Les jeunes Palestiniens lancent l'intifada 2.0 sur les réseaux sociaux

08/10/15 à 14:35 - Mise à jour à 14:34

Source: Belga

La propagation sur les réseaux sociaux des vidéos de Palestiniens poignardant des Israéliens et lançant des pierres sur des soldats galvanise une jeunesse prête à monter en première ligne.

Les jeunes Palestiniens lancent l'intifada 2.0 sur les réseaux sociaux

© Belga

Le hashtag "#L'intifada est lancée", en arabe, est sur tous les appels à manifester et les pages Facebook. Il a son logo: un jeune masqué lançant des pierres dans un halo aux couleurs du drapeau palestinien. Le hashtag "#Intifada de Jérusalem" est aussi très populaire.

Peu après la mort de Diaa Talahmeh, 21 ans, tué par un engin explosif qu'il voulait jeter sur des soldats à un poste de contrôle israélien de Cisjordanie occupée, Mohammad Halabi, 19 ans, mettait l'image de son visage sans vie en photo de profil sur sa page Facebook et écrivait: "La troisième Intifada a commencé". Quelques jours plus tard, il tuait deux Israéliens à coups de couteau dans la Vieille ville de Jérusalem, avant d'être abattu.

A l'ère des téléphones portables et du "live-tweeting", c'est quasiment dans la minute que des vidéos de cette attaque sont apparues en ligne.

Le Jihad islamique a affirmé que Mohammad Halabi était un de ses membres. Peu après, une vidéo portant le logo des Brigades al-Qods, branche armée du Djihad islamique, apparaissait, faisant l'apologie des attentats suicides qui ont semé la terreur en Israël lors de la deuxième Intifada lancée en 2000.

On y voit un jeune homme souriant poser devant une caméra, imitant les messages vidéos enregistrés par les kamikazes avant de telles attaques. Des mains gantées apportent la dernière touche à une ceinture d'explosifs. La vidéo a été vue près de 40.000 fois. Celle de la mort de Fadi Alloun, 19 ans, abattu après avoir blessé au couteau un passant israélien selon la police - une version contestée par les Palestiniens - a été vue près de 100.000 fois.

Les images qui fourmillent sur les réseaux sociaux ont un véritable impact sur les esprits. "Tous les jours, on voit un nouveau martyr, alors le moins que l'on puisse faire pour montrer notre solidarité, c'est de changer nos photos de profil, de partager les images", explique à l'AFP une jeune manifestante à Ramallah, qui refuse de donner son nom.

Les selfies de lanceurs de pierres sur fond de pneus en flammes ou de gaz lacrymogènes font fureur. Partout où les heurts éclatent, un grand nombre de ceux qui lancent des pierres sur les soldats israéliens sont des jeunes, pour certains des enfants. Ils courent un vrai danger car "ils n'ont ni la notion du danger ni celle de la vigilance comme des adultes", explique le psychologue et universitaire Najah al-Khatib. Et les enfants et les adolescents sont "plus perméables que les adultes aux images des médias". Pour eux, les "martyrs", particulièrement les jeunes, sont "des symboles", selon lui. Moustapha, 10 ans, dit de sa voix fluette "aimer jeter des pierres sur les soldats, comme les autres jeunes". "J'espère mourir en martyr", lance-t-il bravache. Deux jeunes de 18 et 13 ans ont été tués depuis dimanche lors d'affrontements.

La génération de Moustapha n'a pas connu la deuxième Intifada. Mais 15 ans plus tard, elle en est persuadée, c'est elle qui "libérera la Palestine". "Al-Aqsa sera libérée, et aussi Bet-El", la colonie israélienne qui borde Ramallah, dit-il. "On vit des choses tellement dures depuis notre naissance qu'on ne peut plus supporter l'occupation qui nous rend la vie impossible", renchérit Ahmed, 16 ans.

A son côté, deux adolescents disent jeter des pierres depuis plusieurs heures aussi. Ils ont encore leur cartable sur le dos et expliquent être "venus directement du collège". Quand on leur demande pourquoi, ils s'offusquent: "Pourquoi? Je pourrai vous trouver une nouvelle raison chaque jour: les attaques contre Al-Aqsa, les enfants tués, l'occupation... Alors aujourd'hui, c'est décidé, on brûle tout!".

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