Les familles royales sous haute protection suite aux menaces terroristes

12/02/15 à 12:01 - Mise à jour à 12:26

Gardes du corps. Cordons de sécurité. Portes blindées. Vitres pare-balles. Sous les lambris des palais ou sous les flashs des photographes, les têtes couronnées sont soumises depuis toujours à de rigoureuses règles pour assurer leur sécurité. Quitte à entraver leur intimité. Le dossier de Royals.

Les familles royales sous haute protection suite aux menaces terroristes

© Belga

Le niveau d'alerte terroriste a été relevé dans de nombreux pays. Les têtes couronnées pourraient faire l'objet d'attaques ciblées. Le magazine Royals propose ce mois-ci un dossier autour des mesures de protection qui entourent les familles royales. Lire aussi l'interview avec la rédactrice en chef de Royals, Kristine De Vriese "Menace terroriste: la sécurité de la famille royale coûte cher, mais est indispensable"

La visite éclair de Kate, William et Harry en Belgique, le 4 août 2014, a constitué un véritable budget de sécurité. Dans la presse britannique, l'information a été publiée sur quatre lignes. Quatre lignes qui ont fait couler beaucoup d'encre. Le 3 mai 2014, le milliardaire Guy Pelly, grand ami des Princes William et Harry, figure incontournable des nuits de la jet-set londonienne, convole sous le soleil de Memphis. Lors de la somptueuse cérémonie qui unit le roi de la nuit à sa sylphide fiancée, l'héritière Elizabeth Wilson, tout ce que la planète compte de grosses fortunes et de people. Dans la richissime assemblée, assis aux premiers rangs, le Duc de Cambridge, le Prince Harry et les deux filles du Prince Andrew : les Princesses Beatrice et Eugenie d'York. Pour assurer la sécurité du clan Windsor, pas moins de huit policiers, membres de l'équipe de protection royale. Au lendemain des festivités, le chroniqueur Peter McKay sort sa calculette et publie, dans les pages du DailyMail, le montant du séjour princier. La virée de quatre jours s'élève à 50 000 livres sterling, soit près de 64000 euros! Et cette addition est à la charge des contribuables de Sa Gracieuse Majesté. Ordinairement déjà très sensible, le sujet du financement de la protection des membres de la famille royale l'est d'autant plus qu'il s'agit ici d'un voyage privé, et non d'une visite officielle. S'il a soulevé un vent de polémique, ce calcul royal est néanmoins, il faut l'avouer, très intéressant. Il met en lumière le coût - ô combien important - de la sécurité des membres du gotha. Ainsi, de source sûre, même si aucun chiffre n'a été officiellement dévoilé, il est une évidence que la visite éclair de Kate, William et Harry en Belgique, le 4 août 2014, a constitué un véritable budget. "Le Duc de Cambridge est le futur roi, et son frère est quatrième dans l'ordre de succession et a servi dans l'armée, ce qui constitue malheureusement un risque majeur pour leur sécurité. Si on admet cela, alors on doit les protéger 24 heures sur 24", analysait récemment Dai Davies, ancien chef du service de sécurité de la famille royale britannique.

Elizabeth II "terriblement irritée"

La reine Elisabeth.

La reine Elisabeth. © Reuters

Ce n'est un secret pour personne, on sait William et Kate épris de leur liberté. D'ailleurs, par souci d'intimité, le couple princier évolue avec le minimum de personnel à leur service. Et ce, notamment, en matière de sécurité. Les entorses des Ducs de Cambridge envers les sacro-saintes règles du protocole qui régissent la protection des membres de la couronne sont légion. Un exemple parmi tant d'autres: à quelques semaines de s'envoler pour leur tournée en Australie, main dans la main, Kate et William assistaient à l'anniversaire d'un proche, Louise Aubrey-Fletcher, l'épouse de Harry Aubrey-Fletcher, un très bon ami du prince. Le fils du Prince de Galles et son épouse s'y seraient rendus avec un service de sécurité minimal. Selon le magazine New, la reine, pourtant très conciliante envers ses petits-fils, se serait montrée "terriblement irritée" par cette prise de risque inutile. D'autant plus que, depuis l'affaire des photos volées prises par l'objectif d'un paparazzo sur la terrasse de la résidence de vacances du Vicomte David Linley, dans le Lubéron, les parents du "Royal baby" ont déjà été priés à de nombreuses reprises de renforcer leur sécurité. Alors, une question: Elizabeth II s'inquiéterait-elle outre mesure ? Pas sûr! Disons plutôt que l'incroyable longévité de son règne lui a, à plusieurs reprises, rappelé les dangers auxquels pouvait l'exposer sa royale fonction.

