Les Hongrois enterrent leur république

19/04/11 à 11:18 - Mise à jour à 11:18

Source: Le Vif

La nouvelle Constitution, voulue par le Premier ministre Viktor Orbán et votée lundi à Budapest, pose les premières bases d'un Etat autoritaire.

Les Hongrois enterrent leur république

© EPA

Plusieurs centaines de Budapestois ont défilé lundi soir lors d'une marche aux flambeaux jusqu'au Parlement, à l'appel de l'opposition socialiste, pour célébrer "les funérailles de la république". La semaine avait été émaillée de manifestations mais rien n'y a fait: lundi, les députés du Fidesz, la droite ultra-conservatrice menée par le Premier ministre Viktor Orbán, et leur petit allié chrétien-démocrate, ont adopté une nouvelle Constitution. Le texte, qui doit entrer en vigueur le 1er janvier 2012, est jugé réactionnaire et anti-démocratique par ses détracteurs.

Le pays change de nom. Adieu, "république hongroise", bonjour "Hongrie". Dans son préambule, le texte souligne la continuité de l'Etat actuel avec la Hongrie d'avant la deuxième Guerre mondiale, un royaume gouverné par l'autoritaire amiral Horthy. "C'est un retour au Moyen-âge!", s'exclamait Jenö Kovacs, un manifestant. Le texte, qui fait référence à Dieu et au christianisme, "fondement de la nation", définit le mariage comme "l'union entre un homme et une femme" et ouvre la voie à une possible interdiction de l'avortement: "La vie du foetus doit être protégée à partir du moment de sa conception". La Hongrie est pourtant l'un des pays les moins religieux d'Europe.

Jeter la Constitution de 1989

Pourquoi cette nouvelle loi fondamentale? Parce que, selon le Premier ministre, il faut jeter aux orties la Constitution de 1989, une "vieillerie communiste". Or celle-ci a été beaucoup amendée pour intégrer les normes démocratiques; c'est sur cette base que la Hongrie a été acceptée dans l'Union européenne.

Elle ne le serait sans doute pas aujourd'hui avec sa "Constitution de Pâques", comme l'appelle la droite. "Si Pâques nous offre une Constitution, nous aurons peut-être...un royaume à la Pentecôte!", ironisait Ferenc Gyurcsány, ancien Premier ministre socialiste, devant plusieurs milliers de manifestants la semaine dernière. Dans l'oeuf de Pâques, pas de douceurs mais les premières bases d'un Etat autoritaire: restriction des compétences de la cour constitutionnelle, suppression de l'indépendance de la magistrature.

La nouvelle Constitution modifie le mode de nomination des dirigeants de toutes les institutions étatiques, avec des périodes de mandat de neuf, voire douze ans, ce qui les rend intouchables et réduit très fortement la marge de manoeuvre des futurs gouvernements. Dans une lettre ouverte, les Présidents des plus hautes instances de la magistrature déclarent: "Nous n'aurions jamais cru être un jour obligés de défendre les principes de l'Etat de droit contre les attaques de personnes dont bon nombre ont participé à l'élimination de la dictature et à la création d'un Etat démocratique."

Ancien étudiant dissident, Viktor Orbán avait participé à la mise en place des nouvelles institutions démocratiques, en 1989 et en 1990. Celles-là même qu'il enterre aujourd'hui. La nouvelle Constitution a été bâclée, sans tenir compte de l'avis de l'opposition ni de la société civile, ni des experts. Le gouvernement a prétendu vouloir y associer la population; il a envoyé par la poste un million de questionnaires sur la Constitution... Mais quelques jours plus tard, il publiait son projet de Constitution. "Quelle comédie! Ils ont fait semblant de nous consulter. Ce n'est pas la Constitution de la nation, c'est celle d'un seul parti!" s'indignait Szilvia Balasz devant le Parlement.

En outre, la nouvelle Constitution crée un nouvel organe, le Conseil budgétaire. Composé de proches du Premier ministre, il aura un droit de veto sur le budget. Ce conseil permettrait à Viktor Orbán, s'il se retrouvait dans l'opposition après les élections législatives de 2014, de faire dissoudre le parlement. Une disposition qualifiée de "putsch" constitutionnel par l'opposition.

Peur de perdre le pouvoir, désir de paralyser le travail du futur gouvernement en cas d'alternance: le Premier ministre paraît plus guidé par ces idées que par la nécessité de bâtir un cadre démocratique. Le problème est que cette Constitution ne pourra être modifiée que par une majorité parlementaire des 2/3. Une majorité qui sera difficile à atteindre à l'avenir, selon la plupart des observateurs.

Florence La Bruyère, L'Express.fr

En savoir plus sur:

Nos partenaires