Les cinq choses à savoir sur l'affaire Assange

30/05/12 à 16:47 - Mise à jour à 16:47

Source: Le Vif

Julian Assange pourrait être prochainement extradé vers la Suède, qui veut le juger pour agression sexuelle - une zone d'ombre dans la vie d'un homme où elles ne manquent pas. Ce qu'il faut savoir sur le fondateur de WikiLeaks.

Les cinq choses à savoir sur l'affaire Assange

© Reuters

Qui est Julian Assange?

Il a 41 ans. Il est Australien, fils d'un couple de saltimbanques, beau-fils d'un beau-père sectaire qui les a poussés, lui et sa mère, à prendre la route dès l'âge de huit ans pour le fuir. Julian Assange a multiplié les maisons, les écoles, mais a de tout temps cultivé une seule passion, l'informatique. C'est elle qui, en 2006, le conduit à être de la création, même s'il ne l'a jamais admis, de WikiLeaks, une base de données mondiale, alimentée par des militants de la transparence, des dissidents politiques, des scientifiques, des militaires... WikiLeaks, qui lui vaut sa notoriété et ses soucis actuels, financiers, voire judiciaires.

Qu'a fait Julian Assange pour mériter ça?

Avec WikiLeaks, Julian Assange s'est attaqué à d'énormes intérêts, ceux, notamment, de la diplomatie américaine - mais ni russe, ni chinoise, par exemple, ce que lui reprochent ses nombreux détracteurs. En 2009, le site se fait un petit nom en rendant publiques les minutes du procès Dutroux ou les e-mails du Climatic Research Unit, utilisés par les climato-sceptiques pour jeter le doute sur le travail des climatologues du GIEC, notamment.
Mais c'est en 2010 que deux coups de tonnerre le projettent sur le devant de la scène: le film stupéfiant d'une opération héliportée de l'armée américaine en Irak, où l'on voit et entend des soldats tirer dans la bonne humeur sur des civils et tuer deux journalistes de l'agence Reuters; l'"Iraq War Log" et le "cablegate", qui mettent à la disposition des journalistes de grands quotidiens internationaux (Le Monde en France) des centaines de milliers de télégrammes et de documents secrets de l'armée et du gouvernement américains. C'est là que, pour Julian Assange, les vrais ennuis commencent. Ses comptes sont bloqués à la demande des États-Unis, le conduisant à vivre des aides de ses "amis"; et une (opportune?) accusation de viol l'oblige à quitter la Suède, qui lui avait pourtant accordé un symbolique "asile politique".

Pourquoi les autorités suédoises réclament-elles son extradition?

Selon la demande d'extradition, Julian Assange aurait pratiqué le "sexe par surprise", en d'autres termes fait l'amour sans préservatif contre l'avis, exprimé, de ses deux partenaires. En Suède, où il l'aurait commis, c'est un délit, assimilable au viol. Pour y échapper, Julian Assange prend la direction de l'Angleterre, où il est interpellé, le 7 décembre 2010. Depuis, d'audiences en appels et après le versement d'une caution de 282 000 euros, il est assigné à résidence. La Cour suprême britannique vient, ce mercredi, de statuer, probablement définitivement: Julian Assange pourra finalement être extradé vers la Suède, qui le réclame.

Que risque Julian Assange?

Julian Assange risque un procès et, selon la loi suédoise, jusqu'à quatre ans de prison. Ce n'est pas ce qui l'inquiète le plus: il craint avant tout d'être extradé de nouveau, vers les États unis cette fois, qui aimeraient le juger, sans bien savoir pour quel motif précisément: le ministre la Justice américain, Eric Holder, s'est ainsi interrogé sur "les lacunes dans le droit américain" qui permettrait au fondateur de WikiLeaks de passer entre les mailles du filet juridique, admettant qu'il ferait "en sorte de les combler".
Pendant ce temps-là, Bradley Mannings, la "gorge profonde" de l'armée américaine qui a alimenté WikiLeaks en documents compromettants, est gardé au secret, dans des conditions abominables. Accusé de "collusion avec l'ennemi", Bradley Mannings encourt la prison à perpétuité.

Julian Assange est-il un ange?

Son image de chevalier blanc a été sérieusement entamée par plusieurs révélations, certaines venues du sein même de WikiLeaks. Des amis d'hier, l'Islandaise Birgitta Jonsdottir ou l'Allemand Daniel Domscheit-Berg par exemple, critiquent son égocentrisme et son autoritarisme et l'accusent d'avoir détourné le projet communautaire de WikiLeaks à son profit.
D'autres voix s'interrogent sur les offensives "ciblées", sur les intérêts occidentaux essentiellement, de WikiLeaks. Des puissances très contestables sont épargnées. Les médias officiels chinois l'ont vu en prix Nobel, Vladimir Poutine, encore Premier ministre russe, lui a apporté son soutien verbal.
La Russie. Julian Assange s'est reconverti en présentateur radio pour Russia Today Networks, la voix de Moscou à travers le monde. Le premier invité de The World Tomorrow, son émission? Hassan Nasrallah, le leader du Hezbollah libanais, zélateur bien connu de la liberté d'expression et de la transparence...

Par Eric Mettout, L'Express

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