La Pologne avance à reculons sur le droit à l'avortement

05/04/16 à 11:53 - Mise à jour à 12:24

Près de 5000 personnes se sont rassemblées ce dimanche devant le parlement polonais, à Varsovie, afin de protester contre une proposition de loi souhaitant revenir sur le droit à l'avortement. Des évènements qui rappellent que les femmes européennes sont loin d'être égales face à leur choix d'interrompre volontairement leur grossesse.

La Pologne avance à reculons sur le droit à l'avortement

© REUTERS

"Make Love, not PiS". C'est l'un des slogans scandés dimanche dernier par quelques milliers militants rassemblés devant le siège du parlement polonais à Varsovie. "PiS" pour l'abréviation polonaise du parti Droit et Justice, au pouvoir depuis les dernières élections de 2015, et jouissant d'une majorité de 235 sièges sur 460 au parlement. Le parti, connu pour son conservatisme et sa grande proximité avec l'Eglise catholique du pays, cherche à faire passer une loi revenant complètement sur le droit à l'avortement, légalisé dans des conditions très strictes depuis 1993 dans le pays. Aujourd'hui, l'avortement est limité à quelques cas : danger important pour la femme, pathologie grave et irréversible pour l'enfant, viol, ou inceste. La nouvelle proposition vise à limiter ce droit aux seuls cas où la grossesse comporterait un risque pour la vie de la femme, rapporte l'AFP. Mais aussi à durcir les peines pour les femmes qui tenteraient de passer outre la loi. Avec la nouvelle législation, celles-ci risqueraient une peine maximale allant jusqu'à 5 ans de prison.

"C'est incroyable, car la Pologne avait déjà une des lois les plus restrictives d'Europe", s'indigne Irene Donadio, Responsable de mobilisation du pôle européen de l'International Planned Parenthood Federation (IPPF), plus grande ONG mondiale en matière de protection des droits de la sexualité et de la reproduction. "Mais nous sommes très contents de voir que les gens ont pris la rue, et pas simplement les femmes, mais aussi les familles. Dont des femmes qui se sont levées pour sortir d'une église lors d'une messe en signe de protestation. Cela montre que même si la population est majoritairement catholique, elle n'est pas nécessairement en faveur de cette interdiction."

L'Eglise s'implique dans les débats

Dans un pays où l'Eglise possède encore une grande influence sur l'organisation de la société et sur les décisions politiques (près de 90% de la population se revendique de la religion chrétienne catholique), les évêques ont cosigné une lettre qui devait être lue ce dimanche dans toutes les paroisses polonaises. Celle-ci marquait leur soutien à la proposition de loi. "En ce qui concerne la vie des non nés, on ne peut pas en rester au compromis actuel exprimé dans la loi du 7 janvier 1993", y écrivent les évêques. Pour Mme Donadio, l'Eglise n'est pas la seule responsable. "Il faut aussi un traitement objectif de la question dans les médias. En Pologne, et depuis que le nouveau gouvernement est au pouvoir notamment, il y a un problème grave de manipulation du débat politique." Depuis le début du mandat du nouveau gouvernement, les mesures de contrôle des autorités sur les médias polonais ont en effet suscité de l'inquiétude au niveau européen.

Une tendance européenne au recul ?

Cette volonté de la Pologne de revenir en arrière sur la question du droit à l'avortement s'imprime dans une tendance que l'on retrouve dans d'autres pays européens. Pour rappel, l'Espagne approuvait en septembre dernier une loi limitant l'avortement aux mineures. Celles-ci ont depuis besoin d'une autorisation parentale pour avoir accès à l'IVG, ce qui représente une barrière supplémentaire. Le Portugal revenait quant à lui sur le remboursement de l'IVG par la sécurité sociale l'été dernier. Dans d'autres pays comme Malte ou l'Irlande, cette pratique est encore durement pénalisée, peu importe les circonstances. Les conséquences sont réelles. En Irlande, 4000 femmes vont chaque année se faire avorter à l'étranger, rapport Amnesty International. Une pratique qui peut s'avérer lourde en conséquence psychologiques, en plus de comporter possible frein économique. "Il faut comprendre aussi que c'est un problème social, qui affecte beaucoup plus certains groupes de femmes. Celles qui ont les moyens auront plus la possibilité de voyager. Mais lorsque l'on est mineure, que l'on souffre d'un handicap, on que l'on est plus pauvre, c'est là que l'injustice est la plus forte", ajoute Irene Donadio.

Parmi les manifestants rassemblés dimanche en Pologne, plusieurs brandissaient des cintres en fil de fer, pour rappeler les conditions terribles dans lesquelles se déroulent les avortements lorsqu'ils sont effectués de manière clandestine. Ces pratiques seraient encore monnaie courante dans le pays. Entre 100.000 et 150.000 femmes auraient chaque année recours à une interruption volontaire de grossesse (IVG) clandestine, rapportent des organisations féministes. En contraste, entre 700 et 1.500 avortements "légaux" y seraient autorisés par an.

Arthur Sente (stg.)

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