La France dans la rue

09/03/16 à 10:15 - Mise à jour à 10:44

Source: Afp

Hostiles à une réforme du droit du travail qu'ils qualifient de "régression historique", plusieurs syndicats de salariés et d'étudiants manifestent mercredi dans toute la France, espérant faire plier le gouvernement socialiste à un an de la présidentielle.

La France dans la rue

© Belga

Après deux tournants contestés, libéral puis sécuritaire, depuis 2014, le président François Hollande est de nouveau confronté à l'hostilité de son camp et risque de voir son assise à gauche se réduire encore, contrecarrant ses perspectives de nouvelle candidature pour 2017.

Cette fois, la grogne porte sur une réforme du droit du travail, dont l'objectif est de déverrouiller les freins à l'embauche pour infléchir le chômage endémique (10%), notamment celui des jeunes (24%).

M. Hollande a lié sa candidature à un nouveau mandat l'an prochain à un recul du chômage. Il défend sa volonté de combiner "sécurité professionnelle pour les jeunes" et "souplesse pour les entreprises" avec ce projet, mais ne convainc pas la jeunesse.

Rencontré lors d'une réunion militante à l'université de Rennes (ouest), Félix redoute que la loi aboutisse à "flexibiliser, précariser encore plus".

Le premier syndicat étudiant, l'Unef, et le syndicat lycéen FIDL ont donc décidé de se joindre à l'appel à manifester lancé par plusieurs syndicats contestataires comme la CGT, qui réclament le retrait pur et simple du texte.

"Avec le nombre de manifestations prévues, il va y avoir du monde dans les rues", a prédit mercredi matin Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT.

Dix ans après trois mois de manifestations lycéennes et étudiantes contre un contrat de travail spécifique pour les jeunes, finalement enterré, la mobilisation des 15-25 ans sera particulièrement suivie par l'exécutif.

Hasard du calendrier, l'appel coïncide avec une grève dans les transports ferroviaires sur des revendications salariales, qui devrait créer de fortes perturbations. Un train sur trois seulement circulait en moyenne dans le pays en début de matinée.

'Eviter les ruptures'

"On est les futurs employés de demain, c'est notre avenir aussi qui se joue", affirme Maxime, un étudiant en biologie de 24 ans. François Hollande avait fait de la jeunesse une priorité lors de sa campagne en 2012, mais il "n'a pas tenu sa parole", estime-t-il, en espérant que le gouvernement entendra la colère de la rue.

L'exécutif a déjà reporté de quinze jours la présentation de son texte définitif et multiplie cette semaine des consultations avec les partenaires sociaux.

"Nous pouvons éviter les ruptures", a estimé mardi soir François Hollande. Son Premier ministre Manuel Valls, qui mène la concertation, a déclaré que "les choses pouvaient bouger";

Les syndicats réformistes, CFDT en tête, lui ont redemandé lundi le retrait de deux dispositions emblématiques: le plafonnement des indemnités en cas de licenciement abusif et l'assouplissement des critères pour les licenciements économiques.

"Hollande et Valls jouent gros mais pas ensemble", notait le quotidien Le Parisien. "Le président qui a en tête sa réélection n'a pas les moyens de se mettre à dos une bonne partie de l'opinion. Quand au Premier ministre, attaché à son image de réformateur droit dans ses bottes, il fera sans doute le moins de concessions possible".

Le curseur dépendra sans doute de la mobilisation dans la rue ce mercredi, qui sera suivie d'autres actions notamment les 12 et 31 mars. Mais aussi des enquêtes d'opinion qui, aujourd'hui, donnent 70% des Français opposés à la réforme.

Sous couvert d'anonymat, un employé d'une filiale française d'un groupe étranger, âgé de 50 ans, fait partie des sceptiques. "Je crains que la nouvelle loi ne favorise la baisse des effectifs déjà en cours dans mon entreprise, et à mon âge il serait difficile de retrouver un emploi".

Pas question pour autant de quitter son poste pour manifester. "En revanche, dans un an, le gouvernement verra ma sanction dans les urnes", promet-il.

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