La Corée du Nord, premier défi de politique étrangère pour Trump

03/01/17 à 21:34 - Mise à jour à 21:34

Source: Afp

Répondre aux menaces nucléaire et balistique de la Corée du Nord risque d'être le premier défi de politique étrangère pour Donald Trump, mais ses options seront limitées après l'échec de la stratégie de sanctions et d'ouverture au dialogue poursuivie par Barack Obama.

La Corée du Nord, premier défi de politique étrangère pour Trump

© Reuters

Dans l'un de ses désormais traditionnels tweets du soir, le prochain président des Etats-Unis a assuré lundi qu'un missile nord-coréen n'atteindrait jamais le territoire américain, en réponse au dirigeant Kim Jong-Un. Ce dernier avait vanté dans son discours de Nouvel An l'imminence d'un test de missile balistique intercontinental.

Mais cette nouvelle sortie fracassante de M. Trump, interprétée comme une menace voilée contre Pyongyang, a encore provoqué des critiques à Washington. La plupart des experts jugeant dangereuse une option militaire qui déclencherait une réaction en chaîne en Asie.

"Notre prochain commandant en chef a-t-il promis, 18 jours avant son investiture, de mener une guerre préventive contre la Corée du Nord?", s'est ainsi inquiété dans un tweet Strobe Talbott, président de l'institut Brookings et ancien secrétaire d'Etat adjoint sous la présidence de Bill Clinton (1993-2001).

"Attaquer la Corée du Nord, ce serait de la folie", s'alarme aussi Philippe Le Corre, chercheur français à Brookings et qui, comme d'autres experts, a bien du mal à décrypter le message de M. Trump.

"Je ne vois pas très bien quelles seraient ses options (...) Soit les Etats-Unis discutent avec le régime nord-coréen et cela veut dire qu'à un moment ou un autre on fait un deal. Soit on renforce les sanctions", explique-t-il à l'AFP.

- 'Jouet' nucléaire -

De fait, le débat sur la stratégie face à Pyongyang oppose ceux qui conseillent de viser l'existence même du régime nord-coréen par un mélange de sanctions et de menaces militaires et ceux qui jugent que ce cocktail doit servir de levier diplomatique pour relancer des négociations en vue d'une "dénucléarisation".

L'administration Obama a tenté de concilier les deux approches: à coups de menaces et de sanctions renforcées mais aussi en cherchant constamment la reprise du dialogue comme lors des discussions internationales à Six -- gelées depuis des années -- entre la Corée du Nord, la Corée du Sud, la Chine, les Etats-Unis, la Russie et le Japon.

Mais fin octobre, juste avant l'élection de Donald Trump, le coordonnateur sortant du renseignement américain James Clapper avait jeté un pavé dans mare: persuader la Corée du Nord de renoncer à son programme militaire nucléaire et "dénucléariser" la Péninsule est "probablement une cause perdue" car c'est le "ticket de survie" du régime communiste.

C'est l'avis de M. Le Corre, pour qui l'"habile" Kim Jong-Un "ne peut pas s'en sortir autrement qu'en sanctifiant son régime autoritaire et fermé. Le nucléaire est l'un des jouets qu'il a à sa disposition".

- Pyongyang 'déterminé' -

La menace est ainsi prise très au sérieux par Washington.

"Beaucoup d'experts pensent que dans deux ou trois ans la Corée du Nord devrait être en mesure d'envoyer une charge nucléaire sur le territoire continental des Etats-Unis", confie à l'AFP Robert Einhorn, qui fut jusqu'en 2013 conseiller au département d'Etat en matière de non prolifération.

Et l'expert pense que les programmes militaires nucléaire et balistique de Pyongyang ne sont "pas négociables" et que le régime est bien "déterminé à aller de l'avant".

Pour y répondre "l'administration Trump devra décider si la stratégie doit être uniquement de faire pression ou de faire pression et de négocier en même temps", analyse M. Einhorn, à la manière des pourparlers internationaux avec l'Iran qui ont débouché en juillet 2015 sur un accord historique sur le contrôle de son programme nucléaire.

En 2016, la Corée du Nord a procédé à deux essais nucléaires, dont le plus puissant qu'elle ait jamais effectué, le 9 septembre, et à une vingtaine d'essais de missiles balistiques, au mépris des résolutions de l'ONU.

Depuis 2006, cinq essais nucléaires et toute une série de tests de missiles lui ont valu de sévères sanctions internationales qui ont été encore renforcées en mars et en novembre.

Mais ces mesures punitives n'ont jamais dissuadé Kim Jong-Un d'ordonner la poursuite sans relâche de ses programmes militaires.

Face à la menace, le Pentagone a réaffirmé mardi sa "confiance" dans la capacité des Etats-Unis à se protéger d'un missile balistique, appelant une nouvelle fois Pyongyang à éviter toute "provocation".

Nos partenaires

Ce site utilise des cookies pour améliorer votre expérience d'utilisateur. En continuant à surfer, vous acceptez notre politique de cookies. Plus d'infos