Herman Matthijs
Herman Matthijs
Professeur en Finances publiques
Opinion

20/01/17 à 12:10 - Mise à jour à 12:21

Les dix travaux de Donald Trump

Les États-Unis sont confrontés à une série de défis importants. Qu'est-ce que Donald Trump fera pour les relever ? Aperçu des dix dossiers politiques les plus importants pour l'administration Trump-Pence.

Les dix travaux de Donald Trump

Donald Trump © REUTERS

Comme le prescrit la Constitution américaine, Donald Trump prêtera serment le 20 janvier comme 45e Président de cette fédération. Sa victoire du 8 novembre dernier a déjà été largement commentée. Il a obtenu 304 voix au collège des Grands Électeurs et est donc le gagnant légitime de cette campagne électorale surmédiatisée.

Les dix travaux

1. Le mur très discuté avec le Mexique sonnera certainement le glas du NAFTA, la zone de libre-échange des États-Unis avec le Mexique et le Canada. John Kelly, l'ancien patron des US marines nommé au poste de secrétaire à la Sécurité intérieure des États-Unis, oeuvrera à un contrôle aux frontières avec le Mexique. Depuis début novembre, l'économie mexicaine, la monnaie et la bourse ont dégringolé et le pays est extrêmement affaibli. Le dossier sur la migration illégale/légale a joué un rôle important dans la victoire électorale du candidat républicain. Et cette problématique ne manquera pas de se poser lors des nombreuses élections prévues en Europe en 2017. Il ne fait pas de doute qu'il a également joué un rôle dans la consultation populaire sur le Brexit.

2. La fin du NAFTA résultera en un marché ouvert qui se limite à la confédération canadienne et aux États-Unis. Le premier ministre canadien Justin Trudeau vient de réarranger son gouvernement en prévision de cette situation. Cependant, les États-Unis n'entreprendront rien contre leurs "bons voisins" canadiens.

3. L'élection de Donald Trump mettra fin au commerce libre mondial illimité, mais on ignore jusqu'où il ira. Les États-Unis ont besoin du commerce étranger pour garantir leur prospérité. Il est frappant que dans son plaidoyer en faveur de mesures protectionnistes, Trump mentionne surtout la Chine et le Mexique. Le Canada et l'UE ne sont mentionnés nulle part. La réindustrialisation ne peut qu'être bénéfique pour Trump et les États-Unis. L'UE aussi s'est tout à fait trompée dans la "désindustrialisation" de son territoire et l'approche trop libre du commerce mondial.

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Ne vous étonnez pas si on se réveille un matin en apprenant que les États-Unis, le Royaume-Uni et le Canada ont conclu un traité de libre-échange

4. Pour l'UE, 2017 est une année de nombreuses élections nationales, ce qui paralyse beaucoup de pays sur le plan politique. La relation entre Trump et la Première ministre britannique Theresa May sera primordiale. L'attitude des États-Unis vis-à-vis du Brexit jouera un rôle important. Ne vous étonnez pas si on se réveille un matin en apprenant que les États-Unis, le Royaume-Uni et le Canada ont conclu un traité de libre-échange. L'UE a plutôt intérêt à conclure un bon accord avec les Britanniques. Mieux vaut garder la deuxième économie de l'UE dans le marché interne de l'Espace économique européen.

5. Donald Trump sera également confronté à un nombre élevé de dossiers problématiques étrangers: la Syrie, l'Ukraine, l'Afghanistan, l'Irak, la Corée du Nord, etc. Ce sont là tous des dossiers qu'Obama n'a pas pu clôturer. Pour résoudre la plupart de ces dossiers, il est primordial que les mauvaises relations entre les États-Unis et la Russie, causées par Obama, s'améliorent sous Trump. Il est également frappant que plusieurs dirigeants européens (François Fillon et Theresa May par exemple) souhaitent lever les sanctions pas très réussies contre Moscou. En tout cas, beaucoup de dossiers, qui sont également importants pour l'Europe, se résolvent uniquement à condition d'avoir l'autorisation du leader du Kremlin, Vladimir Poutine. Il faut au moins admettre que l'UE s'est en grande partie trompée dans sa politique contre Poutine.

