP et des habitants de la capitale.

La DCA de l'armée gouvernementale libyenne est entrée en action peu après 19 h GMT et au moins trois explosions ont retenti, selon un journaliste de l'AFP. Après plus d'une heure d'accalmie, le mitraillage a repris et deux nouvelles explosions ont été entendues.

Selon des témoins, une base de la marine libyenne située à 10 km à l'est de Tripoli a été touchée par les bombardements. La base navale de Boussetta a été touchée peu après 19 h GMT, ont indiqué des témoins qui ont vu des flammes s'échapper de la base.

La télévision d'Etat libyenne a annoncé lundi soir que la coalition internationale bombardait Tripoli. Selon Moussa Ibrahim, porte-parole du gouvernement, les raids de la coalition ont également touché lundi soir un "petit port de pêche" à 27 km à l'ouest de Tripoli. Mais selon des habitants, les raids ont visé une caserne de l'armée du régime située dans cette zone.

LeVif.be, avec Belga

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