Les services britanniques accusés de complicité de torture en Libye

13/01/12 à 20:20 - Mise à jour à 20:20

Source: Le Vif

Le chef militaire islamiste Abdel Hakim Belhadj prend la parole durant la conférence de Tripoli le 3 janvier 2012.

Les services britanniques accusés de complicité de torture en Libye

© Reuters

Scotland Yard a annoncé, jeudi, l'ouverture d'une enquête sur les procédés dits de "restitution". Le gouvernement britannique aurait livré à l'ancien régime libyen de Mouammar Kadhafi des personnes soupçonnées de terrorisme et ainsi cautionné des actes de torture.

La police britannique a annoncé jeudi, l'ouverture d'une enquête, pour déterminer si le MI6, les services secrets, ont livré ou non à l'ancien régime libyen de Mouammar Kadhafi, deux personnes soupçonnées de terrorisme, Abdelhakim Belhaj et Sami Al-Saadi, et s'ils leur ont fait subir de mauvais traitements.

Le cas Abdelhakim Belhaj

Fin 2011, Abdelhakim Belhaj, le chef du Conseil militaire de Tripoli, a porté plainte contre le Royaume-Uni, qu'il accuse d'être complice des mauvais traitements, subis pendant six ans en Libye.
En 2004, alors qu'il était en route vers le Royaume-Uni pour demander l'asile politique, celui qui était alors leader du Groupe islamique combattant (GIC) libyen, opposé au colonel Kadhafi, a été arrêté et remis à des agents des services secrets occidentaux qui l'on ensuite expédié en Libye où il a été mis en prison et torturé régulièrement, puis condamné à mort.

Cette arrestation a été réalisée dans le cadre de la politique américaine d'extraordinary rendition: la livraison de suspects de terrorisme à des pays pratiquant la torture. Citant des documents trouvés cette année en Libye après la chute du colonel Kadhafi, ses avocats affirment qu'il a bien été livré par la CIA au régime libyen en 2004, avec l'aide du Royaume-Uni. Ils ajoutent que leur client a passé six ans dans "l'une des prisons les plus cruelles" de Libye.

Un gouvernement qui fait l'autruche

Le gouvernement britannique avait déjà annoncé en 2010 l'ouverture d'une enquête globale sur les allégations de tortures infligées par des Britanniques à des personnes soupçonnées de terrorisme. Mais Scotland Yard a estimé jeudi, que les accusations formulées par Abdelhakim Belhaj et Sami al Saadi étaient "tellement graves" qu'elles allaient faire l'objet d'une enquête séparée.

Les anciens ministres du gouvernement de Tony Blair, notamment Jack Straw, ministre des Affaires étrangères de 2001 à 2006, doivent être interrogés prochainement pour déterminer leurs rôles présumés dans ces "restitutions", rapporte le quotidien britannique The Independent. L'ancien Premier ministre a maintenu qu'il ne savait rien de l'affaire, or, le chef du MI6 de l'époque, Sir Richard Dearlove, a insisté: "Ce fut une décision politique de coopérer avec la Libye [de Kadhafi] contre le terrorisme islamiste". De son côté, Jack Straw a déclaré que les ministres successifs aux affaires étrangères, y compris lui-même, étaient opposés aux "restitutions illégales", et s'opposaient à la torture ou à des méthodes similaires. "Nous n'avons pas été complices et nous n''avons pas fermé les yeux" a-til déclaré en expliquant qu' "aucun ministre des Affaires étrangères ne peut connaître tous les détails de ce que les services de renseignement font à un moment donné".

Des services secrets avertis

Témoignant de ces sévices passé auprès du quotidien britannique au moment de la chute du colonel Kadhafi à l'automne dernier, Abdelhakim Belhaj avait déclaré que des membres des services secrets britanniques, qui collaboraient alors avec Moussa Koussa, le chef des services de sécurité, étaient au courant de ses mauvais traitements. Abdelhakim Belhaj raconte avoir reçu la visite d'agents britanniques dans sa prison à Tripoli: "Ils savaient que j'étais torturé", se souvient-il. "J'espérais qu'ils allaient faire quelque chose. Mais j'étais trop terrifié pour dire tout haut ce je subissais (...). Au moment de leur départ, j'ai fait des signes avec mes mains. Les agents ont hoché la tête pour montrer qu'ils avaient compris, mais rien n'a changé, la torture a continué pendant une longue période".

Chloé Gibert ; L'Express.fr

En savoir plus sur:

Nos partenaires