La presse suisse divisée après la libération de Polanski

13/07/10 à 10:53 - Mise à jour à 10:53

Source: Le Vif

La presse suisse est divisée sur le traitement de faveur octroyé au cinéaste. La presse suisse romande a accueilli avec soulagement la décision, tandis qu'en Suisse alémanique plusieurs journaux se sont inquiétés du traitement de faveur réservé à Roman Polanski. Par ailleurs, le cinéaste reste l'objet d'un avis de recherche international en vue d'extradition, dit "notice rouge", a indiqué l'organisation policière internationale Interpol.

La presse suisse divisée après la libération de Polanski

© EPA

"Faut-il se réjouir de la libération de Roman Polanski? Oui", écrit le Matin. "Chez nous, l'affaire est classée et on relève la tête grâce à l'indépendance d'Eveline Widmer-Schlumpf". Le Quotidien Jurassien relève que Mme Widmer-Schlumpf "a su s'engouffrer dans la brèche et sortir Polanski et la Suisse avec lui d'un bien mauvais pas". Cette affaire montre que "la Suisse sait préserver son indépendance dans l'application du droit".

Selon 24 heures, "la Suisse a accouché d'une décision d'une limpidité et d'une logique remarquable". "La double manifestation d'indépendance - l'arrestation d'abord, la non-extradition ensuite - confèrent à cette longue procédure une légitimité bienvenue". "La morale est sauve, et avec elle l'honneur de la Suisse". Pour Le Temps, la décision de Mme Widmer-Schlumpf est "courageuse et équitable".

Sous le titre "Un vice de forme bien arrangeant", l'Express et l'Impartial relèvent que cette décision "arrange visiblement pas mal de monde". Et, après l'accord UBS avec les Etats-Unis, "ce sursaut d'indépendance met un peu de baume sur une fierté helvétique passablement égratignée".

"Absence providentielle d'un document", écrivent également Le Nouvelliste et La Liberté, pour qui "le droit est décidément une notion très élastique": la ministre de la justice a brandi des arguments juridiques en apparence imparables lors de l'arrestation du cinéaste et elle fait de même pour justifier qu'il ne sera pas extradé.

Seule voix divergente en Suisse romande, La Tribune de Genève estime que cette décision "n'en demeure pas moins insatisfaisante". D'un côté, le journal se demande s'il s'agissait d'une "détention inutile ", Roman Polanski ayant finalement été libéré. Pourtant, ajoute-t-il, "il reste toujours une victime. Elle avait 13 ans au moment des faits".

En Suisse alémanique, la Neue Luzerner Zeitung résume le ton dominant en titrant "Tous ne sont pas égaux". "Si le personnage principal de ce drame n'était pas Roman Polanski, mais un acteur inconnu, il serait maintenant devant ses juges américains".

La Neue Zurcher Zeitung constate qu'"en définitive, on reconnait ici que lorsque des intérêts supérieurs sont en jeu, tous ne sont pas toujours égaux devant la loi. Certains le sont plus que d'autres", écrit le journal sur son site internet.

Le Landbote se demande ce qu'il en serait "si Polanski était un prêtre catholique coupable d'avoir commis un abus sexuel il y a 33 ans". Quant au Tages Anzeiger, il parle de "fondements douteux" pour ce jugement.

Le Bund est lui du même avis que l'essentiel de la presse romande, parlant d'une "bonne" décision. Mme Widmer-Schlumpf a pris une décision juridique et non politique qui pourrait avoir des conséquences réjouissantes. "Toutes les parties impliquées, les autorités suisses autant que les Etats-Unis, sauvent la face".

Pour la Südostschweiz, il s'agit d'une décision logique. "Le doute doit profiter à l'accusé". Même son de cloche dans le Blick. Les Etats-Unis ont manqué de fournir des documents importants, relève le journal: "ils vont sans doute pester, mais la Suisse ne leur doit rien".

"Déçus", les USA vont continuer à chercher "justice"

"Nous sommes déçus", a déclaré à la presse le porte-parole du département d'Etat, Philip Crowley. "Le viol d'une fille de 13 ans par un adulte (...) est un crime", a-t-il ajouté. "Nous continuerons à chercher justice dans cette affaire et nous allons étudier nos possibilités".
Cependant, le ministère américain de la Justice n'a pas souhaité préciser s'il pourrait demander à nouveau l'extradition du cinéaste, laissé libre par les autorités suisses, s'il se rendait dans un pays ayant conclu un accord avec les Etats-Unis.

La ministre suisse de la Justice, Eveline Widmer-Schlumpf, qui a annoncé que Roman Polanski ne serait "pas extradé vers les Etats-Unis", a aussi déclaré ne pas pouvoir "dire ce qui va se passer au sujet" de l'éventuelle radiation de Roman Polanski du fichier d'Interpol des personnes recherchées. "Ce sont les Etats-Unis qui vont décider", a-t-elle dit. Si le nom de M. Polanski devait être maintenu dans cette liste, Washington serait toujours en mesure de demander l'extradition du cinéaste s'il se rendait dans un pays ayant conclu un accord d'extradition avec les Etats-Unis.

Le ministère américain de la Justice ne "spécule pas" sur cette question hypothétique. Il a également indiqué ne pas faire de commentaire suite à la décision des autorités suisses.

La "fin d'un cauchemar" pour Emmanuelle Seigner

"C'est avec un immense plaisir que je viens d'apprendre la libération de mon mari. C'est la fin d'un cauchemar pour mes enfants et pour moi-même qui aura duré plus de 9 mois", a déclaré Emmanuelle Seigner dans un communiqué. "J'ai vraiment hâte que nous puissions tous refaire des projets et reprendre une vie de famille normale, surtout pour mes enfants qui ne méritaient pas toutes ces souffrances", a-t-elle ajouté.

Le Vif.be, avec Belga

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