Le PowerPoint que Monsanto aurait préféré garder secret

11/10/17 à 11:16 - Mise à jour à 11:21

Source: Knack

Avec son slogan "40 ans d'utilisation sans danger", Monsanto vante les mérites du Roundup, un pesticide populaire. Mais dans des documents internes, que Knack a pu se procurer, le pétrochimiste américain établit un lien entre son propre bestseller et le cancer.

Le PowerPoint que Monsanto aurait préféré garder secret

© DR

Parmi les documents, on trouve un PowerPoint de juillet 2008: "le Roundup a une influence lors de phases cruciales de la division cellulaire, ce qui à terme pourrait provoquer des cancers."

Le PowerPoint que Monsanto aurait préféré garder secret

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D'autres études qui reviennent sur les dangers du Roundup se retrouvent dans ce même document de présentation. Par exemple, les conclusions du biologiste français Robert Bellé. Son étude, qui avait été publiée en 2002 dans le magazine Chemical Research in Toxicology, démontre que le Roundup peut endommager l'ADN des cellules, et ce même à des doses largement inférieures à celles utilisées communément par les fermiers et les jardiniers amateurs. Lors de cette étude, des oursins ont servi de cobaye, car ils sont de bons indicateurs sur ce que cela peut donner sur la santé de l'homme.

Dans des mails, toujours en interne, il ressort que, dès leurs sorties, les résultats de Bellé avaient été considérés comme très problématiques chez Monsanto. Le 28 août 2002, des collaborateurs concluent que, dans les premiers jours suivant la publication, l'image de la compagnie en a pâti, car "personne ne s'est occupé du problème ou n'a pris la responsabilité de réagir (à cette étude NDLR)". Dans d'autres notes, on peut lire que l'entreprise a créé en Europe des groupes de travail pour éliminer directement les "futurs problèmes qui pourraient menacer la vente du Roundup".

Robert Bellé, interviewé par Knack, raconte que sa découverte était en réalité un complet hasard. "Nous étudions d'autres pesticides et utilisions le Roundup comme contrôle négatif. Mais, à notre grande surprise, c'est justement ce groupe-là qui a donné des résultats très marqués et inattendus"

Les documents que Knack a pu lire viennent d'une affaire judiciaire en Californie. Une affaire qui suscite une attention internationale. Elle concerne près d'un millier de personnes, principalement des fermiers, qui ont contracté un cancer des ganglions lymphatiques. La plainte porte sur le fait que la compagnie savait depuis longtemps que son produit était dangereux, mais a préféré étouffer la chose.

Audition

La dangerosité du Roundup est au coeur de nombreuses discussions. La polémique a pris de l'ampleur en mars 2015, lorsqu'un groupe d'expert de l'OMS a décrété que le glyphosate, l'ingrédient principal du Roundup, était "probablement cancérigène" pour l'être humain. Mais l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) n'est pas d'accord avec cette conclusion. Elle dit que le glyphosate est sans danger. Un avis également suivi par l'Agence européenne des produits chimiques (ECHA) en mars de cette année.

Ce mercredi 11 octobre prendra place une audition autour des révélations qui disent que Monsanto aurait influencé les recherches autour du Roundup. Des employés de la firme auraient participé en secret aux études qui jugeaient que le pesticide était sans danger. Ces mêmes études qui ont été utilisées par l'EFSA pour sa déclaration de 2015.

Monsanto n'ira pas à cette audience, a déclaré le 29 août Philip Miller, le directeur de l'entreprise. Les présidents des groupes parlementaires ont en réaction décidé que, pour l'instant, les lobbyistes de l'entreprise n'auraient plus accès au Parlement. Ce qui est une mesure drastique, du jamais vu à Bruxelles.

L'Union européenne est sur le point de prolonger de dix ans la licence du glyphosate. C'est en tout cas ce qu'a proposé la Commission européenne à ses États membres. Cette même proposition se discute en ce moment derrière des portes closes. La décision d'interdire ou non l'herbicide le plus utilisé dans l'Union européenne devrait tomber d'ici décembre.

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