Libye : la dernière semaine de règne de Kadhafi

22/08/11 à 11:15 - Mise à jour à 11:15

Source: Le Vif

Le colonel Mouammar Kadhafi serait en train de vivre ses dernières heures à la tête de la Libye. Depuis une semaine, les évènements se sont accélérés dans le pays. Retour sur une semaine qui marquera certainement la fin d'une dictature qui aura duré 42 ans.

Libye : la dernière semaine de règne de Kadhafi

© Reuters

LUNDI

Tôt lundi, dans un message diffusé par la télévision libyenne, le premier depuis quelques semaines, Kadhafi prédit une "fin proche pour les rats" et pour le "colonisateur", en allusion aux rebelles et à l'Otan.

De leur côté, les rebelles libyens ont pris le contrôle de trois villes clés sur la route de Tripoli (Gharyane, Sorman et Zawiyah), l'une de leurs plus importantes percées depuis le début du conflit il y a six mois. Ils resserrent ainsi l'étau autour de Tripoli, bastion du régime. Sur le front Est, les rebelles contrôlent désormais toute la zone résidentielle dans l'est de Brega.

L'envoyé spécial pour la Libye du secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, le Jordanien Abdel Ilah Khatib, arrive à Tunis en annonçant qu'il vient se joindre aux discussions entre responsables du régime et de la rébellion.

Par ailleurs, un représentant de l'opposition libyenne, Ali Aujali, a été accrédité en tant que nouvel ambassadeur libyen à Washington.

MARDI

Mardi, Mansour Saif al-Nasr, le représentant en France du Conseil national de transition libyen (CNT), affirme que le conflit libyen entre "dans une phase décisive" et espère une victoire des rebelles libyens "en même temps que la fin du ramadan", fin août.

L'Otan a condamne le tir effectué dimanche d'un missile balistique Scud sur des positions rebelles par les forces loyales au dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, tout en y voyant une preuve que le régime est aux abois face aux avancées considérables réalisées par l'insurrection. Il s'agissait du premier tir connu de ce type de missile sol-sol depuis le début de l'intervention internationale en Libye le 19 mars.

L'Otan constate également une progression générale de l'insurrection libyenne sur les différents fronts au cours de la semaine, assurant que le régime deKadhafi ne dispose plus de capacité opérationnelle significative dans le réduit qu'il contrôle encore autour de la capitale, Tripoli.

MERCREDI


Mercredi, la rébellion libyenne définit une nouvelle feuille de route pour l'après-Kadhafi, une "déclaration constitutionnelle" qui prévoit de remettre le pouvoir à une assemblée élue dans un délai de huit mois maximum et l'adoption d'une nouvelle Constitution.

Des "technocrates" du régime de Mouammar Kadhafi entrent en contact avec les insurgés pour "trouver des points de chute" à l'extérieur de la Libye. Beaucoup de ces responsables souhaitent demander l'asile politique en Europe.

Des informations contradictoires circulent depuis quelques jours sur la tenue à Djerba et à Tunis de négociations entre représentants du régime et de l'insurrection libyenne.

De violents combats se déroulent entre rebelles et forces pro-Kadhafi dans une nouvelle localité de l'ouest de la Libye, entre la frontière tunisienne et Tripoli.

A une cinquantaine de kilomètres à l'ouest de Tripoli, Ajaylat est située à quelques kilomètres au sud des villes de Sabrata et Sorman. Ces deux localités le long des côtes de la Méditerranée sont entièrement sous notre contrôle.

JEUDI

Jeudi, des rebelles libyens annoncent avoir pris le contrôle de Morzuk, une importante localité du sud-ouest. C'est la deuxième ville de la région du Fezzan, dont Sebha est la capitale. Noeud de communication vital vers le Sud saharien, le Fezzan, avec Sebha en particulier, est une pièce maîtresse du dispositif du colonel Kadhafi.

Les rebelles prennent également le contrôle de la raffinerie de Zawiyah, à une quarantaine de kilomètres à l'ouest de Tripoli. Après quatre jours de combats dans Zawiyah, l'hôpital reste en revanche toujours aux mains des forces du régime.

Les rebelles de l'enclave côtière de Misrata annoncent, pour leur part, avoir progressé d'une quarantaine de kilomètres au sud en direction de la ville de Syrte, prenant le contrôle d'un pont stratégique sur cet axe. Cela signifie que les rebelles ont progressé jusqu'à 80 kilomètres au sud de Misrata sur la route désertique qui longe la côte Méditerranéenne et mène à la ville de Syrte, région d'origine du colonel Kadhafi et place-forte du régime.

Le Premier ministre libyen Baghdadi Mahmoudi lance de nouveau un appel à "un cessez-le-feu" et au dialogue, tout en excluant un départ du dirigeant Mouammar Kadhafi.

Des avions de chasse britanniques coulent un navire des forces de Kadhafi près du port pétrolier de Zawiyah.

VENDREDI

Vendredi, les rebelles libyens annoncent avoir lancé une offensive sur Zliten et affirment avoir avancé de près de cinq kilomètres et pénétré dans le centre de cette ville disputée à 150 km à l'est de Tripoli. Venus de l'enclave de Misrata, à une cinquantaine de kilomètres plus à l'est, les rebelles tentent depuis début août de s'emparer cette ville de 200.000 habitants le long de la côte méditerranéenne.

Un plan pour l'évacuation de milliers de migrants bloqués à Tripoli est en cours d'élaboration, alors que les combats entre rebelles et forces pro-Kadhafi s'intensifient près de la capitale libyenne. Plus de 600.000 migrants ont déjà quitté la Libye depuis le début de la crise.

