Simon Demeulemeester
Simon Demeulemeester
Journaliste Knack
Opinion

06/07/15 à 14:15 - Mise à jour à 14:23

Le référendum grec est avant tout un non aux comptables

En votant pour le non, les Grecs ont envoyé les comptables dans les cordes. Ils ne font que demander une réponse politique à un problème politique.

Le référendum grec est avant tout un non aux comptables

© Reuters

S'il y a bien une chose que la crise grecque aura mise en exergue, c'est que la politique est plus une question d'émotion et d'idéologie que de chiffres et de faits. C'est avec ses tripes qu'on débat. Rien de plus logique à cela puisque les chiffres et les faits n'éclairent en rien. Au contraire. Pour chaque économiste qui joue des fichiers Excell pour justifier les mesures d'économies, il y a un prix Nobel en économie qui les réfute avec des chiffres tout aussi pointus.

Tout comme les accords bétonnés au préalable sont illusoires. Celui qui argumente qu'il existe des règles au "club Europe" doit passer un coup de fil à Didier Reynders. Ce dernier a admis que ce même club savait pertinemment que la Grèce ne se plierait pas à ces règles, et ce dès son entrée. Celui qui éduque ses enfants de cette façon ne doit pas être surpris par une adolescence houleuse.

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La politique a besoin de chiffres, mais elle ne peut les utiliser comme seul guide. La politique est aussi une question d'idéologie, de morale. L'OXI grec n'est que tripes et émotions. Le NAI l'est tout autant.

La politique a besoin de chiffres, mais elle ne peut les utiliser comme seul guide. La politique est aussi une question d'idéologie, de morale, de normes et de valeurs. Celui qui prétend le contraire se fourvoie dans le canular. L'OXI grec n'est que tripes et émotions. Le NAI l'est tout autant. Le premier représente la fierté mortifiée et l'espoir de jour meilleur. Le second c'est l'angoisse et l'espoir de moins d'incertitudes.

Cela non plus, n'est pas neuf. Fin 2012, la rhétorique "Colgate" des amoureux des chiffres était confrontée aux gens poussés dans la rue par leurs émotions. Depuis cette vague d'indignation ne s'est pas calmée. Que du contraire. Elle ne se calmera pas d'ailleurs. Elle exige une réponse. Dans la même langue.

Angela Merkel, François Hollande, Jean-Claude Juncker et Donald "où reste-tu" Tusk doivent s'assoir autour d'une table avec Tsipras. Des chrétiens démocrates comme Merkel et Juncker doivent insuffler de la miséricorde dans les débats. Il est de son devoir pour un socialiste comme Hollande de marteler le principe de solidarité. Soutenu en cela par Wolfgang Schäuble et Jeroen Dijselbloem, deux personnes qui jusqu'aux dernières nouvelles étaient aussi membres d'un parti socialiste. Le libéral Tusk doit offrir la même liberté démocratique qu'il a offerte aux Polonais.

Tous doivent s'assoir et discuter de faim, de désespoir et de perspectives. De l'Europe comme créatrice de richesse, héraut de la démocratie et gardienne des droits de l'homme et de la paix. Lorsqu'un geste historique aura été posé par l'Europe et que les politiques auront parlé, alors, et alors seulement, on pourra à nouveau faire ronronner la calculette. Le charbon et l'acier étaient à la base de la coopération européenne. En tant que gagnants du prix Nobel de la paix, osons aller plus loin.

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