Les partis de centre gauche en crise en Europe, au profit des populistes

01/10/16 à 18:10 - Mise à jour à 18:10

Source: Afp

Guerres intestines, résultats électoraux en chute libre et montée des populismes: au faîte de sa gloire au tournant des années 2000, le centre gauche semble aujourd'hui traverser la pire crise de son histoire en Europe.

Le britannique Corbyn

Le britannique Corbyn © Belga Image

Incarnation de cette déconfiture, le Parti travailliste britannique, au pouvoir de 1997 à 2010, est aux abois. Au plus bas dans les sondages, le Labour, fondé en 1900, vient de réélire à sa tête le radical Jeremy Corbyn qui n'arrive pas à rassembler son parti, ni à convaincre les électeurs en dehors de la sphère de ses adhérents.

En Grèce, le Pasok, autrefois incontournable, n'a récolté que 6% des voix aux élections législatives de 2015. En Allemagne, le Parti social-démocrate (SPD) a perdu la moitié de ses membres depuis 1998.

Le Parti socialiste espagnol (PSOE) est lui en plein naufrage depuis que Podemos a surgi sur sa gauche en 2014, et semble au bord de l'implosion.

Les partis de centre gauche en crise en Europe, au profit des populistes

© Reuters

En France, le socialiste François Hollande, président le plus impopulaire de la Ve République, aborde avec fébrilité la présidentielle de 2017. Au Danemark, la coalition de centre-gauche a été chassée du pouvoir l'an dernier. Et la situation n'est guère plus reluisante pour les partis de centre gauche finlandais et polonais, qui ont enregistré dernièrement leurs pires résultats dans les urnes.

La social-démocratie a-t-elle donc vécu? Elle "n'est plus que l'ombre d'elle-même", juge le politologue allemand Albrecht von Lucke, sur la chaîne allemande NDR. "Nous avons affaire à un déclin de proportion historique".

Les causes sont à chercher du côté de la mondialisation, estiment la plupart des analystes, et particulièrement de l'immigration accusée de tirer à la baisse les salaires comme les conditions de travail. "Les élites citadines se disent "la liberté de circulation, c'est super, nous sommes tous des citoyens du monde!", mais les classes populaires n'en perçoivent pas vraiment les avantages et se sentent même menacées", déclare à l'AFP Isabelle Hertner, professeure de sciences politiques au King's College de Londres.

Entre ces électeurs aux intérêts divergents, "les partis de centre gauche ont du mal à faire le grand écart".

Montée des populismes

Ils font également les frais de la crise financière de 2008, de la montée en puissance de la Chine dans l'économie mondiale et des politiques d'austérité, pointent les analystes.

Mis bout à bout, ces éléments ont sonné le glas de la "troisième voie" incarnée au tournant des années 2000 par l'ex-Premier ministre britannique Tony Blair et l'ancien président américain Bill Clinton.

Bill Clinton et Tony Blair

Bill Clinton et Tony Blair © Reuters

Leur projet, à mi-chemin entre le libéralisme et la social-démocratie, avait réussi à séduire un large électorat issu des classes moyennes et populaires.

Mais la crise de 2008 a redonné du souffle aux partis d'extrême gauche, qui ont siphonné leur électorat. "De nombreux partis de centre gauche étaient au pouvoir à ce moment-là, donc certains se sont dits "vous n'avez pas régulé les marchés financiers, alors pourquoi revoter pour vous?"", analyse Isabelle Hertner.

Le leader de Podemos (We Can) Pablo Iglesias

Le leader de Podemos (We Can) Pablo Iglesias © REUTERS

Le sentiment anti-establishment et le développement des réseaux sociaux ont facilité l'émergence de ces populismes de gauche. "On a assisté à l'éclosion de plus en plus de partis s'appuyant sur une base active de militants", souligne Patrick Dunleavy, professeur à la London School of Economics (LSE), citant les exemples de Podemos en Espagne, du Mouvement 5 étoiles en Italie et de Syriza en Grèce. "Ce sont des partis mieux organisés sur les réseaux sociaux et qui se sont davantage attelés à la constitution de larges bases militantes".

Un nouveau manifeste de la social-démocratie

Les populismes de droite ont aussi prospéré. Au Royaume-Uni, par exemple, le référendum sur le Brexit a montré que nombre d'électeurs issus de bastions travaillistes, inquiets de la concurrence des pays émergents et de l'immigration, ont adhéré à leurs thèses. Ils "affirment que des problèmes complexes peuvent être résolus avec des solutions simples", écrit Nick Clegg, ex-leader des Libéraux-démocrates dans sa récente autobiographie. "Sortons de l'Union européenne. Coupons le Royaume-Uni du reste du monde. Réduisons l'immigration. Attaquons l'islam. Arrêtons les banquiers. Stoppons le libre échange. Le populisme a des solutions miracles à tous nos problèmes".

L'ancien chef socialiste du gouvernement espagnol Felipe Gonzalez estimait en juillet que "l'unique alternative pour mettre fin à cette crise et aux politiques d'"austéricide" est la rédaction d'un nouveau manifeste de la social-démocratie". "Le problème, c'est que la social-démocratie en est pour l'heure incapable".

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