Qui veut tuer la reine ?

Le 29 avril 1970, en voyage officiel en Australie, la reine est à bord d'un train qui laconduit à travers les Blue Mountains. On apprend qu'un immense rondin a été placé sur les voies dans le but de faire dérailler la voiture royale. Fort heureusement, la manoeuvre intentée par des sympathisants de l'armée républicaine irlandaise va échouer. Le 13 juin 1981, Elizabeth II participe au traditionnel "Trooping the Colour"lorsqu'un déséquilibré surgit de la foule. Il est armé d'un pistolet et tire six balles à blanc sur la reine. Juchée sur sa jument noire birmane, la royale cavalière maîtrise sa monture avec un sang-froid remarquable. "Ce ne sont pas les coups de feu qui m'ont terrorisée mais ma propre cavalerie", avouera-t-elle plus tard. Pour l'heure néanmoins, aussi pâle qu'un linge, sa Gracieuse Majesté est escortée jusqu'aux grilles de Buckingham. Et la reine n'est pas au bout de ses frayeurs. L'année suivante, à son réveil, elle a la surprise de trouver un homme assis sur le rebord de son lit. L'intrus, un incertain Michal Fagan, a escaladé l'immense grille du palais, déclenché le système de sécurité, s'est promené dans les galeries, chambres et antichambres avant de se glisser dans les appartements privés de la souveraine. Face à l'ampleur du scandale, le ministre de l'Intérieur est contraint de présenter sa démission. L'événement est à ce point peu croyable qu'il aurait pu servir d'exemple, tirer l'alarme d'une sécurité défaillante. Triste leurre! Tout récemment, en 2013, la sécurité de Buckingham Palace faisait, à nouveau, la une des médias. Tandis qu'un complice faisait le guet à l'extérieur des grilles du palais, un individu parvient à escalader une grille haute de près de quatre mètres, à déjouer toutes les patrouilles de policiers et à forcer une porte qui mène à une cour intérieure donnant accès aux appartements d'Etat. Les deux hommes seront interpellés et les mesures de sécurité entourant les résidences et les membres de la famille royale fortement revues à la hausse. Ainsi, en novembre dernier, quatre personnes adeptes de l'Islam Radical soupçonnées de préparer une attaque contre Elizabeth II ont été interceptées et maintenues de force sur le territoire anglais. Bien que ces informations n'aient pas été confirmées par Scotland Yard, il semblerait que les individus étaient sur le point de poignarder la souveraine.

Un bébé ultra sécurisé

Les familles royales sous haute protection suite aux menaces terroristes

© reuters

Si la Duchesse de Cambridge a longtemps milité pour préserver son intimité, il semble que la naissance de son premier enfant a quelque peu forcé la belle Catherine à revoir ses positions. Ainsi, en juillet 2013, pour la première sortie du bébé le plus médiatisé au monde, pas moins de 50policiers étaient réquisitionnés aux abords du St Mary's Hospital. "Il est vrai que cette extrême sécurité autour d'un bébé peut paraître excessive", expliquait Dai Davis au lendemain de la naissance de George. "Mais s'il arrivait un accident, on ne nous le pardonnerait pas. C'est le propre des policiers: être montrés du doigt quand on en fait trop, l'être encore plus quand on ne fait pas assez." Et force est de constater que cette protection digne d'un film de James Bond semble être l'apanage constant de toute sortie officielle du nouveau joyau de la couronne. Le premier déplacement du petit prince, en Australie et en Nouvelle-Zélande, a réquisitionné, lui aussi, pas moins de 50 agents de sécurité. La pression qui entoure "Baby George" est maximale. Chaque pas de l'enfant est suivi, scruté par des dizaines de paparazzi. Si Buckingham reste discret sur les moyens mobilisés autour de l'arrière-petit-fils d'Elizabeth II, il est inutile d'être grand clair pour deviner les précautions drastiques et les sommes colossales qui sont quotidiennement déployées.

Victoria de suède sème ses gardes du corps...

Elle n'est pas la seule tête couronnée, loin de là, à souffrir de ces intrusions. Durant ses études en France, à l'université d'Angers, Victoria, Princesse héritière de Suède, prenait, on s'en souvient, un malin plaisir à semer ses gardes du corps. A plus d'une reprise, le responsable de la sécurité de la princesse a appelé Stockholm d'une voix blanche en informant que "Son Altesse Royale avait disparu". Pourtant, les mesures de sécurité qui entourèrent la fille du Roi Carl Gustaf et de la Reine Silvia paraissent bien faibles à côté des plans quasi militaires orchestrés par le Palais de Buckingham pour assurer la sécurité du Prince William lors de ses études à Eton et à St Andrews. Ainsi, le moindre des logements occupé par le prince - fût-ce pour une seule nuit - était entièrement équipé de portes blindées et de vitres pare-balles.

