Nicolas De Decker
Nicolas De Decker
Journaliste
Opinion

14/11/15 à 13:10 - Mise à jour à 02/12/15 à 10:53

La France, une certaine idée de la victoire

Vendredi soir, la France a battu l'Allemagne devant quatre-vingt mille personnes. Elle a gagné 2-0, un but de Giroud et un de Gignac, mais elle a perdu beaucoup plus.

La France, une certaine idée de la victoire

© BELGAIMAGE

Elle a perdu beaucoup plus parce que c'est Paris qui a été frappé. Elle a perdu parce que ce n'est pas le Paris canaille, ni le Paris artiste, ni le Paris politique, ni le Paris religieux, ni le Paris athée qui ont été frappés. Elle a perdu parce qu'a été frappé le Paris ordinaire: celui d'un cabernet blanc en terrasse avec une cibiche, celui d'un concert du vendredi soir. Le nôtre.

Elle a perdu surtout parce qu'après avoir eu la vieille peau de Cavanna, mort, heureusement pour lui, avant Charlie, c'est aujourd'hui Flaubert qu'elle enterre, la France.

Flaubert se moquait de la France pour la déniaiser. Marianne la sotte nitouche a pris ses Idées reçues au pied de la lettre.

"Voltaire lui-même l'a dit : "Si Dieu n'existait pas, il faudrait l'inventer"", écrivait-il dans son abécédaire de la fausse intelligence. Et la France l'a cru. Elle a inventé un Dieu qui n'existe pas en ne comprenant plus rien à cette laïcité qu'elle avait créée. C'est elle, vieille fille aînée de l'Eglise, qui a ressuscité l'Infâme en croyant l'écraser, justement parce qu'elle a voulu l'écraser. Ce n'est pas Dieu qui bombarde la Syrie ou le Mali, et ce n'est pas Dieu qui reçoit des missiles sur le visage. Mais c'est pour Dieu que les missiles sont pris parce que c'est contre Dieu que la France croit les lancer.

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"Voltaire lui-même l'a dit : "Si Dieu n'existait pas, il faudrait l'inventer"", écrivait-il dans son abécédaire de la fausse intelligence. Et la France l'a cru.

L'Allemagne, qui a perdu hier soir, ne jette de bombe sur personne. Des fascistes le lui reprochent. Mais aucun terroriste ne lui fait regretter sa défaite.

"Bras. Pour gouverner la France, il faut un bras de fer", disaient aussi les bien-pensants de Flaubert. La France politiquement correcte le pense encore davantage au matin d'une défaite. "C'est eux ou nous.", hurle le sarkozsyte Laurent Wauquiez, qui réclame l'ouverture de camps de concentration pour quatre mille personnes fichées par les renseignements. "Nous allons mener le combat, il sera impitoyable" lance le président au bras de fer du Pays des Droits de l'Homme dur. Bref, la France n'en a pas fini avec ses missiles. Elle n'a pas encore fini de se faire détester. Elle a donné de la chair à un ectoplasme, il en coule du sang, elle continue de lui gonfler les muscles. Le sang continuera de couler. Vendredi soir, la France a perdu. Giroud et Gignac ont marqué, mais c'est Flaubert qui a encaissé. Il prendra encore des raclées. Nous aussi.

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