Les USA plantent le décor d'une intervention en Syrie

27/08/13 à 06:57 - Mise à jour à 06:57

Source: Le Vif

Les Etats-Unis ont planté lundi le décor d'une intervention militaire contre le régime syrien en réaction à une attaque chimique selon eux "indéniable" contre des civils la semaine dernière près de Damas.

Les USA plantent le décor d'une intervention en Syrie

© Reuters

"Des armes chimiques ont été utilisées en Syrie", a déclaré le secrétaire d'Etat John Kerry, pour la première fois aussi catégorique sur ce nouveau développement dans le conflit: "c'est indéniable".

Le chef de la diplomatie américaine a qualifié d'"indécence morale" l'usage de ces armes, qui auraient fait plus de 1.000 morts dans la Ghouta orientale le 21 août, selon l'opposition au président syrien Bachar al-Assad.

Sans désigner de coupable, M. Kerry a assuré que "le président Obama pense que ceux qui ont recours aux armes les plus atroces contre les populations les plus vulnérables de la planète doivent rendre des comptes".

M. Obama, qui n'a jamais caché sa réticence à intervenir militairement au Moyen-Orient depuis son arrivée au pouvoir, n'a pas encore pris de décision sur la forme que prendrait la réaction de son pays, a expliqué son porte-parole Jay Carney. Mais "il est dans l'intérêt des Etats-Unis et de la communauté internationale qu'il y ait une réaction à cette violation des règles internationales", a-t-il affirmé.

"Je ne veux pas m'avancer sur le moment où une réaction ou une décision interviendra", a ajouté M. Carney. Comme M. Kerry, il a refusé d'aller jusqu'à évoquer des frappes militaires. Mais des interlocuteurs de la Maison Blanche et des observateurs ont laissé entendre qu'une décision était proche, et que sa forme ne faisait guère de doute.

"Je pense qu'une réaction est imminente, j'ai parlé hier (dimanche) soir avec la Situation Room", la salle de gestion des crises de la Maison Blanche, a expliqué lundi matin le sénateur républicain Bob Corker, qui siège à la commission des Affaires étrangères.

L'ombre de l'Irak en 2003 "Je pense qu'évidemment nous sommes en train d'oeuvrer à rassembler nos alliés de l'Otan, nos moyens (militaires) sont en place", a ajouté l'élu sur la chaîne MSNBC, en se disant persuadé que "l'on va assister à une frappe chirurgicale et proportionnée contre le régime Assad en réaction à ce qu'ils ont fait, et je soutiens cela".

"Le sens commun semble dire qu'il y aura des bombardements limités pour faire passer un message", a remarqué pour sa part Salman Shaikh, du centre de l'Institut Brookings à Doha (Qatar), en estimant que "cela serait fait avec le soutien de pays de la région et sur la scène internationale, même si c'est en dehors de l'ONU", voie impossible vu le soutien jusqu'ici sans faille de la Russie à son allié syrien.

En quatre ans et demi de présidence, M. Obama a démontré sa réticence extrême à intervenir militairement dans le monde arabo-musulman, lui qui avait bâti une partie de sa candidature en 2008 sur le rejet de l'invasion américaine "impulsive" et "stupide" de l'Irak cinq ans plus tôt.

Mais en mars 2011, il avait engagé les moyens militaires et aériens des Etats-Unis dans l'opération contre Mouammar Kadhafi en Libye, tandis que la "guerre secrète" des drones au Pakistan et au Yémen a pris une nouvelle ampleur sous sa présidence.

Ces nouvelles opérations militaires décidées par M. Obama ont eu un point commun: pas d'Américains au sol - slogan encore repris lundi par M. Carney - et risques immédiats d'engrenage limités.

Sur ce dernier volet, la situation en Syrie est loin d'être aussi claire, note Anthony Cordesman, du groupe de réflexion CSIS. "Il sera impossible pour les Etats-Unis d'avoir recours à la force pour détruire le régime Assad en étant certains que la Syrie ne tombera pas sous la coupe d'extrémistes islamistes sunnites, ou se fragmentera en blocs alaouite, sunnite et kurde qui seront encore plus violents et durables que les divisions ethniques en Irak", prévient cet expert.

Les USA accusent Damas d'avoir à nouveau bombardé le site Les Etats-Unis ont accusé Damas d'avoir à nouveau bombardé le site d'une attaque présumée aux armes chimiques après son examen par des inspecteurs de l'ONU lundi, pour tenter de dissimuler des preuves.

"Aujourd'hui, le convoi de l'équipe des Nations unies a été attaqué alors qu'il se rendait sur le site, et lors de son retour (...) le quartier a à nouveau été bombardé, nouvelle preuve du manque de crédibilité du régime syrien dans ce dossier", a affirmé le porte-parole de la Maison Blanche, Jay Carney.

Plus tôt, les experts de l'ONU avaient pu recueillir dans deux hôpitaux des témoignages de victimes de l'attaque chimique présumée survenue le 21 août dans la banlieue de Damas, selon le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon.

M. Ban a également protesté contre les tirs qui ont visé le convoi. Le régime syrien et l'opposition se sont mutuellement accusés d'en être à l'origine.

Ces armes auraient fait plus de 1.000 morts dans la Ghouta orientale le 21 août, selon l'opposition.

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