Une résidence du chef des renseignements libyens, Abdallah Senoussi, qui fait l'objet d'un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI), est détruite à l'aube par des frappes de l'Otan sur Tripoli.

Abdessalem Jalloud, un ancien compagnon du colonel Mouammar Kadhafi et ex-numéro deux du régime libyen, tombé en disgrâce au milieu des années 1990, réussit à fuir Tripoli et passe à la rébellion.

SAMEDI

Samedi, le chef de la rébellion libyenne, Moustapha Abdeljalil, annonce que la fin de Mouammar Kadhafi est "très proche", tandis que sur le terrain les rebelles rencontrent une résistance à Brega (est), au lendemain d'avancées à Zliten et à Zawiyah.

Plusieurs explosions et des échanges de tirs nourris ont retenti dans la nuit à Tripoli, tandis que des témoins ont fait état d'"affrontements" dans certains quartiers de la capitale. Des échanges de tirs à l'arme légère étaient entendus depuis le centre de la capitale, après la rupture du jeûne du ramadan.

Tard dans la soirée la télévision officielle diffuse un message sonore du colonel Kadhafi exhortant ses partisans à "marcher par millions" pour "libérer les villes détruites". Qualifiant les rebelles d'"agents, de traîtres et de rats" qui "profanent les mosquées", il a ajouté qu'ils étaient "des agents du (président français Nicolas) Sarkozy qui veut prendre le pétrole libyen".

DIMANCHE

Tôt dimanche, quatre puissantes explosions secouent la capitale libyenne, dont plusieurs quartiers sont le théâtre de violents affrontements entre des insurgés et de forces loyales au régime du colonel Kadhafi. Les rebelles sont à une vingtaine de kilomètres de Tripoli.

Ils prennent une forêt à 24 kilomètres à l'ouest de Tripoli après des combats meurtriers contre les forces fidèles au dirigeant libyens.

Le régime adresse des messages sur les téléphones portables appelant "le peuple à sortir dans toutes les villes pour éliminer les traîtres et les agents avec des armes et pour les piétiner".

Après avoir observé pendant six mois une neutralité prudente vis à vis des belligérants libyens, la Tunisie, directement concernée par le conflit chez son voisin, reconnait finalement la rébellion comme interlocuteur légitime. Depuis le début du soulèvement en Libye mi-février, la Tunisie, qui a accueilli jusqu'à 700.000 réfugiés, est restée officiellement neutre vis à vis des deux belligérants, en raison des relations de bon voisinage et des risques de débordement du conflit sur son sol. La Tunisie rejoint la trentaine de pays à reconnaître officiellement le CNT.

Les rebelles libyens venus des montagnes de Nefoussa dans l'Ouest libyen sont désormais à 12 km de la capitale.

Mouammar Kadhafi affirme qu'il ne se rendra pas et sortira "victorieux" de la bataille de Tripoli dans un nouveau message sonore diffusé par la télévision, alors que les rebelles lancent leur assaut contre la capitale. Il s'agit du second message en moins de 24 heures de Kadhafi, qui reste combatif malgré la perte par ses troupes de plusieurs villes ces derniers jours dans l'est et l'ouest du pays, avant le lancement samedi soir de l'assaut des rebelles contre la capitale, bastion du régime.

Le régime de Mouammar Kadhafi est en train de "s'effondrer" ce dimanche soir, estime l'Otan à la suite du déclenchement de l'offensive des rebelles libyens à Tripoli.

Les rebelles libyens affirment dimanche soir avoir arrêté deux fils du dirigeant libyen. Seif al-Islam et al-Saadi ont été arrêtés dans un village touristique à l'ouest de Tripoli, Abu Bakr al-Tarbulsi.

Dans le même temps, les rebelles affirment être entrés dans un quartier la ville proche de la résidence du leader libyen. Ils assurent que les forces favorables au régime battent en retraite et disent avoir capturé plusieurs militaires pro-Kadhafi.

Le porte-parole du régime affirme dans la nuit que 1.300 personnes sont mortes dans les dernières 24 heures à Tripoli, qualifiant les combats de "véritable tragédie".

Des dizaines de milliers d'habitants de Benghazi en délire envahissent les rues de la "capitale" rebelle dans l'est de la Libye pour célébrer la fin prochaine du régime du colonel Mouammar Kadhafi. Des concerts de klaxon, tirs d'armes automatiques en l'air, cris de victoire éclatent dans toute la ville à l'annonce par les chaînes de télévision en arabe de l'arrivée des rebelles jusqu'au coeur de la capitale Tripoli.

LUNDI

Le régime de Kadhafi est en train de "s'effondrer", affirme le secrétaire général de l'Otan Anders Fogh Rasmussen dans la nuit de dimanche à lundi, appelant la rébellion à préserver l'unité du pays et à travailler à une réconciliation nationale.

La connexion internet est rétablie pour le public à Tripoli, pour la première fois depuis le début de l'insurrection en Libye, mi-février.

Aux premières heures, les rebelles atteignent la place Verte, au centre de Tripoli, selon des images diffusées par Sky news.

Kadhafi serait encore dans sa résidence de Bab Al-Aziziya à Tripoli. Des violents combats font rage lundi matin autour de Bab Al-Aziziya, une forteresse de plusieurs hectares qui était la cible de plusieurs raids de l'Otan depuis le début de ses opérations en Libye, en mars.

Quasiment tous les bâtiments ont été rasés par les bombardements de l'Alliance atlantique. Mais le colonel Kadhafi disposerait de plusieurs bunkers dans sa résidence, a ajouté la même source.

Le Vif.be, avec Belga

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