Le violoncelliste qui gère les comptes offshore du clan Poutine

04/04/16 à 22:00 - Mise à jour à 21:59

Source: Afp

Il est l'ami de Vladimir Poutine, le parrain de l'une de ses filles et violoncelliste au théâtre Mariinski. Mais depuis 24 heures, Sergueï Roldouguine est surtout accusé d'être au centre d'un complexe système de sociétés-écrans de proches du président russe, selon le journal indépendant Novaïa Gazeta.

Le violoncelliste qui gère les comptes offshore du clan Poutine

Roldouguine et Poutine © AFP

En fouillant parmi les 11,5 millions de documents divulgués par le site du Consortium international de journalistes d'investigation (ICIJ), Novaïa Gazeta dit pouvoir retracer les montages financiers ayant permis à des proches du président russe de cacher jusqu'à deux milliards de dollars dans des paradis fiscaux.

Ami de jeunesse de Vladimir Poutine, Sergueï Roldouguine, 64 ans, fait office de prête-nom dans cette nébuleuse de sociétés-écrans gérées par le cabinet panaméen Mossack Fonseca, d'où les documents ont fuité.

Sonnette Overseas Inc. (SOI) et International Media Overseas (IMO), deux sociétés dont Sergueï Roldouguine est propriétaire à 100%, ont ainsi racheté d'immenses pans de l'économie russe à travers d'autres compagnies offshore, par un savant jeu de poupées russes, d'après Novaïa Gazeta.

Exemple avancé par le journal: le fleuron de l'industrie automobile russe Kamaz est passé en 2008 sous le contrôle de Avto Holdings Ltd, elle-même propriété de SOI, avec l'aide active de la banque d'investissement moscovite Troïka Dialog, depuis passée sous le contrôle de Sberbank, première banque publique.

Les investissements servent parfois à acheter des yachts ou des hôtels pour les plaisirs personnels de l'oligarchie russe. Ainsi, 40 millions de roubles sont investis en 2012 dans la station de ski russe Igora où se marie l'année suivante la fille cadette de Vladimir Poutine, Ekaterina, révèle Novaïa Gazeta.

Souvent, les transactions se déroulent en circuit fermé avec pour seul but d'enrichir ces sociétés: en 2010, un accord permet à IMO de racheter des actions du géant public du pétrole Rosneft. Aussitôt, celui-ci annule le contrat et, à titre de compensation, verse 750.000 dollars à IMO.

D'une manière générale, les rentrées d'argent de ces compagnies proviennent soit d'accords avec Rosneft ou le géant gazier Gazprom, soit de "dons" d'oligarques proches du Kremlin, soit de prêts préférentiels de la banque russo-chypriote RCB. Contrôlée par un ami de Poutine, cette dernière a réagi aux révélations de Novaïa Gazeta en les qualifiant d'"infondées".

Mais aucune de ces opérations n'aurait pu être exécutée sans l'aide de Bank Rossia, pilier central de ces montages financiers selon le journal. Et sans l'amitié que porte à Vladimir Poutine le patron de cette "banque des copains" du Kremlin, Iouri Kovaltchouk, souvent présenté comme son banquier personnel.

'Prince Mychkine'

Comme lui, la majorité des personnes impliquées sont des proches de Vladimir Poutine, liés à lui par des amitiés datant souvent d'avant son arrivée à la présidence en 2000.

Sergueï Roldouguine a ainsi fait connaissance en 1977 de celui qu'il appelle affectueusement "Vovka" ou encore "son frère". "Depuis, nous ne nous sommes plus quittés", confie-t-il dans la biographie quasi-officielle de Vladimir Poutine publiée en 2000.

Soliste du célèbre théâtre Mariinski, le musicien confie aussi "ne pas être un amateur de risques". Ses amis le comparent au personnage fondamentalement bon et désintéressé, du "Prince Mychkine", créé par Dostoïevski.

"Poutine avait pour idée de cacher l'argent qu'il a volé dans les lieux les plus inattendus, avec les gens les plus imprévisibles", accuse pour sa part l'opposant numéro un au Kremlin Alexeï Navalny.

Lundi matin, le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a balayé les révélations des "Panama papers", les qualifiant de "spéculations", d'"inventions" et de "falsifications". "La cible principale de ces attaques est notre pays et son président", a-t-il dénoncé, assurant que l'objectif est de "déstabiliser" le pays.

Pour Nikolaï Petrov, professeur à la Haute école d'économie de Moscou, cette réaction était à prévoir. "La plupart des gens pensent qu'il existe une cabale contre la Russie et ses autorités et cette enquête est cohérente avec cette idée", explique-t-il.

Et elle ne risque pas de provoquer de remous dans l'opinion publique russe, prévient l'expert.

Avant ces révélations, plusieurs enquêtes, menées entre autres par M. Navalny, avaient déjà visé des proches de Vladimir Poutine, le procureur Iouri Tchaïka ou encore le fils d'Arkadi Rotenberg, milliardaire et partenaire de judo du président, dessinant les contours d'une "nouvelle aristocratie" russe apparue depuis quinze ans dans le sillage de Vladimir Poutine.

En savoir plus sur:

Nos partenaires