Les Ukrainiens commémorent la répresssion sanglante du Maïdan

20/02/16 à 11:45 - Mise à jour à 11:45

Source: Afp

Les Ukrainiens commémorent ce samedi la répression sanglante du Maïdan, il y a deux ans, épicentre de la contestation pro-européenne, entre la fierté d'avoir changé le cours de l'histoire et l'amertume face à la lenteur des changements pour lesquels ils avaient milité.

Les Ukrainiens commémorent la répresssion sanglante du Maïdan

© Reuters

Une marche devait avoir lieu samedi matin sur l'allée de la Centurie céleste où sont morts la plupart de plus de 100 victimes de la répression. Des "projecteurs de la dignité" seront allumés dans la soirée sur des endroits où sont tombés les manifestants.

Une prière pour l'Ukraine et d'autres rassemblements réunissant soldats qui avaient combattu dans l'Est séparatiste prorusse, volontaires et militants auront lieu dans la journée.

Les deux années qui ont suivi ces violences à Kiev, ont été ponctuées par des bouleversements tragiques pour les Ukrainiens.

Après la chute du régime prorusse du président Viktor Ianoukovitch en février 2014, la Russie a annexé le mois suivant la péninsule ukrainienne de Crimée. Peu après, un conflit armé dans l'Est a éclaté faisant depuis plus de 9.000 morts.

Plus de 250 responsables présumés des tueries sont poursuivis par la justice ukrainienne, mais aucune condamnation retentissante n'a encore été prononcée.

Le niveau de vie de la plupart des Ukrainiens a drastiquement chuté dans le sillage de la dépréciation de la monnaie et de l'inflation. Et le pays a sombré dans des querelles politiques entre dirigeants pro-occidentaux et des scandales de corruption qui rappellent les pratiques courantes du régime d'avant le Maïdan.

'Capables de tout'

Mais ceux qui ont participé aux trois mois de contestation sur le Maïdan se réjouissent aujourd'hui du changement des mentalités provoqués par ce soulèvement, même s'ils sont déçus par le pouvoir en place.

Ils reprochent surtout aux autorités leur échec total dans la lutte contre la corruption, une des principales exigences du Maïdan.

"Mes espoirs pour la lutte contre la corruption n'ont pas été satisfaits. Mais nous sommes capables de faire tout cela. Je suis content que les gens soient mobilisés depuis le Maïdan", explique Konstantin Levitski, un étudiant de 30 ans.

"Sur le plan moral les changements ont été positifs. Les gens ont cessé d'avoir peur du pouvoir. Si nous avons renversé la +Famille de Ianoukovitch+ (le très puissant clan politico-financier de l'ancien président, ndlr), nous sommes capables de chasser tout pouvoir si nécessaire", lance-t-il.

Une mise en garde adressée au président Petro Porochenko, l'un des hommes les plus riches du pays dont la fortune a grimpé depuis son arrivée au pouvoir malgré la crise et la guerre qu'il avait promis d'arrêter en trois mois.

"Les gens au pouvoir n'ont pas changé. Le président a fait des tas de promesses qu'il n'a pas tenues", insiste l'étudiant.

Pour l'avocat Roman Masselko, 35 ans, qui a défendu les militants arrêtés pendant la contestation, c'est l'impunité qui érode le système.

"Le banc des accusés est très petit, deux ans après le massacre et ce sont de simples exécutants qui sont poursuivis", a-t-il affirmé à l'AFP. "L'enquête est délibérément sabotée (...) et la responsabilité en revient au pouvoir politique", juge M. Masselko.

Sur 330 juges accusés d'avoir rendu des jugements injustes contre les militants du Maïdan, "seulement 10 ont été limogés, une vingtaine font l'objet de poursuites criminelles, mais 90% d'entre eux continuent de travailler", s'insurge-t-il.

Malgré ce constat amer, l'avocat reste optimiste : "Après le Maïdan la société ukrainienne sait qu'il n'y a pas de portes qui ne puissent être ouvertes".

Et Kateryna Chevtchenko, 63 ans, s'emporte contre les dirigeants d'aujourd'hui qui "se sont servis des manifestants". "Cette année je n'ai même pas pu m'acheter une bouteille de vin mousseux pour le Nouvel an. Et là-haut ils continuent de voler", peste la retraitée qui avait manifesté jour et nuit en 2014, se disant prête à recommencer.

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