La France endeuillée : 84 morts, de nombreux blessés, "le chaos absolu"

15/07/16 à 11:03 - Mise à jour à 11:03

Source: Afp

En pleines célébrations de sa fête nationale, la France a été frappée par un nouvel attentat: au moins 84 personnes ont été tuées jeudi soir, lorsqu'un camion a foncé sur la foule qui assistait à un feu d'artifice à Nice, capitale de la Côte d'Azur.

La France endeuillée : 84 morts, de nombreux blessés, "le chaos absolu"

© Belga

Huit mois après les attaques jihadistes de novembre à Paris, qui avaient fait 130 morts, le pays a replongé dans un scénario cauchemardesque sur la Promenade des Anglais, où aiment à flâner familles et touristes, sous les palmiers, le long de la mer Méditerranée.

Alors que le feu d'artifice touchait à sa fin, un camion blanc a foncé à pleine vitesse sur la foule de milliers de badauds, fauchant indifféremment tous ceux qui se trouvaient sur son chemin, sur deux kilomètres.

Le conducteur, dont le nom n'a pas été révélé mais qui a été identifié comme un Franco-Tunisien de 31 ans domicilié à Nice grâce à des papiers d'identités trouvés dans le camion, "a changé de trajet au moins une fois", a affirmé à l'AFP une source policière. "Il a clairement cherché à faire un maximum de victimes", a-t-elle estimé.

La banalité du mode opératoire - un camion pour seule arme - et le fait que plusieurs enfants figurent parmi les 84 victimes, ont glacé les sangs. "L'horreur, à nouveau", titrait vendredi le quotidien de droite Le Figaro.

Dix-huit blessés étaient toujours "entre la vie et la mort" vendredi matin et les autorités dénombraient aussi "une cinquantaine de blessés légers".

Si l'attaque n'a pas été revendiquée, son "caractère terroriste (...) ne peut être nié", a déclaré le président François Hollande dans une allocution télévisée en pleine nuit. Après une réunion de crise vendredi matin à l'Elysée, le chef de l'Etat était attendu à Nice avec son Premier ministre Manuel Valls.

'Pourquoi ?'

Traditionnellement marquée par des défilés militaires, des bals populaires et des feux d'artifices, la fête nationale a basculé dans le drame. "C'était le chaos absolu", "des gens hurlaient", a décrit un journaliste de l'AFP, Robert Holloway, qui assistait aux festivités.

"Nous avons vu des gens touchés et des débris voler partout", a-t-il raconté, ajoutant qu'il avait très vite compris, "qu'un camion de cette taille avec une trajectoire en ligne droite" ne pouvait être qu'un "acte totalement délibéré".

"Les gens trébuchaient, essayaient de rentrer dans les hôtels, les restaurants, les parkings, partout où ils pouvaient éviter d'être dans la rue", a témoigné sur l'Australian Broadcasting Corporation Emily Watkins, une Australienne présente à quelques dizaines de mètres du camion au moment de l'attaque.

A l'issue de sa course meurtrière, le conducteur du camion a été abattu par les forces de l'ordre, après avoir commencé à tirer en direction de la police, selon des sources concordantes.

Les policiers "l'ont abattu et sa tête dépassait de la fenêtre" du véhicule, a expliqué un témoin nommé Nader, dans un anglais approximatif, à la chaîne BFM TV.

Selon une source proche des enquêteurs, une grenade "inopérante" et des "armes longues factices" ont été retrouvées à bord du camion de 19 tonnes.

Le véhicule "a été loué il y a quelques jours" dans la région, a précisé à l'AFP la source policière.

A l'aube, des corps jonchaient encore le sol, recouverts d'un simple drap ou d'une nappe de restaurant.

Une fois dissipées les sirènes des ambulances, un calme mortel s'est emparé de la ville. La promenade des Anglais a été fermée "pour une durée indéterminée", ont annoncé les autorités.

Près d'un centre de soutien psychologique, une journaliste de la chaîne BFM TV a entendu un adolescent hurler: "Pourquoi ? Pourquoi ce soir ? Pourquoi ma famille ?"

'Barbare et lâche'

A Paris, le président Hollande a annoncé une prolongation pour trois mois supplémentaires de l'état d'urgence, qui devait prendre fin dans quinze jours. Ce régime d'exception, décrété après les attentats du 13 novembre, facilite notamment les perquisitions et l'assignation à résidence de suspects.

Il a également annoncé le recours à plusieurs milliers de citoyens réservistes pour seconder les policiers et les gendarmes, épuisés par des mois de surveillance intensive depuis 2015.

L'attaque, la plus importante commise en Europe depuis les attentats du 13 novembre 2015 à Paris et du 22 mars 2016 à Bruxelles (32 morts), a suscité une vague d'indignation dans le monde. L'ONU a condamné un acte "barbare et lâche", le président américain Barack Obama "une horrible attaque terroriste".

En France, les différentes instances représentatives de la communauté musulmane ont unanimement condamné l'attentat.

Frappée deux fois l'an dernier par des attentats jihadistes sans précédent (17 morts les 7, 8 et 9 janvier et 130 morts le 13 novembre), la France vivait depuis dans la crainte de nouvelles attaques en dépit d'un dispositif sécuritaire drastique.

Le groupe Etat islamique (EI), qui perd du terrain en Irak et en Syrie où il a proclamé un califat en 2014, a menacé régulièrement le pays de représailles pour sa participation à la coalition militaire internationale dans ces deux pays.

"Rien ne nous fera céder dans notre volonté de lutter contre le terrorisme et nous allons encore renforcer nos actions en Syrie comme en Irak", a assuré le président Hollande.

Depuis plus d'un an, plusieurs projets d'attentat ont été déjoués en France mais de nouvelles attaques massives étaient notamment craintes à l'occasion de l'Euro de football, qui s'est terminé dimanche sans incident.

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