Lancement d'un Erasmus de longue durée pour les apprentis

21/09/16 à 19:42 - Mise à jour à 19:42

Source: Afp

Un "Erasmus des apprentis", modelé sur le très populaire programme pour les étudiants, pourrait-il être un remède au chômage des jeunes en Europe? C'est en tout cas l'objectif d'un projet-pilote lancé mercredi à Bruxelles.

Lancement d'un Erasmus de longue durée pour les apprentis

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Sous le patronage du Parlement européen et de la Commission, ce programme démarre en octobre: il concerne 145 apprentis européens (dont 75 Français) qui pourront se former dans 12 pays européens pendant un an.

Auparavant, la plupart des apprentis ne bénéficiaient en moyenne que d'un programme de 15 jours ou trois semaines, contrairement aux étudiants qui peuvent partir un an avec Erasmus. "Ce projet leur donne la même possibilité de mobilité longue durée que des jeunes issus des milieux académiques. C'est pour cela que je le soutiens", a souligné le président du Parlement Martin Schulz, lors d'une présentation du projet. "Nous apportons un début de réponse au chômage des jeunes dans l'UE", a renchéri Jean Arthuis, l'eurodéputé à l'origine de cette initiative, ancien ministre français de l'Economie et des Finances.

En juillet dernier, le taux de chômage des jeunes s'est établi à 18,8% dans l'ensemble des 28 pays de l'UE, soit plus du double que l'ensemble de la population active (8,6%, selon l'Office européen des statistiques). "Les pays européens les mieux lotis en terme d'emplois des 15-24 ans sont ceux qui ont une grande culture de l'apprentissage", a fait valoir M. Arthuis.

Les chiffres parlent d'eux-mêmes: l'Allemagne, souvent citée comme modèle pour ces formations en alternance, affiche l'un des taux les plus bas du chômage des jeunes, 7,2%, au contraire de la Grèce (50,3% en mai selon le dernier chiffre disponible), l'Espagne (43,9%) et l'Italie (39,2%).

Par ailleurs, a observé Jean Arthuis, les étudiants qui ont séjourné un an dans un autre pays (avec Erasmus) sont mieux protégés que les autres contre le chômage. Combiner les deux -- l'apprentissage et l'expérience de l'étranger - permettrait ainsi, selon lui, d'aider à l'insertion des jeunes qui ne se destinent pas à des métiers exigeant de longues études.

Pas une solution miracle

Avec ce projet, les apprentis bénéficieront de cours de langue et d'une bourse de mobilité.

Un financement de 1,8 million d'euros dédié à cette expérimentation a été attribué par la Commission européenne. Ce projet, baptisé "European Apprenticeship Programm" (Programme d'apprentissage européen), s'articule sur 33 centres de formation, dont 16 implantés en France.

L'initiative s'inscrit dans la même veine qu'un autre projet-pilote franco-allemand lancé en novembre 2015 englobant une cinquantaine de jeunes apprentis des deux voisins et 11 grandes entreprises volontaires, dont BASF et L'Oréal, mais seulement pour un séjour de deux à trois mois.

Sans offrir une solution miracle au chômage, développer un "Erasmus des apprentis" aurait plusieurs mérites, selon des économistes interrogés par l'AFP.

Ainsi, "les pays du Sud qui n'ont pas cette tradition marquée de formation en alternance pourraient bénéficier de l'expérience de l'Allemagne et des Pays-Bas", estime Claire Dhéret, analyste de l'European Policy Centre (EPC), basé à Bruxelles.

En outre, abonde Stéphane Carcillo, expert de l'OCDE, "il permettrait d'envoyer des jeunes dans des pays très demandeurs".

En Allemagne, pays confronté au vieillissement de sa population et à une pénurie de main-d'oeuvre qualifiée, de nombreuses entreprises ont déploré l'insuffisance de postulants pour les formations en alternance.

Mais un "Erasmus des apprentis" ne résoudrait pas tout d'un coup de baguette de magique. Le fort taux de chômage des jeunes dans le sud de l'Europe est aussi dû à la fragilité des économies de ces pays, durement touchés par la crise et qui peinent toujours, pour certains, à s'en relever.

De plus, relève Mme Dhéret, l'apprentissage tant vanté du modèle allemand n'est pas transposable du jour au lendemain dans les autres pays.

Il repose en effet sur la forte implication des entreprises dans le système éducatif: elles participent en effet à l'élaboration de formations visant à coller à leurs besoins.

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