Le Soudan du Sud "au bord du précipice"

20/12/13 à 10:16 - Mise à jour à 10:16

Source: Le Vif

Les Etats-Unis ont déployé une quarantaine de soldats au Soudan du Sud pour la sécurité de leurs ressortissants. Trois casques bleus de l'ONU ont été tués.

Le Soudan du Sud "au bord du précipice"

© Reuters

Le président américain Barack Obama a appelé jeudi le Soudan du Sud, en proie à des combats meurtriers entre factions de l'armée, à "cesser immédiatement toutes les violences qui visent à déstabiliser le gouvernement" du jeune Etat, "au bord du précipice" de la guerre civile.

"Les récents combats menacent de faire plonger à nouveau le Soudan du Sud dans ses jours les plus noirs du passé", a mis en garde le président américain dans un communiqué, appelant à la fin immédiate des "combats pour régler des comptes politiques et pour déstabiliser le gouvernement".

Washington a déployé 45 soldats pour sécuriser son personnel

Les Etats-Unis ont déployé "environ" 45 soldats mercredi au Soudan du Sud pour la sécurité de leurs ressortissants, a indiqué le président américain dans une lettre au Congrès, datée de jeudi. Les soldats, "bien qu'équipés pour le combat, ont été déployés dans le but d'assurer la protection des citoyens et des intérêts américains" et resteront au Soudan du Sud tant que la situation le réclamera, a fait valoir le président américain.

Washington a suspendu les activités de son ambassade et évacué jeudi 130 personnes après avoir fait de même la veille pour plus de 150 personnes, a annoncé le département d'Etat.

L'Union africaine (UA) a de son côté envoyé jeudi une mission de paix composée de plusieurs ministres est-africains au Soudan du Sud.

L'ancien vice-président appelle au renversement du président Salva Kiir L'ancien vice-président Riek Machar a appelé jeudi au renversement du président Salva Kiir. Ce dernier avait accusé Riek Machar de tentative de coup d'Etat -ce que celui-ci avait démenti- avant de se dire prêt, mercredi, à discuter avec lui.

"S'il veut négocier les conditions de son départ du pouvoir, nous sommes d'accord. Mais il doit partir", a répondu Riek Machar sur l'antenne de Radio France Internationale (RFI), accusant Salva Kiir de tenter "d'allumer une guerre ethnique".

Riek Machar avait assuré la veille que la tentative de coup d'Etat était un prétexte pour se débarrasser de ceux contestant l'autorité du président à la tête du parti au pouvoir (SPLM) et de l'Etat.

Des morts dans l'attaque d'une base de l'ONU Trois Casques bleus indiens ont été tués dans l'attaque d'une base de l'ONU à Akobo dans l'Etat de Jonglei (est du pays), selon l'ambassadeur indien à l'ONU. L'ONU a perdu contact avec sa base.

Des rebelles, présentés comme partisans de Riek Machar, se sont emparés mercredi soir de la localité de Bor, capitale de l'Etat de Jonglei. L'Etat du Jonglei fourmille de groupes armés, aux alliances changeantes, et il n'était pas possible de confirmer l'identité des troupes ayant pris la localité.

Le porte-parole adjoint de l'ONU Farhan Haq, a par ailleurs évoqué des "informations non confirmées" sur la mort de plusieurs étudiants tués par les forces de sécurité à l'université de Juba.

A Juba, où les combats ont fait près de 500 morts entre dimanche et mardi, la sécurité était rétablie jeudi mais de nombreux habitants prenaient d'assaut les bus pour gagner leurs villages ou l'Ouganda voisin. Près de 20.000 habitants restaient réfugiés dans les deux bases de l'ONU dans la capitale: "ils n'ont pas l'impression que c'est sûr de rentrer chez eux pour l'instant", a expliqué Joseph Contreras.

Crainte de conflit ethnique La Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme, Navi Pillay, a estimé jeudi à Genève que le risque de conflit ethnique était "extrêmement élevé". "Je suis profondément inquiète pour la sécurité des civils pris entre deux feux", a-t-elle dit.

Human Rights Watch a également accusé les belligérants d'avoir commis des meurtres sur des bases ethniques, à Juba et à Bor.

Le scénario d'une guerre civile "apparaît désormais terriblement possible", estime enfin l'International Crisis Group (ICG) qui s'inquiéte de l'extension des violences à des régions déjà en proie à de vives tensions ethniques.

Le passif des violences interethniques des années 1990 Selon Joseph Contreras, un porte-parole de la Mission de l'ONU au Soudan du Sud (Minuss), environ 3000 civils étaient réfugiés jeudi à la base onusienne de Bor et un nombre moins important à Pibor, également au Jonglei.

Bor est une localité à fort symbole dans la longue rivalité Kiir-Machar, qui trouve racine dans les années de rébellion sudiste contre Khartoum (1983-2005).

En 1991, les troupes - majoritairement d'ethnie Nuer - de Machar, qui venait de faire défection de l'Armée populaire de libération du Soudan (SPLA), la rébellion sudiste historique, y avaient massacré quelque 2000 civils Dinka, l'ethnie de Salva Kiir.

Un champ pétrolier attaqué Au moins cinq employés ont toutefois été tués mercredi soir dans un champ pétrolier de l'Etat d'Unité (nord) attaqué par des hommes armés non identifiés, selon un responsable du consortium GNOPC - contrôlé par le géant public chinois CNPC - qui exploite le champ Unité visé. Ce responsable était réfugié avec environ 200 employés du secteur pétrolier à la base de l'ONU de Bentiu, capitale de l'Etat. Une autre attaque - non confirmée - y a été signalée sur un champ pétrolier différent.

Il n'était pas possible de savoir si ces attaques étaient liées au conflit politico-militaire ni quelles étaient les conséquences sur la production de pétrole, qui assure 98% des ressources du pays.

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