Lait : "il faut aider les personnes plutôt que les exploitations"

27/11/12 à 15:59 - Mise à jour à 15:59

Source: Le Vif

Les producteurs de lait européens ont manifesté à Bruxelles durant deux jours pour réclamer une régulation des prix qui leur permettrait de ne plus produire à perte. Nous avons interrogé Philippe Burny, professeur d'Economie rurale et spécialiste de la PAC à la Faculté d'agronomie de Gembloux, pour tenter de comprendre les mécanismes européens qui ont mené à cette nouvelle crise du lait.

Lait : "il faut aider les personnes plutôt que les exploitations"

© Image Globe

Quels sont les mécanismes qui font que les producteurs laitiers vendent à perte aujourd'hui ?

C'est la loi de l'offre et de la demande qui fixe les prix du lait, pas les producteurs. Les coûts de production du lait augmentent tandis les prix de vente restent stables. Les fermiers (surtout les jeunes) s'endettent pour reprendre une exploitation ou pour investir. Mais le remboursement d'un emprunt se fait indépendamment de la conjoncture et en réalité, les prix de vente du lait fluctuent. Le coût de l'alimentation pour les vaches a connu une très forte hausse ces dernières années et les coûts de l'énergie ne cessent d'augmenter également. Il faut aussi évoquer le marché mondial qui est assez diversifié. Il existe 36 façons de produire du lait. En Nouvelle-Zélande par exemple, les vaches sont élevées en pâturage, ce qui signifie que les producteurs ne sont pas tributaires des coûts des céréales.

Les fluctuations de prix sont en partie répercutées sur le consommateur, mais pas beaucoup, car le prix de la matière première intervient de moins en moins dans le prix final. Par exemple, le prix des céréales a doublé ces dernières années, mais pas celui du pain. Il s'agit également d'un choix de la part des grandes sociétés de distribution. Le lait étant un produit de base, les magasins font attention de ne pas trop en augmenter le prix, de peur de faire fuir leurs clients.

La PAC représente aujourd'hui 40 % du budget européen. L'Union européenne doit-elle en faire plus pour aider les agriculteurs ?

Il faut savoir que la politique agricole est la seule politique vraiment commune au sein de l'Union européenne. C'est le seul secteur où des décisions de fond sont prises. Et si la Politique Agricole Commune (PAC) représente aujourd'hui 40 % du budget, elle était auparavant de 80 à 90 %.

La PAC a été mise en application en 1962 avec six pays. Aujourd'hui, il y a 27 pays dans l'Union et la politique agricole est de ce fait de moins en moins commune. Il existe des problèmes au niveau des aides accordées. Les premiers États membres reçoivent actuellement plus d'aide que les nouveaux arrivants. Il est temps de rééquilibrer tout ça. Mais comme certains vont perdre des subsides, cela reste très délicat.

Historiquement, l'aide est accordée en fonction des capacités de production des exploitations. Donc, celui qui produit 100 litres de lait (les grandes exploitations, donc,) touchera dix fois plus que celui qui en produit 10. Pour plus d'équité, il faudrait tenir compte de l'emploi et offrir une aide en fonction de l'activité créée et pas seulement en fonction du volume produit.

Les fermiers s'inquiètent également de voir disparaitre les quotas laitiers en 2015. Ce qui les forcerait à produire plus pour arriver à survivre. Ils investissent donc dans leurs exploitations et s'endettent. Mais cela risque de créer des surplus, ce qui ferait chuter les prix.

Selon vous, faut-il sauver l'agriculture européenne ?

Oui, il faut la sauver, comme tous les secteurs économiques européens. La question est plutôt de savoir comment la sauver. Il y a plusieurs écoles, certains croient aux grandes exploitations compétitives sur le marché mondial, d'autres préfèrent les petites fermes qui pourraient vendre en circuit court et localement. Les politiques sont nombreuses. La difficulté est que le marché agricole interne est très disparate.

Aujourd'hui l'Europe va vers une diminution du budget accordé à la PAC. Le problème est que chaque État membre est face à des difficultés différentes et qu'il ne faut mécontenter personne. On se retrouve, du coup, avec des politiques européennes à options, où chacun applique la politique de son choix. La politique agricole européenne est donc de moins en moins commune.

Marie Gathon

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