"L'UE attend de la Suisse qu'elle honore ses accords"

10/02/14 à 15:12 - Mise à jour à 15:12

Source: Le Vif

"L'UE honorera ses engagements en vers la Suisse et attend la réciproque de ses partenaires", a affirmé le président du Parlement européen, Martin Schulz, au lendemain d'une votation négative sur la libre circulation dans la Confédération helvétique.

"L'UE attend de la Suisse qu'elle honore ses accords"

© Reuters

"Je regrette le résultat du référendum et je prends note de l'étroitesse du vote. J'accepte la décision démocratique du peuple suisse", a-t-il ajouté, par voie de communiqué. "Le gouvernement suisse doit maintenant déterminer quelles conclusions tirer du référendum et voir s'il est possible de le faire en rendant la décision compatible avec ses engagements internationaux, en particulier ses accords avec l'UE", a poursuivi M. Schulz. Le vote nécessite "une analyse convenable et des réactions calmes et rationnelles".

"Partenaire clé" de l'Union européenne, la Suisse "profite des bénéfices du marché intérieur", note encore M. Schulz. "La liberté de circulation en est un pilier crucial."

Le vote helvète pose des "problèmes considérables", selon Merkel

"Le gouvernement fédéral a pris note de ce résultat et le respecte mais de notre point de vue, il est cependant clair qu'il pose des problèmes considérables", a déclaré Steffen Seibert lors d'une conférence de presse régulière du gouvernement.

"Les relations étroites qui lient la Suisse à l'Union européenne apportent des deux côtés aux populations de grands avantages et la liberté de circulation est au coeur de ces liens étroits", a-t-il ajouté. "La liberté de circulation est pour nous un bien de haute valeur, la chancelière l'a toujours souligné, il appartient désormais à la Suisse, au gouvernement suisse, après le résultat de ce référendum, de se rapprocher de l'UE et d'expliquer comment elle entend composer avec ce résultat", a-t-il poursuivi, précisant: "Les institutions européennes tireront alors toutes les conséquences politiques et juridiques de ce vote.

L'Allemagne est le premier partenaire commercial de la Suisse. "Notre intérêt doit être de préserver une relation entre l'UE et la Suisse aussi étroite que possible de manière à ce que les deux parties, les deux partenaires soient en position de conserver leur propre compétitivité, dans un contexte de compétition globale", a encore souligné M. Seibert.

Les électeurs suisses ont dit "oui" dimanche, à une courte majorité de 50,3%, à une limitation de l'immigration, ce qui est vécu par la classe politique nationale comme un coup de tonnerre et un désaveu mais surtout comme un saut dans l'inconnu pour les relations de la Suisse avec l'Europe.

Le référendum suisse conforte les eurosceptiques

Les résultats du référendum ont surpris les institutions européennes qui estimaient encore vendredi que le 'oui' ne l'emporterait pas. Sonnée, la Commission a rendu publique dimanche soir une très brève réaction évoquant son "regret". De nombreux responsables européens, du ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, au ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, ont fait part de leur consternation.

Au contraire, les partis européens eurosceptiques ont salué le vote des électeurs suisses qui vient les conforter à 100 jours des élections européennes. Le Front national, que des sondages placent en tête des élections européennes en France ou le parti eurosceptique britannique Ukip de Nigel Farage, qui milite pour une sortie de l'UE et une réduction draconienne de l'immigration, ont salué une "merveilleuse nouvelle".

"Ce que les Suisses peuvent faire, on peut aussi le faire", a pour sa part prévenu le leader du PVV (extrême droite), Geert Wilders, dont le parti est donné gagnant des prochaines élections européennes aux Pays-Bas.

La remise en cause de la libre-circulation, un des principes fondateurs de l'UE, ne date pas du référendum suisse. "Au sein des Vingt-Huit, un nombre croissant d'électeurs partage ce même rejet, fondé sur les mêmes peurs", estime Jean-Yves Camus, chercheur, spécialiste des populismes, à l'Institut des relations internationales et stratégiques (Iris).

Interrogé sur la Radio suisse romande, avant une réunion à Bruxelles avec ses homologues européens, le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères, Jean Asselborn, a estimé que la politique du gouvernement britannique dans le domaine des prestations sociales pour les travailleurs de l'Est a pu influer de manière négative sur le débat helvétique de la même façon que les discours des partis d'extrême droite.

Avec les élections européennes de mai prochain et les législatives attendues pour 2015, l'immigration est devenue un sujet majeur du débat politique en Grande-Bretagne, alimenté par la levée le 1er janvier des restrictions à la liberté de travail des citoyens roumains et bulgares au Royaume-Uni. Et le gouvernement du conservateur David Cameron accélère la mise en place de nouvelles restrictions à l'immigration intra-européenne. A compter d'avril, la Grande-Bretagne ne versera plus d'allocations logement aux immigrés sans emploi originaires d'autres pays de l'Union européenne. Plus de trois Britanniques sur quatre (77%) sont partisans d'une baisse de l'immigration, montre l'étude annuelle de l'institut NatCen publiée début janvier.

La question de l'immigration s'impose aussi en tant que thème des élections européennes aux Pays-Bas, en Autriche ou encore en Finlande.

Pour l'eurodéputé écologiste Daniel Cohn-Bendit ,"si on avait organisé en France un référendum comme celui organisé en Suisse, ça aurait été pire, 60% pour le oui".

Ancien Premier ministre du président français Nicolas Sarkozy, François Fillon a jugé lundi "parfaitement naturel" que la Suisse veuille réduire le nombre des étrangers sur son territoire, qui doit être modulé en fonction de la capacité à les intégrer. Selon lui, ce modèle devrait être repris par l'UE ou la France.

"L'Union européenne doit passer d'une immigration subie à une immigration choisie comme le font de nombreux pays à l'exemple du Canada qui fixe chaque année sa politique d'immigration en fonction de ses besoins économiques et de sa capacité d'intégration", a plaidé pour sa part l'eurodéputée UMP-PPE (centre droit) Françoise Grossetête.

"Ce genre de restrictions ne fait pas partie de notre politique", leur a répondu la porte-parole de la Commission européenne, Pia Ahrenkilde-Hansen. "Nous défendons la libre-circulation des personnes. C'est une valeur sacrée pour l'UE", a-t-elle insisté.

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