La Thaïlande se prépare à un week-end de manifestations anti et pro-gouvernement

30/11/13 à 10:23 - Mise à jour à 10:23

Source: Le Vif

Les opposants au gouvernement thaïlandais ont à nouveau défilé samedi à Bangkok après un appel de leurs leaders à faire un dernier effort pour faire chuter la Première ministre, dans une capitale qui se prépare à un week-end de manifestations rivales.

La Thaïlande se prépare à un week-end de manifestations anti et pro-gouvernement

© Reuters

La mobilisation dure depuis un mois contre la chef du gouvernement Yingluck Shinawatra et son frère Thaksin, ancien Premier ministre renversé par un coup d'Etat en 2006, qui reste au coeur de la politique du royaume malgré son exil depuis 2008 à la suite de sa condamnation à deux ans de prison pour abus de pouvoir. Mais la contestation a pris de l'ampleur cette semaine avec le siège de plusieurs administrations et l'occupation d'autres, notamment le ministère des Finances depuis lundi et la brève occupation du quartier général de l'armée de terre vendredi.

Moins de 10.000 manifestants anti-gouvernement selon la police étaient éparpillés samedi dans divers lieux d'une mégalopole de 12 millions d'habitants, où la vie suit son cours. Mais après un pic à plus de 150.000 personnes dimanche dernier, leur nombre pourrait grossir au cours du week-end, les leaders du mouvement ayant appelé à un dernier effort avant l'anniversaire du roi Bhumibol le 5 décembre, célébrations traditionnellement entourées de respect et qui pourraient marquer une pause dans la mobilisation. "Le 1er décembre sera le jour de la victoire", ainsi promis vendredi soir Suthep Thaugsuban, ancien vice-Premier ministre et figure de proue du mouvement, qui a rejeté les appels au dialogue du pouvoir. Il a annoncé de nouvelles cibles pour dimanche, notamment le zoo de la capitale, et appelé à un rassemblement près du siège du gouvernement lourdement protégé.

Mais aucune action majeure n'était prévue samedi. Des centaines de personnes ont toutefois brièvement manifesté devant le Département des enquêtes spéciales (DSI) du ministère de la Justice, déjà forcé mercredi à évacuer son personnel. Les manifestants, à la stratégie peu claire, se sont également dirigés vers deux groupes publics de télécommunications, Telephone Organisation of Thailand (TOT) et Communications Authority of Thailand (CAT). Mais le ministère des Technologies de l'information et des télécommunications a assuré que les communications ne seraient pas affectées.

La colère de l'opposition a été provoquée par un projet de loi d'amnistie, selon eux taillé sur mesure pour permettre le retour de Thaksin, en exil pour échapper à une condamnation à la prison pour malversations financières. Malgré le rejet du texte par le Sénat, les manifestants, groupes hétéroclites rassemblés par leur haine du milliardaire, n'ont pas désarmé et exigent désormais la tête de Yingluck qu'ils considèrent comme une marionnette de son frère.

Dans une capitale habituée aux violences politiques, ce mouvement, le plus important depuis la crise de 2010, fait craindre des débordements et a soulevé les inquiétudes de la communauté internationale. Mais jusqu'ici, tout s'est déroulé sans violence, dans une atmosphère de carnaval plus que d'insurrection. "La Première ministre a donné des ordres clairs aux autorités d'être indulgentes avec les manifestants et de ne pas utiliser la violence", a répété samedi à la télévision le vice-Premier ministre Pracha Promnog. "La tactique de Suthep est de provoquer le gouvernement pour qu'il utilise la violence contre eux, et que l'armée intervienne", a estimé de son côté Jatuporn Prompan, un des leaders des "chemises rouges" fidèles à Thaksin.

Les "rouges", qui ont appelé à un grand rassemblement samedi dans un stade où ils campent depuis dimanche, étaient déjà plus de 20.000 dans la matinée selon la police.

En 2010, quelque 100.000 "rouges" avaient occupé le centre de Bangkok pour réclamer la chute du gouvernement de l'époque, avant un assaut de l'armée. La crise, qui avait fait quelque 90 morts et 1.900 blessés, avait mis en lumière les profondes divisions de la société entre masses rurales et urbaines défavorisées du nord et du nord-est du pays, fidèles à Thaksin, et les élites de la capitale gravitant autour du palais royal qui le voient comme une menace pour la monarchie.

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