Les économistes, bien moins visionnaires que les éboueurs

15/06/16 à 13:28 - Mise à jour à 13:45

Source: Le Vif

La place des experts dans la sphère médiatique n'a jamais semblé aujourd'hui aussi importante. Difficile de trouver à la télévision ou à la radio un sujet d'actualité où l'on ne fasse appelle aux "lumières" d'un spécialiste. Universitaires, chercheurs, économistes, ils sont censés éclairer le débat par leur savoir "infaillible" mais l'est-il vraiment ?

Les économistes, bien moins visionnaires que les éboueurs

A worker © Getty Images/iStockphoto

"Un économiste est un expert qui saura demain pourquoi ce qu'il avait prédit hier ne s'est pas produit aujourd'hui" commentait ironiquement Laurence Peter qui était lui-même expert dans l'organisation hiérarchique.

Le problème que pose l'intervention de ces experts dans les médias, c'est qu'ils sont encore plus nombreux que ceux qu'ils prétendent résoudre. Pourquoi les experts les plus médiatiques sont-ils souvent les moins compétents? C'est un article du Harvard Business Review qui pose la question. Il rappelle que dans les années 80, année ponctuée d'une crise de la dette internationale (1982), le magazine britannique, The Economist avait sollicité seize personnes de catégories socioprofessionnelles (presque) différentes : quatre ministres des Finances, quatre dirigeants de grandes entreprises, quatre étudiants de la prestigieuse université d'Oxford et...quatre éboueurs londoniens afin de prédire l'avenir économique.

Dix ans plus tard, les prévisions étaient toutes fausses. Celles émises par les ministres des Finances sont arrivés en dernière position, suivies des prédictions des étudiants. Les plus près de la réalité étaient, à égalité avec les chefs d'entreprises, et à la grande surprise de tous, les éboueurs, les plus visionnaires.

De l'autre côté de l'atlantique, en Pennsylvanie, dans le nord-est des Etats-Unis, une autre étude plus rigoureuse menée par le professeur Philip Tetlock, a demandé une série de prédictions économiques et géopolitiques à plus de 200 experts. Vingt ans après, même constat que l'hebdomadaire The Economist, les expertises sont fausses, et pire, "elles ne sont pas meilleures lorsqu'elles portent sur leur domaine d'expertise plutôt que sur un sujet qu'ils connaissent moins." Des experts qui ne sont donc pas à l'abri des erreurs, et cela même, dans leur propre domaine de compétence.

Johanna BUKASA-MFUNI

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