Claude Husemann
Claude Husemann
Simple citoyen
Opinion

22/02/17 à 13:35 - Mise à jour à 13:36

"Les médias ne sont pas passés du contre-pouvoir à l'anti-pouvoir"

Monsieur Gauchet, j'ai lu dans "Le Vif" votre entretien avec Anne Rosencher ("Les médias sont passés du contre-pouvoir à l'anti-pouvoir"). Souffrez que je vous fasse part de plusieurs de vos prises de position qui m'ont interpellé.

"Les médias ne sont pas passés du contre-pouvoir à l'anti-pouvoir"

François Fillon, candidat des Républicains à la présidentielle, s'apprête à tenir une conférence de presse, dans son QG de campagne, le 6 février, à Paris. © B. TESSIER/REUTERS

Monsieur Gauchet,

Abonné à l'hebdomadaire belge "Le Vif", j'y ai lu, dans l'édition du 10 février 2017, votre entretien avec Anne Rosencher. Souffrez que je vous fasse part de plusieurs de vos prises de position (reprises en italique ci-dessous) qui m'ont interpellé.

"...ce coup de projecteur qui se concentre sur le cas particulier de François Fillon, en épargnant l'ombre qui règne sur le reste, déclenche un malaise... Il y a une gêne, patente."

De ma modeste connaissance de la presse française d'investigation de qualité qui me paraît être le média le plus représentatif dans le cas spécifique évoqué , je ne vois, a priori, pas "d'ombre qu'elle aurait épargnée". Dans le désordre chronologique et de manière non exhaustive , je cite : les écoutes téléphoniques, l'affaire du Rainbow Warrior sous les septennats de Mitterand, Chirac et les emplois fictifs de la mairie de Paris, Juppé pour la même affaire et ses appartements parisiens, Tibéri et l'affaire des faux électeurs du 5e arrondissement parisien, Cahuzac et son compte en Suisse,...Pour un relevé plus détaillé, je vous invite à prendre connaissance du contenu du lien suivant.

Mais si vous avez connaissance "d'ombres épargnées", précisément au moment du déroulement de l'affaire Fillon, je serais intéressé à en connaître au moins l'une ou l'autre.

"... les médias sont passés d'un rôle de contre-pouvoir - absolument nécessaire dans la vie de la démocratie - à un rôle " d'anti-pouvoir... "

Ces qualifications du pouvoir des médias en "contre" ou "anti" me paraissent relever plutôt de la sémantique. Ici encore, si on prend la presse d'investigation comme média représentatif pour la problématique qui nous occupe, je crois qu'il s'agit surtout et avant tout d'un pouvoir à part entière (ce n'est pas pour rien qu'on l'appelle "le quatrième pouvoir") qui, lorsqu'il délivre avec impartialité, neutralité, rigueur, sans a priori ni parti pris, des informations vérifiées et recoupées (comme il doit idéalement l'être) ne peut être ni "contre" (contre qui ?) ni "anti".

" l'autre chose que l'on voudrait connaître - et c'est là, aussi, que le journalisme d'investigation devrait s'exercer -, c'est l'identité des gens qui sont derrière la sortie de ces informations. Ne pas le savoir va alimenter la paranoïa - qui est déjà le climat endémique de nos démocraties."

Mais enfin, monsieur Gauchet, vous n'ignorez quand même pas que la protection des sources d'information des journalistes est une des bases de leur déontologie et de la liberté de la presse !

Et je trouve excessif que vous jugiez que le prix à payer pour ce droit serait (sic) l'alimentation de la paranoïa ! Un exemple célèbre : les journalistes Bernstein et Woodward du Washington Post n'ont pas "alimenté la paranoïa " de leurs lecteurs en ne révélant pas l'identité du témoin surnommé "Gorge profonde" dans l'affaire du Watergate qui a finalement conduit à la démission de Richard Nixon.

"Marine Le Pen (MLP) a fait salarier par le Parlement européen sa directrice de cabinet, ce qui est tout à fait répréhensible, mais cela ôte le caractère " fictif " de l'emploi, et donc fait baisser le degré d'indignation. Ajoutez à cela que le FN est un parti outsider, qui n'a pas les moyens des autres partis..."

Là encore, je m'étonne...

Les emplois de certains collaborateurs de MLP au Parlement européen ne seraient pas fictifs ? Je vous invite à lire le contenu des liens suivants à ce sujet (ici, ici ou encore ici)

Le FN n'a pas les moyens des autres partis ? Ne pouvant se financer auprès des banques françaises, le FN a sollicité pour 40 millions d'euros (excusez du peu) de prêts à la Russie !

La Libre Belgique, Mediapart et le Huffingtonpost (voir liens ci-dessus) ne me paraissent pas non plus constituer, en l'occurrence, des "anti"-pouvoirs !

Bien sincèrement et avec le respect dû.

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