Des précédents

Le 28 juin 1914, l'Archiduc Ferdinand, neveu de l'Empereur François-Joseph et héritier du trône austro-hongrois, est assassiné. Sur la banquette arrière de la voiture gît également le corps de son épouse, la Comtesse Sophie Chotek. Avec le recul, l'on sait aujourd'hui que le neveu de l'empereur bénéficiait d'une protection beaucoup trop faible. Vingt ans plus tard, en octobre 1934,à Marseille cette fois, le scénario est sensiblement identique. En visite sur le territoire français, Alexandre Ier de Yougoslavie meurt sous les balles d'un terroriste bulgare.

En 1974, la fille de la Reine Elizabeth et du Duc d'Edimbourg,la Princesse Anne, est victime d'une tentative d'enlèvement sur "TheMall", la grande avenue qui conduit à Buckingham Palace. Comme sorti de nulle part, un véhicule bloque soudainement la route à la voiture immatriculée aux armes du palais. Quatre personnes, dont le bodyguard de la princesse, seront blessées dans un échange de coups de feu. En Angleterre toujours, tout récemment, c'était le Prince Harry qui échappait à une tentative d'assassinat. En février 2014, la police arrêtait un jeune Irlandais, un certain Mark David Tronley. Dans son ordinateur, une série de plans visant à assassiner le prince.

En 2009, c'est le royaume batave qui était la proie d'un terroriste. Le 30 avril, lors de la traditionnelle Fête de la Reine, à Apeldoorn, aux Pays-Bas, KarstTates, un homme de 38 ans, déjoue les services de sécurité, rompt le cordon et propulse sa voiture sur la navette qui transporte la famille royale. Sur son passage, il tue sept personnes, venues assister aux festivités. Par chance pour la Reine Beatrix et sa famille, le meurtrier termine sa course folle en crachant son véhicule à quelques mètres seulement du bus royal.

En Belgique aussi

La famille royale

La famille royale © Belga

En 2009, la Reine Fabiola est prise pour cible par un déséquilibré annonçant son intention de tirer sur la veuve du Roi Baudouin à l'aide d'une arbalète lors du traditionnel défilé militaire. Le 21 juillet,la souveraine prend tout de même place sous le baldaquin de velours rouge de la loge royale. A l'issue de la parade, Fabiola sort de son sac à main une pomme qu'elle dépose sur le siège où elle avait pris place. Si l'anecdote fait rire, de bon coeur, les membres de la famille royale et leurs sujets, le fait dévoile, une fois encore, que les menaces demeurent. En décembre 2013, c'est la Princesse Elisabeth, l'héritière de la couronne, qui fait l'objet de menaces. A la suite de cet épisode, craignant pour la vie de leur fille et de l'ensemble de leurs enfants, Philippe et Mathilde annonçaient d'ailleurs leurs intentions de renforcer leur sécurité. Si le nombre d'hommes et l'enveloppe accordée à la sécurité de la famille royale belge ne connaissent pas d'augmentation significative, l'ensemble du système de sécurité est revu et corrigé. "Dans un but d'optimalisation", soulignait Joëlle Milquet, ministre de l'Intérieur. S'il serait peut-être un chouïa présomptueux d'affirmer que la famille belge est parmi les mieux sécurisées au monde, il n'est, en revanche, pas faux d'avancer que les descendants du Roi Léopold Ier bénéficient d'un service de protection parmi les plus efficaces. Et totalement unique. En effet. La sécurité du Roi Philippe, de la Reine Mathilde, de leurs enfants, du Roi Albert et de la Reine Paola est le ressort du SSPR, le Service de Sécurité du Palais Royal. Ce service compte quatre piliers: la direction, les gardiens des domaines, les membres du personnel chargés de la protection des membres royaux et les motards. Le fait que ces différentes composantes fassent partie d'un seul et même service, dirigé par un seul responsable final, fait du SSPR un cas unique en Europe occidentale. "L'avantage est que nous pouvons travailler de manière coordonnée, intégrée et donc, rapide et professionnelle", indiquait, il y a quelques années, son directeur Dirk Vancoillie.

De Bertrand Deckers, dansRoyals

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