Les attentats ravivent des critiques, la Belgique les juge infondées

23/03/16 à 22:01 - Mise à jour à 22:01

Source: Belga

Les attentats djihadistes de Bruxelles ont ravivé des critiques sur la gestion de l'immigration par la Belgique ou la faiblesse supposée de sa police et ses services de renseignement, réfutées par les autorités du pays qui réclament une coopération européenne.

Les attentats ravivent des critiques, la Belgique les juge infondées

C'est le ministre français des Finances Michel Sapin qui a le plus choqué Bruxelles en évoquant dès mardi soir une "forme de naïveté" belge face à la radicalisation islamiste et au communautarisme dans certains quartiers. © AFP

Au lendemain des attaques suicides qui ont fait 31 morts et 270 blessés à l'aéroport et dans le métro de la capitale belge, la sortie la plus abrupte est venue mercredi d'Israël.

"Si en Belgique ils continuent à manger leur chocolat, à profiter de la vie (...) et à ne pas prendre en compte qu'une partie des musulmans qui sont là-bas organisent des actes terroristes, ils ne seront pas capables de se battre contre eux", a brocardé le ministre des Renseignements de l'Etat hébreu, Israël Katz, qui a aussi reproché au "président américain" et aux "dirigeants européens" de ne pas être prêts "à dire que la lutte est contre le terrorisme islamique".

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, interrogé lors d'une conférence de presse mercredi soir, semblait toutefois prendre ses distances par rapport aux propos de son ministre.

"Mes conseils en matière de lutte contre le terrorisme, je les transmets par d'autres canaux et d'une autre manière", a affirmé le Premier ministre dans une allusion à M. Katz, un de ses principaux rivaux au sein de son parti de droite, le Likoud au pouvoir.

De Turquie...

La Turquie a également jeté un pavé dans la mare en affirmant avoir arrêté et expulsé en 2015 Ibrahim El Bakraoui, identifié avec son frère Khalid parmi les trois kamikazes des attentats commis mardi à Bruxelles.

Ibrahim El Bakraoui avait été arrêté l'an dernier en Turquie, expulsé vers la Belgique puis remis en liberté, a affirmé mercredi le président Recep Tayyip Erdogan. "Les Belges nous ont dit qu'il avait été libéré", a déclaré le président turc.

Le ministre belge de la Justice Koen Geens est toutefois revenu peu après sur les propos de M. Erdogan, soulignant qu'Ibrahim El Bakraoui, identifié comme un des deux terroristes kamikazes de l'aéroport de Bruxelles-National, n'avait pas été renvoyé en juin dernier de Turquie vers la Belgique mais vers les Pays-Bas...

Mais "il n'y a certainement pas eu d'extradition" vers la Belgique, a répondu M. Geens sur la VRT. "Il s'agit plus que probablement d'un renvoi opéré à la frontière syrienne par la Turquie".

A ce moment, selon M. Geens, Ibrahim El Bakraoui n'était pas connu en Belgique pour terrorisme, "c'était un criminel de droit commun en liberté conditionnelle".

M. Erdogan avait soutenu que les autorités belges, bien qu'informées par la Turquie que cet individu était un combattant terroriste étranger, n'avaient pas été en mesure d'identifier ses liens avec le terrorisme.

"Lorsqu'il a été renvoyé, a poursuivi M. Geens, ça aurait été, selon l'information que le parquet fédéral m'a communiquée, vers les Pays-Bas et non vers la Belgique". Koen Geens dit ne pas savoir avec certitude si la Belgique était au courant. "Je sais en revanche qu'il a été renvoyé aux Pays-Bas par la Turquie".

Ibrahim El Bakraoui avait été remis en 2014 en liberté conditionnelle en Belgique mais était à nouveau recherché parce qu'il n'avait pas respecté les conditions de sa libération.

De France...

Mais c'est le ministre français des Finances Michel Sapin qui a le plus choqué Bruxelles en évoquant dès mardi soir une "forme de naïveté" belge face à la radicalisation islamiste et au communautarisme dans certains quartiers.

L'allusion visait entre autres la commune bruxelloise de Molenbeek, où ont grandi l'organisateur présumé des attentats de Paris (130 morts le 13 novembre) Abdelhamid Abaaoud, l'un des kamikazes, Brahim Abdeslam, et son frère Salah, seul survivant des auteurs des attaques. C'est à Molenbeek que Salah Abdeslam a été arrêté vendredi après quatre mois d'une cavale dans laquelle il a bénéficié du soutien de frères El Bakraoui.

"Je ne sais pas s'il faut dire +la Belgique+ en tant que telle, mais je pense qu'il y a eu une volonté de la part de certains responsables politiques, peut-être par envie de bien faire, peut-être par sentiment que pour permettre une bonne intégration, il faut laisser les communautés se développer", a déclaré Michel Sapin. "Nous savons, et la France le sait peut-être plus encore que d'autres, que ça n'est pas la bonne solution".

"Indécent", "déclarations idiotes" d'un "donneur de leçon": ces propos lui ont valu une volée de bois vert en Belgique.

"Nous devons en Belgique regarder en face les problèmes qui existent dans certains quartiers de certaines de nos villes, et pas seulement à Molenbeek d'ailleurs", a réagi le chef de la diplomatie belge, Didier Reynders, sur la télévision francophone TV5Monde. "Mais le même débat doit avoir lieu ailleurs en Europe, et en particulier en France", a-t-il répliqué.

Le Premier ministre français Manuel Valls a pris ses distances avec son ministre des Finances, se refusant à "donner des leçons à nos amis belges" et relevant que la France aussi a "des quartiers sous l'emprise des trafics de drogue et de salafistes".

A Paris, les critiques visant la Belgique ont émergé dès les attentats de novembre. Elles ont resurgi sitôt Salah Abdeslam arrêté, en découvrant que l'homme le plus recherché d'Europe avait pu rester caché quatre mois à Bruxelles.

"La naïveté des Belges nous a coûté 130 morts", avait fustigé samedi un ancien magistrat antiterroriste français Alain Marsaud, s'interrogeant dans le quotidien bruxellois Le Soir "sur la capacité des services d'intervention et de renseignement belges".

Un ancien membre des services belges, Bernard Snoeck, a dénoncé mercredi un manque de moyens et "l'impéritie" de responsables du pays qu'il a accusés "de n'avoir jamais voulu comprendre la montée de l'islam radical (...) délibérément ignorée pour cause d'électoralisme".

Expert en terrorisme à l'Institut norvégien de recherche sur la Défense (NDRE), Thomas Hegghammer relativise les accusations visant les autorités belges. "Aujourd'hui, c'est en Belgique que ça se passe mais la même situation pourrait se reproduire ailleurs. Nous devrions faire attention à ne pas considérer que le problème est simplement en Belgique", souligne-t-il.

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