Le Zimbabwe veut juger le chasseur américain qui a tué le lion Cecil

01/08/15 à 10:18 - Mise à jour à 10:18

Le Zimbabwe a réclamé vendredi l'extradition du riche dentiste américain du Minnesota qui a tué début juillet le lion Cecil, spécimen protégé et attraction vedette de la grande réserve animalière de Hwange (ouest), située près des célèbres chutes Victoria.

Le Zimbabwe veut juger le chasseur américain qui a tué le lion Cecil

© Reuters

Mâle dominant du parc, Cecil, remarquable par sa crinière noire, était étudié par l'université britannique d'Oxford qui l'avait équipé d'un collier émetteur, dans le cadre de recherches sur la longévité des lions.

L'Américain Walter Palmer, venu du Minnesota (nord des Etats-Unis) pour s'adonner à sa passion, la chasse à l'arc, a affirmé avoir été abusé par ses guides locaux et pensait chasser en toute légalité. Il était reparti avant que le scandale n'éclate, non sans demander qu'on lui expédie son trophée, la tête de l'animal débarrassée de son collier.

"Malheureusement, il était trop tard pour appréhender le braconnier étranger parce qu'il s'était déjà évaporé vers son pays d'origine", a regretté lors d'une conférence de presse Oppah Muchinguri, la ministre de l'Environnement du Zimbabwe. "Nous demandons aux autorités compétentes son extradition vers le Zimbabwe pour qu'il puisse être jugé pour les infractions qu'il a commises".

Le succès de la procédure reste cependant hypothétique.

Un traité d'extradition existe bien entre les deux pays mais le porte-parole adjoint du département d'Etat américain Mark Toner a précisé qu'une telle demande devait être déposée auprès d'un tribunal aux Etats-Unis.

"C'est le secrétaire d'Etat qui prend la décision finale d'extrader ou non une personne", a-t-il relevé. "Evidemment, la question humanitaire et la possibilité pour la personne d'avoir un procès équitable sont pris en compte".

Contrairement à l'Union européenne (UE), les Etats-Unis maintiennent le Zimbabwe sous sanctions en raison des atteintes aux droits de l'homme et aux libertés fondamentales sous la présidence de Robert Mugabe, au pouvoir depuis 1980.

Oppah Muchinguri a accusé le chasseur d'avoir voulu "nuire à l'image du Zimbabwe et détériorer encore plus la relation entre le Zimbabwe et les Etats-Unis".

Cette demande d'extradition est "malavisée", a réagi l'organisateur du safari Theo Bronkhorst: "cela va uniquement conduire les clients payant en devises étrangères à se demander s'ils doivent même encore venir au Zimbabwe".

M. Bronkhorst a assuré à l'AFP qu'il "ne pense pas avoir fait quoi que ce soit d'illégal" et que M. Palmer "est totalement innocent (...) Il a effectué et acheté une chasse auprès de moi qui était légale", a-t-il ajouté, assurant que tout était en règle, du paiement de 55.000 dollars au permis de chasse.

"Nous avons tué un vieux lion mâle dont nous pensions qu'il avait passé l'âge de se reproduire", a-t-il déclaré.

"Nous étions tous les deux totalement effondrés que ce truc ait un collier" et "je pensais le rendre quand le client serait reparti", a-t-il dit.

Loi CECIL contre le braconnage

L'émoi suscité à l'étranger par la mort du lion s'accompagne d'une virulente campagne visant personnellement le chasseur, éclaboussant au passage le lobby américain de la chasse et ses alliés politiques.

Abreuvé d'injures, l'Américain ne s'est pas montré en public.

Les safaris de grande chasse coûtent plusieurs dizaines de milliers de dollars et sont prisés généralement par une clientèle de riches étrangers.

Les adeptes locaux de la chasse tuent plutôt des antilopes --impalas, koudous ou autres oryx.

La chasse est autorisée hors des parcs animaliers et uniquement dans des réserves privées.

Décriée par certains, la grande chasse est une source non négligeable de revenus, générant environ 40 millions de dollars par an, selon l'autorité de protection de la faune sauvage et des parcs nationaux zimbabwéens.

La population de lions serait d'environ 2.000 spécimens dans le pays d'Afrique australe, a précisé le directeur général de l'autorité de protection, Edson Chidiya. Un quota limité est autorisé à la chasse, 50 à 70 par an selon lui, pas plus de 30 selon une autre source.

M. Bronkhorst a été inculpé pour ne "pas avoir empêché une chasse illégale" et remis en liberté surveillée avant une nouvelle comparution le 5 août. Honest Ndlovu, le propriétaire de la réserve privée où le lion a été chassé, devrait être inculpé la semaine prochaine.

"Tout ça est monté en mayonnaise hors de toute proportion par les réseaux sociaux, c'est un complot pour interdire toute la chasse, particulièrement la chasse au lion au Zimbabwe", a estimé M. Bronkhorst.

Reste que le sénateur américain Robert Menendez n'a pas traîné: le démocrate a présenté vendredi une proposition de loi pour élargir les restrictions à l'import-export d'espèces en danger en vigueur depuis 1973, pour y ajouter les animaux "proposés à la liste" des espèces menacées.

Le texte est baptisé Conserving ecosystems by ceasing the importation of large (CECIL) animal trophies Act.

Avec l'Afp

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