Le "Sinistre endormi", célèbre tueur en série, condamné à mort

11/08/16 à 07:50 - Mise à jour à 07:47

Source: Afp

Le "grim sleeper", ou "sinistre endormi", tueur en série qui a semé la terreur à Los Angeles pendant deux décennies, a été condamné à mort mercredi pour avoir tué et parfois violé 10 jeunes femmes, dont une adolescente.

Le "Sinistre endormi", célèbre tueur en série, condamné à mort

Lonnie Franklin. © Reuters

Mécanicien et ancien éboueur, Lonnie Franklin, 63 ans, qui a écopé de son surnom macabre pour un interlude de 13 ans dans ses assassinats, avait été reconnu coupable le 5 mai de dix chefs d'accusation de meurtre avec préméditation.

Il a aussi été reconnu coupable de tentative de meurtre sur Enietra Washington, qui a survécu à une blessure par balles et à l'éjection d'une voiture qui roulait en 1988.

Lors du procès de six mois les procureurs ont lié Franklin à cinq autres meurtres non élucidés. De nombreuses photos des femmes disparues avaient été retrouvées chez lui par les enquêteurs qui estiment qu'il pourrait être l'auteur de dizaines d'autres assassinats.

Franklin, qui a accueilli mardi le verdict de façon impassible, va rejoindre le couloir de la mort californien, le plus peuplé des Etats-Unis avec environ 750 condamnés.

La Californie n'a procédé à aucune exécution depuis le moratoire instauré en 2006 en raison de poursuites liées au mode d'injections létales.

Dale Atherton, l'un des avocats de Franklin, a affirmé à l'AFP que le cas allait aller "automatiquement en appel" et pourrait ensuite monter à la Cour Suprême.

- Peine capitale jamais appliquée -

"Je doute sérieusement (que Franklin) soit jamais exécuté" vu la lenteur des procédures, a assuré Dale Atherton, ajoutant que "tout le monde veut (la peine capitale en Californie) mais elle n'est jamais appliquée".

Lonnie Franklin avait été arrêté en juillet 2010 à Los Angeles après son identification grâce à de l'ADN prélevé sur une pizza par un policier qui s'était fait passer pour un serveur de restaurant.

Les enquêteurs avaient remonté sa trace grâce à l'arrestation de son fils pour une infraction liée à des armes à feu.

Il a été jugé pour les meurtres de dix femmes noires âgées de 15 à 35 ans, pour l'essentiel des prostituées, commis à partir des années 1980, en pleine épidémie de crack.

Les corps de ses victimes étaient généralement retrouvés cachés dans des lieux désaffectés ou dans des poubelles dans le quartier pauvre de South Los Angeles, où lui-même vivait.

Certaines étaient nues ou dévêtues et ont été violées avant d'être abattues au revolver.

- Blessures toujours ouvertes -

Avant de rendre sa sentence, la juge Kathleen Kennedy a déclaré aux proches des victimes que cette peine ne leur permettrait sans doute pas de refermer leurs blessures même s'ils auront peut-être "un sentiment de Justice".

Elle a ajouté qu'il n'y avait "vraiment rien de présenté par la défense qui aurait pu atténuer" la sentence et que les circonstances aggravantes méritaient la peine de mort.

Dale Atherton avait enjoint les 12 jurés de recommander la prison à perpétuité, affirmant qu'une peine de mort retarderait le processus de deuil pour les familles. Il a aussi souligné que la survivante Enietra Washington n'avait pas été en mesure de le reconnaître formellement lors d'une séquence d'identification.

Dans sa plaidoirie finale, la procureure adjointe de Los Angeles Beth Silverman avait à l'inverse affirmé aux jurés que Lonnie Franklin était un "prédateur sexuel" dont l'ADN est le seul qui ait été retrouvé "encore et encore" sur les corps des victimes.

D'après elle, il méritait "de payer le prix ultime".

Refoulant ses larmes, la soeur d'une victime a déclaré mardi au condamné: "vous êtes assis là depuis tout le procès, sans remords (...) mais aujourd'hui c'est notre journée".

Le père d'Alicia Alexander, tuée en 1988 alors qu'elle n'avait que 18 ans, a déclaré à l'issue de l'audience: "nous avons eu ce que nous étions venus chercher. (...) Un verdict".

Un documentaire de 2014 diffusé sur la chaîne américaine HBO, "Tales of the Grim Sleeper", accuse la police d'avoir longtemps négligé l'enquête car les victimes étaient pour beaucoup des prostituées droguées.

Dans une déclaration, le principal avocat de Franklin, Seymour Amster, s'est lancé dans un plaidoyer contre la peine capitale, affirmant que les interminables procédures d'appel allaient coûter des millions de dollars publics pour "éliminer une vie qui ne verrait de toutes façons plus la lumière hors d'une prison" au lieu de dédommager les familles des victimes ou d'investir dans les communautés déshéritées.

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