"Libéraux, révolutionnaires, fondamentalistes : la recherche d'une intensité existentielle sert tous les camps"

12/06/16 à 10:47 - Mise à jour à 10:48

Source: Le Vif/l'express

Refuser la tiédeur, chercher partout les sensations et la fulgurance, vouloir exister plus fort. D'où vient l'idée que le sens ultime de la vie serait de la rendre toujours plus intense? Dans un essai ouvert et narratif intitulé La Vie intense, le philosophe et romancier Tristan Garcia se propose d'examiner un idéal devenu obsession. Manière, aussi, de raconter autrement l'avènement de la modernité...

D'où vous est venu cet intérêt pour la notion d'intensité ?

La notion d'intensité m'intéresse, parce que c'est l'idéal du monde libéral autant que celui de ses ennemis. Au XIXe siècle, l'intensité est le terme clé, la grande promesse d'un capitalisme davantage tourné vers les travailleurs. C'est un mot qu'on retrouve dans les parcs d'attraction, les Nickelodeon, les premiers cinémas, qui promettent une expérience saisissante, fulgurante pour compenser une vie ennuyeuse, plate, routinière - la vie à l'heure de la modernité technique. Or, l'intensité est utilisée au même moment par tous ceux qui allaient s'opposer à la promesse capitaliste. Rimbaud ou les artistes romantiques la brandissent précisément pour dire la valeur de ce qui va échapper à la grande modernité rationnalisatrice, ce qui ne pourra pas être évalué, la quantité de ce qui ne pourra pas être quantifié. C'est encore vrai aujourd'hui. Libéraux, hédonistes, révolutionnaires, fondamentalistes: la recherche d'une intensité existentielle sert tous les camps. Et jusqu'au journal de propagande de Daech, qui utilise cet argument et fait le portrait d'une jeunesse occidentale livrée à une forme de désengagement, de platitude, de mollesse, de perte de la nervosité essentielle de la vie.
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