Le futur président catalan appelle au démarrage de la sécession avec l'Espagne

10/01/16 à 18:31 - Mise à jour à 19:13

Source: Afp

La candidat désigné pour présider la Catalogne, l'indépendantiste Carles Puigdemont, a appelé dimanche au démarrage du processus de sécession devant le parlement de cette riche région d'Espagne.

Le futur président catalan appelle au démarrage de la sécession avec l'Espagne

Carles Puigdemont © Reuters

"Nous devons (...) lancer le processus pour créer un Etat indépendant en Catalogne, pour que les décisions du parlement catalan soient souveraines", a-t-il dit sous les applaudissements quelques heures avant que l'assemblée à majorité indépendantiste ne l'élise à la tête du gouvernement régional pour succéder à Artur Mas.

Dans un coup de théâtre de dernière minute, Artur Mas avait cédé samedi aux pressions de ses détracteurs et renoncé à briguer un nouveau mandat. Le retrait de sa candidature a permis la formation d'une coalition de gouvernement, qui va des conservateurs à la gauche anticapitaliste, décidée à profiter de sa majorité absolue au parlement régional pour proclamer d'ici 18 mois l'indépendance de la Catalogne.

Membre du même parti qu'Artur Mas, M. Puigdemont, 53 ans, journaliste de langue catalane, est un indépendantiste de la première heure. Depuis 2011, il est maire de Gérone, une ville de 97.000 habitants à 100 km au nord de Barcelone et depuis 2015 il préside l'association des municipalités indépendantistes.

Sa nomination, résultat d'un compromis entre les partisans et les adversaires d'Artur Mas qui s'affrontaient depuis cent jours, a permis aux indépendantistes d'éviter de justesse la convocation de nouvelles élections, les quatrièmes depuis 2010. Ils risquaient fort d'y perdre leur toute nouvelle majorité.

A Madrid, l'alarme sonne

A Madrid, "ils jubilaient ces dernières semaines en disant que la Catalogne s'enlisait. Depuis hier, ils sonnent de nouveau l'alarme", s'est réjoui dimanche Artur Mas devant les membres de son parti.

Les indépendantistes regroupent leurs forces alors qu'à Madrid, les élections législatives du 20 décembre ont laissé un Parlement fragmenté, où le Parti Populaire du chef du gouvernement sortant, le conservateur Mariano Rajoy, a perdu la majorité absolue et cherche en vain à former une coalition.

Face à la rébellion de la plus riche région d'Espagne, le cabinet de M. Rajoy a insisté sur la nécessité pour le "prochain gouvernement d'Espagne de compter sur une large base parlementaire qui garantisse la stabilité et la capacité (de) faire face au défi indépendantiste".

M. Rajoy espère parvenir à un accord avec le Parti socialiste (PSOE), deuxième force politique en Espagne, et avec le parti libéral Ciudadanos, opposés comme lui à l'indépendance de la Catalogne.

Le PSOE vise en revanche une alliance avec la gauche radicale de Podemos et des partis nationalistes en Catalogne et au Pays basque. Mais la situation à Barcelone lui complique encore la tâche.

"Comment allons nous expliquer que nous arrivions au pouvoir avec l'aide de ceux qui visent l'indépendance en quelques mois ?", a confié un dirigeant socialiste au journal numérique de gauche El Diario.

Le porte-parole du PSOE, Antonio Hernando, a évité dimanche de se prononcer sur de futures coalitions mais, devant les journalistes, il a offert "son soutien au gouvernement en fonction pour faire respecter la loi".

Fernando Martinez-Maillo, du parti conservateur, a estimé de son côté qu'il n'y avait "pas de meilleure façon de faire front à la sécession qu'une alliance entre le Parti Populaire et le Parti socialiste".

Les indépendantistes ont remporté la majorité absolue de 72 sièges sur 135 au parlement régional, avec 47,8% des voix, le 27 septembre.

Dès novembre, ils adoptaient une résolution proclamant le début du processus de sécession et l'insoumission aux institutions de l'Etat espagnol.

Mais leur projet avait failli échouer en raison du désaccord entre les 62 députés de la coalition "Junts pel si" (Ensemble pour le oui), formée par Artur Mas, et les 10 députés anticapitalistes de la Candidature d'unité populaire (CUP). Cette petite formation d'extrême gauche refusait de reconduire Artur Mas à la tête du gouvernement, lui reprochant quatre ans de politique d'austérité, et la corruption de son parti.

