Le Front national s'empare de onze mairies et va tenter d'y faire ses "preuves"

31/03/14 à 10:41 - Mise à jour à 10:41

Source: Le Vif

Quasiment absent depuis plus de dix ans du paysage politique local en France, le Front national (extrême droite) dirigera au moins onze villes à l'issue des municipales, confirmant son ancrage dans le nord et le sud du pays, avec un défi, celui de faire ses "preuves".

Le Front national s'empare de onze mairies et va tenter d'y faire ses "preuves"

© Belga Image

Sa présidente Marine Le Pen s'en est réjouie, y voyant le début d'une "nouvelle étape pour le FN". "Il faut désormais compter avec une troisième grande force politique", a-t-elle assuré dimanche soir.

Défait à Forbach (est), le numéro deux du FN, Florian Philippot, a tout de même salué "le meilleur score de toute l'histoire" du parti d'extrême droite.

En 1995, année faste pour le parti alors présidé par Jean-Marie Le Pen, le FN avait fait élire trois maires, tous dans le sud du pays, à Toulon, Marignane et Orange, auxquelles Vitrolles s'était ajoutée en 1997. Les édiles frontistes d'alors ont laissé le souvenir d'une gestion municipale très contestée que le parti d'extrême droite jure être prêt à balayer.

Après avoir remporté dès le premier tour la ville ouvrière de Hénin-Beaumont, dans le nord, le Front national a conquis dimanche au moins 10 villes, dont Béziers (sud-ouest) et Fréjus (sud), attestant de la réussite de Marine Le Pen dans sa stratégie de "dédiabolisation" de la formation fondée en 1972 par son père.

"On a l'impression qu'un parti nouveau arrive avec des idées et on espère qu'il les mettra à exécution. Depuis qu'il n'y a plus Jean-Marie Le Pen (à la tête du parti), le FN a fait des efforts, ce n'est pas un monstre. On sait bien que ce n'est pas le nirvana mais la période est très difficile", confiait dimanche Bernard, un retraité de 71 ans .

Au-delà du poste de maire, l'ancrage du Front national dans la vie politique locale française va se traduire par sa présence dans les conseils municipaux avec quelque 1.200 élus.

"Le contrat est incontestablement rempli" pour Jean-Yves Camus, chercheur spécialiste de l'extrême droite interrogé par l'AFP. C'est un "scénario idéal" pour Marine Le Pen, a jugé quant à lui Sylvain Crépon, sociologue expert du FN.

Un symbole, mais qui n'est qu'une confirmation du premier tour du 23 mars: l'élection de l'ancien journaliste Robert Ménard dans la ville du chef résistant Jean Moulin, Béziers. Autre confirmation, l'élection à Fréjus de David Rachline, 26 ans, qui sera probablement le plus jeune maire FN.

Le FN l'emporte dans d'autres villes plus petites, à Beaucaire (sud), à Villers-Cotterêts, non loin de Paris, et Hayange dans l'est, où c'est un ancien syndicaliste CGT (proche des communistes) Fabien Engelmann, 34 ans, qui portait les couleurs du FN. Le parti d'extrême droite gagne aussi à Cogolin (sud) et à Mantes-la-Ville, près de Paris. Dans le département du Vaucluse (sud), trois candidats d'extrême droite de la Ligue du Sud ont été élus à Camaret-sur-Aigues, Bollène et Orange, où le maire sortant Jacques Bompard avait été réélu il y a une semaine. En revanche, outre M. Philippot, le compagnon de Marine Le Pen, Louis Aliot, échoue à Perpignan. Valérie Laupies, espoir du FN à Tarascon (sud), bute elle aussi dans un duel face à une liste de droite, tout comme Philippe Lottiaux, qui espérait créer la surprise à Avignon, face à la candidate socialiste.

Obtenir une dizaine de mairies peut apparaître comme un score bien maigre au regard des 17,90% atteints par Marine Le Pen au premier tour de la présidentielle de 2012. L'implantation locale du FN, faible mais en progrès, et le refus du parti de s'insérer dans un système d'alliance, expliquent cette différence. Au FN, des responsables reconnaissent la portée plus symbolique que concrète des mairies gagnées: "On ne va pas bouleverser la vie politique française parce qu'on gagne quelques villes, mais c'est une étape psychologique importante", jugeait il y a peu une figure du parti. Les maires frontistes, qui vont être l'objet d'une forte attention médiatique, vont devoir désormais faire leurs "preuves", a souligné Marine Le Pen. Les villes gérées "seront des modèles, des exemples", mais "nous ne voulons pas (y) faire de l'idéologie" comme cela avait été le cas après le scrutin de 1995, a ajouté la députée européenne cette semaine. L'enjeu pour le parti ? Devenir crédible et s'appuyer sur un bilan pour "passer à un stade supérieur". Première cible, les européennes, en mai. Plusieurs sondages placent le FN au-dessus de 20%, soit devant le Parti socialiste.

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