Les camps d'été du Hamas

26/07/16 à 16:01 - Mise à jour à 16:01

Source: Afp

Kalachnikov en mains, une dizaine de combattants surgissent d'un tunnel et se lancent à l'assaut d'un poste militaire: ces jeunes de 15 à 20 ans participent aux camps d'entraînement que la branche armée du mouvement palestinien Hamas organise chaque été.

Les camps d'été du Hamas

© Reuters

C'est la première fois que Jihad, 16 ans, pénètre dans une de ces galeries souterraines de la bande de Gaza, qui sont un des atouts stratégiques des groupes armés palestiniens dans les guerres à répétition contre Israël et qu'ils gardent jalousement fermés au public.

Ce jeune Palestinien, qui vit à Chajaïya, un quartier dévasté par la guerre de l'été 2014, s'entraîne à kidnapper de faux soldats israéliens le long de la frontière entre Israël et l'enclave palestinienne, contrôlée sans partage par le Hamas et soumise depuis dix ans à un sévère blocus israélien.

Autour de lui, c'est l'effervescence sur la base "Yarmouk" des brigades Ezzedine al-Qassam, à l'est de la ville de Gaza: des dizaines de jeunes hommes descendent en rappel de tours d'une vingtaine de mètres, d'autres sautent au-dessus de barrages de feu.

La branche armée du Hamas affirme qu'elle forme en une semaine près de 30.000 jeunes aux techniques de combat contre Israël, dont les troupes ont par trois fois ravagé Gaza ces huit dernières années.

Ces exercices scandalisent Essam Younès, qui dirige le centre al-Mizan, une ONG de défense des droits de l'Homme basée à Gaza. "Nous sommes totalement contre la participation d'enfants à des camps militaires, les enfants doivent s'amuser et apprendre à développer leur réflexion", dit-il à l'AFP. "Il faut absolument les garder éloignés de la violence et de tout ce qui peut perturber leur enfance".

Le Hamas, lui, compte sur les vocations que ses camps d'été pourraient susciter chez ces jeunes en vue de "la bataille de libération de la Palestine à venir", explique à l'AFP un instructeur de la branche armée du mouvement palestinien. "Le message que nous adressons à cette génération est le suivant: +L'avenir est à vous, c'est grâce à vous que nous emporterons la victoire+", poursuit cet homme cagoulé.

Car pour Khalil al-Haya, l'un des dirigeants du Hamas, "il n'y a pas d'autre choix que celui des armes". "L'ennemi a détruit les maisons et imposé un blocus en espérant que les gens allaient se retourner contre nous, mais le peuple serre les rangs autour de la résistance et des (brigades Ezzedine al-)Qassam et envoie ses enfants dans nos camps", se félicite-t-il.

'Venger mon père et mon frère'

Un peu plus loin, installés sur un stand, des membres de la branche chargée de la communication au sein des brigades al-Qassam accueillent des jeunes et leur présentent les sections qu'ils peuvent rejoindre: l'infanterie, les tireurs d'élite, les sections en charge des missiles et autres roquettes...

"Certains jeunes ont des proches qui ont été tués ou emprisonnés, d'autres ont vu leur maison détruite sous leurs yeux et c'est pour cela qu'ils ont décidé de venir ici", explique un autre combattant au visage masqué, qui lui aussi entraîne un groupe de jeunes.

L'un d'eux, Mohammed Hamid, âgé de 16 ans, affirme à l'AFP que son père a été tué par un bombardement israélien lors de la guerre de 2008. Quatre ans auparavant, son frère avait mené un attentat-suicide. "J'ai rejoint ce camp parce que c'est comme ça que nous libérerons notre pays de l'occupation et que je pourrai venger mon père et mon frère", explique-t-il.

"Ici, j'apprends à combattre l'ennemi", lance Mohammed al-Bitar, 15 ans, avant de s'emparer d'une grenade: "J'aimerais les tuer avec ça!".

Cette année, en plus d'accueillir de jeunes aspirants, les brigades al-Qassam ont ouvert les portes de leurs bases aux curieux. Des rangées d'armes sont exposées aux yeux des badauds, qui se pressent par centaines: roquettes, obus et autres drones frappés du sigle "Fabrication Qassam" sont alignés, de même que des débris de chars et de drones israéliens que les brigades assurent avoir détruit lors de la guerre de l'été 2014.

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