Le pacte conclu entre la CUP et "Junts pel si" garantit la stabilité du nouveau gouvernement régional parce que les anticapitalistes se sont engagés à ne jamais laisser la coalition seule face aux 63 députés de l'opposition.

Après son investiture dans la soirée, Carles Puigdemont devra former son cabinet. Parmi les premières lois qu'il devra présenter figurent la création d'administrations fiscale et de sécurité sociale pour la Catalogne.

Indépendantiste pure souche

Contrairement à son prédécesseur Artur Mas, nationaliste converti, Carles Puigdemont est un indépendantiste de toujours qui assume dimanche la charge inespérée de présider la Catalogne pour la conduire à la sécession de l'Espagne.

C'est le retrait in extremis de la candidature controversée de M. Mas qui a propulsé ce journaliste de 53 ans, fils de pâtissier, à la tête du mouvement pour l'indépendance de la plus riche région d'Espagne.

Clin d'oeil du destin: ce rebondissement est digne de la série Game of Thrones dont le tournage de la dernière saison s'est déroulé l'été dernier à Gérone, ville au nord de Barcelone dont Carles Puidgemont est maire depuis 2011.

Dans son petit village natal d'Amer, niché entre les montagnes, une grande banderolle indépendantiste accueille le visiteur. On retrouve le même message sur la facade de la pâtisserie Puigdemont, l'entreprise familiale de Carles et ses sept frères et soeurs.

"Nous sommes une famille indépendantiste de pure souche, nous avons l'amour de notre pays chevillé au corps", explique sa soeur Anna, qui gère le commerce.

"Il prône l'indépendance depuis qu'il a l'âge de raison", renchérit son ami Salvador Clarà, conseiller municipal indépendantiste à Amer.

M. Puigdemont n'a jamais caché ses convictions séparatistes, même quand elles étaient minoritaires dans la région et au sein du parti d'Artur Mas, Convergence démocratique de Catalogne, auquel il a adhéré en 1980 quand cette formation préférait négocier plus d'autonomie avec Madrid.

En 2014, après l'accession de Felipe VI au trône d'Espagne, il n'a pas hésité à demander que la nouvelle dauphine, Léonor de Bourbon, ne porte pas le titre de princesse de Gérone. "Nous ne nous reconnaissons pas dans ce titre", expliquait-il à l'AFP.

Pour Silvia Paneque, leader de l'opposition socialiste dans la ville, M. Puigdemont pratique parfois "l'exclusion, séparant les partisans et les adversaires du projet indépendantiste".

Une image social-démocrate

Né le 29 décembre 1962, Puigdemont a attendu 2011 pour percer en politique, quand il a ravi la mairie de sa ville de 97.000 habitants aux socialistes qui la gouvernaient depuis 30 ans. Il a acquis une notoriété qui lui a valu d'assumer la présidence de l'association des municipalités indépendantistes en juillet 2015.

Jusque là, il s'était consacré au journalisme, qu'il pratiquait en autodidacte depuis l'âge de 16 ans.

Il a travaillé pendant 17 ans au journal nationaliste de langue catalane El Punt, avant de fonder une agence de presse régionale et un journal en anglais sur l'actualité catalane.

"Je suis intéressé par la communication de l'image de la Catalogne à l'extérieur", explique sur son blog ce passionné des nouvelles technologies qui utilise la messagerie Twitter depuis 2007, un an après sa création.

Comme Artur Mas, Carles Puigdemont maîtrise le français et l'anglais mais il parle aussi le roumain, la langue de sa femme Marcela Topor, dont il a eu deux petites filles.

Mais contrairement à son prédécesseur, qui a appliqué une politique d'austérité quand il dirigeait la Catalogne de décembre 2010 à dimanche, Carles Puigdemont a plutôt un profil de social-démocrate qui pourrait séduire les indépendantistes qui rejetaient Artur Mas.

"Il ne vient pas de la bourgeoisie de Barcelone comme Mas mais de l'artisanat rural. Cela lui donne une sensibilité sociale", assure son ami Salvador Clarà, en prédisant son succès à la tête d'une coalition malaisée qui regroupe depuis les libéraux jusqu'à la gauche anti-capitaliste.

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