La Ghouta orientale, l'ancien verger de Damas ravagé par la guerre

12/04/18 à 14:09 - Mise à jour à 14:09

Source: Afp

L'enclave rebelle dans la Ghouta orientale a été reprise totalement selon l'allié russe par le régime syrien de Bachar al-Assad après une offensive dévastatrice. Il s'agissait du dernier fief des insurgés aux portes de Damas.

La Ghouta orientale, l'ancien verger de Damas ravagé par la guerre

© Reuters

A Moscou, l'armée russe a indiqué que le drapeau syrien flottait jeudi sur Douma, marquant la reprise de "la totalité de la Ghouta orientale".

Le gouvernement syrien n'a pas annoncé officiellement pour l'instant la reprise de Douma, la dernière ville de l'enclave qui échappait encore à son contrôle.

- La Ghouta dans la guerre -

Après la répression meurtrière de manifestations prodémocratie par le régime à partir de mars 2011, la guerre éclate en Syrie. Une partie des opposants passe à la lutte armée, certains constituant l'Armée syrienne libre (ASL).

En juillet 2012, les rebelles de l'ASL lancent, depuis la Ghouta, la bataille de Damas. La périphérie de la capitale se retrouve au coeur des affrontements: l'ASL a installé ses bases arrières dans la Ghouta orientale.

Cet ancien "poumon vert" où les habitants de la capitale venaient pique-niquer est alors régulièrement visé par des bombardements du régime, qui touchent marchés, écoles et hôpitaux, faisant de nombreuses victimes civiles.

Le régime parvient à garder le contrôle sur la capitale et assiège totalement les régions contrôlées par les rebelles à partir de 2013.

- Déluge de feu -

Début février 2018, plus de 250 civils sont tués en cinq jours de raids aériens, un pic de violence sans précédent depuis plusieurs années, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Le régime a fait en début d'année une priorité de la reconquête des zones rebelles dans la Ghouta orientale,d'où les insurgés tirent obus et roquettes meurtriers sur Damas.

Le 18 février, le régime lance une offensive aérienne, puis terrestre, d'une intensité inédite sur l'enclave.

Le 10 mars, ses forces parviennent à diviser la région en trois: la principale ville, Douma, et sa périphérie au nord, Harasta à l'ouest et le reste des localités au sud.

Les frappes ont tué plus de 1.700 civils, selon l'OSDH.

- Siège et malnutrition -

Autrefois région agricole produisant légumes et fruits dont des abricots, cet ancien verger de Damas a été le théâtre d'une grave crise humanitaire, subissant pénuries de nourriture et de médicaments en raison du siège du régime.

En 2017, l'ONU a condamné la "privation de nourriture délibérée de civils" comme une tactique de guerre, après la publication de photos "choquantes" d'enfants squelettiques. L'Unicef a dénoncé la pire crise de malnutrition depuis le début de la guerre, avec 11,9% des enfants de moins de cinq ans souffrant de sévère malnutrition.

Avant le début de l'offensive le 18 février, la région comptait environ 400.000 habitants. Plus de 100.000 habitants ont été forcés à l'exode dans des zones environnantes, sous contrôle gouvernemental.

- "Suffocation" -

Ces dernières semaines, le régime a été accusé d'avoir mené plusieurs attaques chimiques dans la Ghouta.

Le 22 janvier, l'OSDH a rapporté 21 cas de suffocation à Douma, des habitants et des sources médicales évoquant une attaque au chlore. Le 13 janvier, une attaque similaire a visé la périphérie de Douma, l'OSDH rapportant "sept cas de suffocation".

Le 25 février, 14 cas de suffocation ont été rapportés, selon l'OSDH. Un médecin a évoqué une "probable attaque au gaz de chlore". Le 22 mars, 37 civils ont péri "de brûlures et de suffocation" dans un abri à Arbine, d'après l'OSDH, qui a dénoncé des "bombes incendiaires" larguées par des avions russes. Moscou a assuré que son aviation n'utilisait pas de munitions incendiaires.

Le 7 avril, les Casques Blancs, ces secouristes en zones rebelles, ont affirmé que plus de 40 civils ont péri dans une attaque aux "gaz toxiques" et accusé le regime. Washington a aussi accusé le régime et menacé de lancer des frappes.

Le régime, soutenu par Moscou, a démenti recourir aux armes chimiques.

En août 2013, le régime a été mis en cause dans une attaque au gaz sarin dans la Ghouta orientale et à Mouadamiyat al-Cham, près de Damas où 1.429 personnes, dont 426 enfants, ont été tuées selon les Etats-Unis. La signature d'un accord américano-russe sur le démantèlement de l'arsenal chimique de la Syrie avait annulé in extremis des frappes envisagées contre le régime.

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