"La lutte contre le négationnisme est "une bataille sans fin"

25/09/16 à 14:37 - Mise à jour à 18:07

Source: Afp

Le négationnisme est "une obsession" contre laquelle "il n'y a pas de réponse", estime l'historien israélo-américain, Saul Friedländer, 83 ans, spécialiste du nazisme, qui publie simultanément un livre d'entretiens et la suite de ses mémoires.

"La lutte contre le négationnisme est "une bataille sans fin"

Saul Friedländer © AFP

"Quoi qu'on avance, ils trouveront toujours le soi-disant détail montrant que toutes ces histoires de chambres à gaz, c'est une blague. Ils sont totalement conspirationnistes", condamne l'écrivain dans un entretien avec l'AFP.

A l'occasion de la sortie en France, en Belgique et en Suisse de "Réflexions sur le nazisme: entretien avec Stéphane Bou" et "Où mène le souvenir: une vie", Saul Friedländer livre ses inquiétudes face à la résurgence de l'antisémitisme, la situation en Israël et l'élection présidentielle américaine.

L'auteur de "L'Allemagne nazie et les Juifs" se souvient d'un épisode de sa vie universitaire lorsqu'il occupait la chaire d'histoire de l'Holocauste à l'Université de Californie (UCLA), un Etat où le négationnisme est "très fort", selon lui.

"J'explique aux étudiants que les nazis justifiaient l'euthanasie des handicapés pour des raisons économiques mais aussi pour +améliorer la race+. Un étudiant lève la main et demande: +Ca a marché?+". "Je me rends compte que c'est une bataille sans fin. On continuera à lire que ça n'a pas existé".

Saul Friedländer, né à Prague dans une famille juive germanophone, a été caché en France pendant la Seconde guerre mondiale par ses parents qui sont morts déportés. Il a rejoint Israël dès 1948 et travaillé à la fin des années 1950 avec l'ancien président Shimon Peres.

Installé aujourd'hui aux Etats-Unis, il est toujours proche du mouvement "La Paix Maintenant" et s'alarme du mouvement "qui monte, notamment dans les campus américains, remettant en cause le droit d'Israël à exister".

- Trump, 'un loufoque dangereux' -

La situation en Israël n'a rien pour le rassurer. "Dans les deux camps, la radicalisation a fait de profonds dégâts. Je reste partisan d'une solution à deux Etats mais certains de mes amis de gauche me disent que la situation a changé. Si un Etat palestinien se créait en Cisjordanie il serait aux mains du Hamas comme à Gaza et, à ce moment là, Israël serait encerclé par des gens déterminés à le détruire, disent-ils".

Il n'en est pas moins critique de la politique de l'Etat hébreu. "si l'on veut l'apaisement il faut cesser la colonisation, détruire les colonies sauvages et abandonner certaines colonies. Il se peut que ça ne marche pas mais en tout cas vous aurez tout fait pour montrer votre bonne volonté. Le risque sinon est de voir disparaître les valeurs de justice et d'égalité jadis au coeur d'Israël et à la base du sionisme."

Interrogé sur la présidentielle américaine, l'écrivain à la crinière blanche, très en forme pour son âge, n'exclut pas une victoire de Donald Trump.

"C'est un loufoque dangereux. Il dit n'importe quoi, se rétracte le lendemain. On ne sait pas du tout ce qu'il pense. Il fait un show, du théâtre. En même temps, il y a un pan immense d'Américains, de Blancs pauvres en colère, qui rêvent de Trump à la Maison Blanche. C'est une sorte d'exutoire dans leur colère contre +l'establishment+ représenté par Barack Obama et Hillary Clinton".

"Si Trump arrive à la présidence, ma femme et moi on se dit qu'on quittera le pays", conclut-t-il.

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