6. Sur le plan de la sécurité européenne, le problème de la sous-budgétisation de l'armée dans de nombreux états de l'OTAN se pose depuis des années. Trump, Mike Pence et le "Secrétaire à la Défense", l'ancien amiral de la Navy James Mattis, souhaitent garder l'OTAN. C'est d'ailleurs la seule alliance militaire encore intéressante pour les États-Unis. Mais il est clair que les états membres européens devront répondre aux conventions du sommet de l'OTAN conclues au Pays de Galles en 2014. Obama avait obtenu que tous les pays consacrent au moins 2% de leur PIB à la défense. La Belgique n'est pas un bon élève, et cela peut entraîner des conséquences pour l'hébergement de l'OTAN ainsi que pour le quartier général de SHAPE. Les Britanniques sont les meilleurs élèves européens de la classe et politiquement c'est important dans le dossier Brexit. Reste toutefois à voir en quelle mesure et à quelle vitesse l'administration Trump peut augmenter le budget de défense américain de 600 à 800 milliards de dollars pour un total de dépenses d'environ 4 000 milliards. Ajoutons que ces 200 milliards de dollars supplémentaires peuvent donner une impulsion inédite à l'industrie technologique américaine. Ce serait une réédition de la technique Reagan du début des années quatre-vingt, le Strategic Defense Initiative, par exemple.

7. Le 45e président des États-Unis annonce un programme d'investissements grandiose pour l'infrastructure fédérale. Il souhaite investir 250 milliards de dollars en trains à grande vitesse, autoroutes fédérales, enseignement, etc. Le point précédent et celui-ci démontrent que Trump a l'intention de mener une politique néo-keynésienne, ce qui offre un contraste criant avec les normes SEC inacceptables au sein de la zone euro. Un tel programme de l'administration Trump-Pence doit entraîner de la croissance économique et la prospérité.

8. L'administration Obama-Biden a rendu le rapport suivant: chômage : 4,7%, croissance : 2,5% à 3%, inflation :1,8%, déficit : 2,9%, PIB et dette fédérale : 106% du PIB. Avec un PIB d'environ 18 000 milliards de dollars, ce n'est certainement pas un mauvais rapport. Mais le déficit et la dette sont problématiques. Tout comme en Belgique, Donald Trump et son "Secrétaire du Trésor des États-Unis" Steven Mnuchin - un ancien de Goldman Sachs - devront résoudre le problème de dettes de l'état fédéral. Suite à la croissance plus élevée et l'inflation, les dettes privées baissent aux États-Unis.

9. En matière de finances fédérales publiques, les États-Unis planifient un nombre élevé de nouvelles dépenses ainsi qu'une sérieuse baisse de l'impôt sur la personne et de l'impôt sur les sociétés. Ce déficit sera en partie financé par l'épargne européenne, car les taux américains sont plus élevés chez nous. Mais Trump devra également économiser. Les seules idées connues sont moins de fonctionnaires fédéraux, la dérégulation et une révision d'"Obamacare". Cependant, une croissance économique plus élevée, pensez à Reagan, peut aussi être favorable au trésor. Donald Trump doit en tout cas bien y réfléchir.

10. Le piratage de banques de données et du cyberterrorisme / criminalité dépasse le hacking du DNC (Democratic National Committee). Ce phénomène prouve que la protection de banques de données constitue un problème plus général aux États-Unis. Il faudra que la nouvelle administration résolve ce problème à court terme. Il est également frappant que Donald Trump ait déclaré lors de son discours à la presse de mercredi, que la Chine est plus active dans ce domaine au sein des États-Unis que la Russie.

Conclusion

Le parti républicain possède une majorité à la Chambre des représentants, au Sénat, au Collège des gouverneurs d'état et de nouveau à la "Maison-Blanche" avec le gouvernement. L'argument de blocage politique ne tient donc plus. Le parti républicain doit gouverner. S'il échoue, il en est responsable. L'administration Trump-Pence doit prendre une série de décisions importantes pour l'avenir des États-Unis, qui auront des conséquences pour le reste du monde. Il faut en tout cas donner une chance à cette nouvelle équipe gouvernementale. Ronald Reagan aussi a été fort sous-estimé. Aujourd'hui, les Américains considèrent encore toujours leur 40e président comme le meilleur de ces dernières décennies. L'avenir nous dira si les Reaganomics auront une variante du 21e siècle avec les Trumpomics.

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