Les mystères de la chambre corse

25/11/12 à 10:18 - Mise à jour à 10:18

Source: Le Vif

L'assassinat de Jacques Nacer, président de la CCI de la Corse- du-Sud, fait suite à une longue série de scandales. Les enquêteurs devraient se pencher sur cette institution très affairée.

Les mystères de la chambre corse

© AFP

Plus de 2000 personnes ont accompagné le cercueil de Jacques Nacer jusqu'à la cathédrale d'Ajaccio, samedi 17 novembre. La foule, deux fois plus nombreuse que celle présente, un mois plus tôt, aux obsèques de l'avocat Antoine Sollacaro, lui aussi assassiné, est passée en silence le long des devantures aux rideaux baissés, certaines recouvertes de voiles noirs. D'un bout à l'autre du cortège, les mêmes interrogations revenaient sans cesse. Qui avait intérêt à éliminer le président de la chambre de commerce et d'industrie (CCI) de la Corse-du-Sud, tué par balle le 14 novembre devant son magasin de vêtements pour hommes? Faut-il chercher du côté de ses fonctions de secrétaire général du principal club de football ajaccien, l'ACA, présidé par l'ancien dirigeant nationaliste Alain Orsoni et dont Me Sollacaro était le conseil?

Attribution frauduleuse d'un marché public

La juridiction interrégionale spécialisée (Jirs) de Marseille, saisie de l'affaire, devra se pencher aussi sur le fonctionnement de la CCI, dont l'histoire a été marquée par de nombreux scandales. Cette institution, qui brasse un budget annuel de 80 millions d'euros, joue un rôle clef dans les transports maritimes et aériens, stratégiques pour l'île. Elle gère divers ports de commerce (Ajaccio, Porto-Vecchio, Propriano, Bonifacio), le port de plaisance d'Ajaccio et les aéroports d'Ajaccio et de Figari.

Jacques Nacer, âgé de 49 ans, était arrivé au pouvoir dans des conditions délicates. Avant d'être élu par ses pairs en novembre 2008, il avait assuré l'intérim de Raymond Ceccaldi, mis en détention en décembre 2007 dans l'affaire de la Société méditerranéenne de sécurité (SMS). Fondée en 2000 par Antoine Nivaggioni, le bras droit d'Alain Orsoni, la SMS avait bénéficié de marchés publics - notamment la sécurité de l'aéroport d'Ajaccio - accordés par la CCI dans des conditions jugées frauduleuses. Pour ces faits, Ceccaldi, ex-nationaliste proche du Mouvement pour l'autodétermination (MPA) d'Alain Orsoni, a été condamné à trois ans de prison, dont deux avec sursis, en juin 2011. Un jugement confirmé un an plus tard en appel. Ce procès avait été entaché par une "guerre des polices" entre la PJ et les Renseignements généraux et assombri par l'absence d'Antoine Nivaggioni, assassiné en octobre 2010. Aujourd'hui encore, ce meurtre non élucidé empoisonne l'atmosphère ajaccienne.

Trafic de cannabis entre le Maroc et la France

Avant Raymond Ceccaldi, la CCI avait été présidée par un autre compagnon de route d'Orsoni, Gilbert Casanova, candidat sur la liste du MPA à l'élection territoriale de 1992. Ce concessionnaire automobile, dont le train de vie fastueux, aux frais de la CCI, avait été dénoncé par un rapport de l'Inspection générale des finances dès 1999 n'est tombé que plusieurs années plus tard, dans une affaire instruite par la Jirs. En décembre 2010, il a été condamné à huit ans de prison ferme pour sa participation à un vaste trafic de cannabis (plusieurs centaines de kilos de résine) entre le Maroc et la France. L'hélicoptère utilisé pour les rotations était basé à l'aéroport d'Ajaccio.
Si aucune piste n'est privilégiée concernant l'assassinat de Jacques Nacer, les nombreux projets d'investissement des sites gérés par la CCI mériteront sans doute un examen approfondi. Plusieurs dizaines de millions d'euros vont notamment être investis dans le réaménagement du port d'Ajaccio, financé pour une large part par des crédits européens. En outre, la gestion du port, concédée à la CCI depuis trente ans, arrivera à échéance en 2013. Des sujets qui font rarement la Une des médias insulaires, mais suscitent d'énormes convoitises dans les milieux d'affaires.

Par Hélène Constanty, l'Express

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