"Le terrorisme est un projet politique, même l'Otan le reconnaît"

08/11/16 à 13:00 - Mise à jour à 13:16

Source: Le Vif/l'express

Directeur général de l'institut Destrée, Philippe Destatte est aussi un prospectiviste reconnu, consulté par des services et institutions internationales sur le terrorisme en Europe. En exclusivité pour Le Vif/L'Express, ses recommandations pour 2030 : séparer les terroristes de leur base, négocier avec eux et recréer un nouveau pacte sociétal.

On vous savait historien, prospectiviste plutôt spécialisé dans les collectivités territoriales. Or, cet été, vous avez participé, aux Etats-Unis, à un groupe de travail international sur les nouvelles stratégies de contre-terrorisme. Pourquoi ?

L'histoire est longue. Je me suis d'abord intéressé à l'histoire de la Russie et des pays slaves, pour lesquels j'ai étudié le russe et la slavistique. Mon mémoire de fin d'études en histoire sur l'immigration russe en Belgique à la fin du XIXe siècle, à l'université de Liège, portait sur les réseaux " terroristes " russes présents en Belgique avant la Révolution. Il y avait beaucoup d'étudiants russes à Liège et à Bruxelles, des actions ont eu lieu à l'époque. J'ai retrouvé mention de ces Russes dans les archives de la police de Liège mais leurs dossiers étaient bizarrement vides. Je suis remonté aux archives de la Sûreté publique (NDLR : ancien nom de la Sûreté de l'Etat, dont faisait encore partie l'Office des étrangers), avec des numéros à six chiffres. Grâce à ces numéros, j'ai pu avoir accès à leur contenu et à des correspondances avec les services russes. Il y avait des centaines de dossiers. J'ai complété mes informations à Saint-Pétersbourg et Moscou, en Russie, et reconstitué les réseaux socialistes révolutionnaires, mencheviks et bolcheviks, ainsi que leur surveillance par l'Okhrana, la police politique des tsars. Le 23 février 1883, un jeune anarchiste russe est tué, à Ganshoren, lors de l'explosion de la bombe qu'il transportait. La Sûreté publique avait découvert qu'il appartenait au réseau des Narodovoletzi (" ceux qui portent la volonté du peuple ") d'Odessa mais c'est moi qui ai reconstitué celui-ci et analysé son fonctionnement. J'ai poursuivi ce travail encore cinq ans, pour ma thèse, tout en enseignant dans le secondaire et en hautes écoles, puis j'ai été engagé à l'institut Destrée...
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