La Tunisie pleure ses transats vides

10/10/15 à 16:54 - Mise à jour à 16:54

Source: Le Vif/l'express

Depuis que la Tunisie est sur la liste noire des voyagistes à la suite de deux attentats, la fréquentation touristique est en chute libre. La Belgique continue de "déconseiller" la destination, au grand dam des Tunisiens.

La Tunisie pleure ses transats vides

© Belga - KENZO TRIBOUILLARD

Les plages des quelques hôtels jouxtant Port El Kantaoui, près de Sousse, sont aujourd'hui désertes. Les touristes ne viennent plus. Trônant en bord de mer, le Riu Imperial Marhaba a tragiquement fait la Une de l'actualité le 26 juin dernier, quand un étudiant massacrait à la kalachnikov 38 vacanciers (dont 30 Britanniques et 1 Belge) allongés sur des transats, et jusque dans l'hôtel.

"Aujourd'hui, nous n'avons que 50 clients, pour 365 chambres. Principalement des Allemands, des Français, des Russes", témoigne Zohra Driss, propriétaire du Riu Imperial Marhaba et héritière du fondateur de la chaîne tunisienne Marhaba. Mais pas de Belges. Or, avant l'attentat de Sousse, la Tunisie était la quatrième destination préférée des clients de Jetair. Peu de chances qu'ils y retournent d'ici peu : les tour-opérateurs de notre pays ont prolongé de plusieurs mois la suspension de leurs charters vers la Tunisie. Ils s'abritent derrière l'avis de voyage négatif émis par le ministère des Affaires étrangères, qui "déconseille" la destination.

Le tourisme constitue 7 % du PIB tunisien, mais aujourd'hui plus de 60 % de l'activité hôtelière (80 % dans le sud) serait à l'arrêt. Les fermetures impactent directement les familles. Au siège de Sousse de l'Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT), on croule sous ce genre de témoignages. Ce puissant syndicat dénonce l'inertie des pouvoirs publics et des hôteliers face à la brutale précarisation de nombreuses familles vivant directement ou indirectement de l'activité touristique : "Ici en Tunisie, nous ne connaissons pas votre régime de chômage économique", pointe un responsable syndical. "Des négociations sont cependant en cours pour attribuer à charge du budget national une allocation mensuelle de 150 dinars (68 euros) aux travailleurs saisonniers et de 200 dinars (91 euros) aux travailleurs sous statut CDI", souligne Foued Eloued, commissaire régional au tourisme. Reste que les négociations piétinent. Pour Salma Elloumi Rekik, ministre du Tourisme et de l'Artisanat, il ne faut pas se focaliser seulement sur la fermeture des hôtels. C'est une économie bien plus large qui tourne autour des vacanciers. "Plus de 360 000 personnes vivent de l'artisanat en Tunisie, dont 80 % de femmes", nous indique-t-elle.

La Belgique interpellée

Le malheur de la Tunisie, c'est d'avoir connu deux attentats en six mois. L'attaque djihadiste au musée du Bardo, le 18 mars dernier, a coûté la vie à 21 étrangers, dont une Belge. Il avait fait déjà chuter les réservations à destination de la Tunisie, mais comme les faits se sont produits loin des stations balnéaires, les hôteliers de la côte et de Djerba avaient réussi à contenir les annulations pour la saison estivale. L'attentat du 26 juin lui a porté un coup fatal.

Mécontent de ce bannissement, le Comité de vigilance pour la démocratie en Tunisie (CVDT), basé à Liège et composé de Belges et de Belgo-Tunisiens, a interpellé le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders afin qu'il "revoie sa position dissuadant les touristes belges d'aller en Tunisie". Cette position, précise-t-il, "est perçue par les Tunisiens comme hostile. Aujourd'hui, la sécurité est revenue en Tunisie, même si le risque zéro n'existe pas".

Par Jean-Marc Damry et François Janne d'Othée

Le dossier dans Le Vif/L'Express de cette semaine.

En savoir plus sur:

Nos partenaires