La réforme de l'élection présidentielle française très mal reçue

31/03/16 à 16:38 - Mise à jour à 23:57

Source: Le Figaro

La semaine dernière, le groupe socialiste de l'Assemblée nationale a formulé assez discrètement plusieurs propositions afin de réformer et de moderniser les règles de la campagne pour l'élection présidentielle, notamment en ce qui concerne les parrainages, mais surtout sur l'équité du temps de parole entre les candidats.

La réforme de l'élection présidentielle française très mal reçue

Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve soutient fermement la proposition de son groupe politique. © AFP

La semaine dernière, bon nombre d'élus politiques à l'Assemblée nationale française se sont insurgés contre la proposition de loi voulant moderniser et réformer les conditions de campagne pour l'élection présidentielle, mais ils n'étaient pas les seuls. Des observateurs, blogueurs et autres défenseurs de la démocratie ont eux aussi pointé du doigt une proposition qu'ils jugent totalement défavorable aux petits partis et aux candidats déjà peu médiatisés à la base.

L'élément central de la discorde concerne la réforme sur la période de stricte égalité du temps de parole des candidats dans les médias. Elle passerait de 5 semaines actuellement à 2 semaines. La proposition de loi veut également imposer, en dehors de ces deux semaines, la substitution de la répartition équitable à un partage équitable. En gros, les temps de paroles seront calculés en fonction des courbes des sondages et des résultats obtenus aux scrutins précédents. D'où la dénonciation d'une pénalisation pour les petits candidats ou les candidats indépendants d'un grand parti.

Des réactions de toutes parts

La proposition n'a pas manqué de faire réagir. Le Président de l'UDI (Union des démocrates indépendants, centre-droit), Jean-Christophe Lagarde, a dénoncé une "modification dangereuse et scandaleuse" et accuse le CSA (Conseil supérieur de l'audiovisuel) de jouer un rôle de censeur. Isabelle Attard, députée écologiste, très remontée contre le texte, a déclaré sur le site du Figaro : "l'objectif semble clair : limiter le choix des Français à trois bulletins : Parti socialiste, Les Républicains et le Front national". Son groupe politique l'a soutenue en précisant que cette proposition était celle "du plus fort" et dont "le résultat serait un atteinte au pluralisme démocratique".

Laurent Herblay, blogueur et ancien porte-parole de Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France), déclare dans un billet d'humeur sur le site du Figaro que "la loi modifiant les règles de la campagne présidentielle aggrave l'inégalité de traitement entre les candidats et qu'elle constitue un déni de démocratie".

On peut lire sur le site de l'Humanité, que Jean-Luc Mélenchon, député européen et co-fondateur du Parti de gauche, d'habitude très remonté, n'a pas failli à ses habitudes et a appelé dans une lettre les parlementaires à ne pas voter ces textes :

" Ne croyez pas qu'en cherchant à empêcher des candidatures vous éliminerez ce qu'elles veulent incarner. Ne pensez pas qu'une telle manoeuvre puisse rester impunie. Pensez à ce qui adviendrait pour notre démocratie si la manoeuvre en cours aboutissait. Les responsables PS qui sont à l'initiative de ce texte aimeraient notamment se débarrasser de ma candidature pour l'élection présidentielle de 2017 par ce moyen".

Le gouvernement tente de défendre son camp

Le projet avait été proposé en octobre 2015 déjà par Jean-Jacques Urvoas, Le Président de la Commission des lois de l'Assemblée (devenu depuis ministre de la Justice et Garde des Sceaux) et avait déjà provoqué l'inquiétude à l'époque. Les pourfendeurs de la nouvelle proposition dénoncent une idée qui va encore plus verrouiller l'accès à la présidence de la République et qui favorise indéniablement les grands partis du système politique.

Mardi dernier, lors des traditionnelles questions au gouvernement, c'était au tour du ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, de défendre la proposition. Il a répondu que l'organisation actuelle était "complexe, illisible et très défavorable à toutes les organisations politiques du système", affirmant que le système actuel "réduit le temps de parole, le temps du débat, l'expression démocratique".

Outre la réforme sur le temps de parole, la loi prévoit également de rendre publique la liste des 500 parrainages (obligatoires pour se présenter à l'élection).

Actuellement, 17 candidats (surtout chez Les Républicains) ont proposé leur candidature à l'élection présidentielle, dont le premier tour aura lieu le 23 avril 2017.

Maxime Defays

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