L'Irak déclare Ramadi totalement "libérée" de l'EI

28/12/15 à 06:31 - Mise à jour à 14:46

Source: Afp

Les forces irakiennes ont annoncé lundi la "libération" totale de Ramadi, grande ville à l'ouest de Bagdad, hissant le drapeau national sur un bâtiment gouvernemental pour marquer leur plus grande victoire face au groupe jihadiste Etat islamique (EI).

L'Irak déclare Ramadi totalement "libérée" de l'EI

Un combattant dans la ville de Ramadi © Reuters

"Ramadi a été libérée", a déclaré le général de brigade Yahya Rasool à la télévision d'Etat.

Des soldats ont dansé l'arme levée dans les rues du chef-lieu de la grande province occidentale d'Al-Anbar, pendant que des hauts commandants paradaient dans cette ville des bords de l'Euphrate que l'armée irakienne avait perdue en mai.

Des Irakiens sont également descendus dans les rues de plusieurs villes du pays pour célébrer la reprise de Ramadi.

Des jihadistes pourraient être encore présents dans certains quartiers mais les forces irakiennes affirment ne rencontrer aucune résistance depuis que les derniers combattants de l'EI ont quitté dimanche un complexe gouvernemental du centre-ville.

Les militaires avancent toutefois avec prudence et se consacrent à la tâche titanesque de désamorcer les centaines de bombes et engins explosifs laissés par les jihadistes dans la ville.

300 bombes et engins explosifs

"Il y a au moins 300 bombes et engins explosifs dans le complexe gouvernemental et sur les routes qui y mènent", a expliqué un officier de la 8e division de l'armée irakienne, Majid al-Fatlawi.

"Ils ont tout utilisé pour ces engins, des bouteilles d'oxygènes, des jerrycans remplis de C-4 (un explosif) et de chlore", a-t-il ajouté. Quasiment tous les civils ont quitté le centre de Ramadi dévasté par les combats. Certains ont pu être évacués mais d'autres ont été utilisés comme boucliers humains par les jihadistes pour couvrir leur fuite vers l'est de la ville, selon plusieurs témoignages.

Il y a une semaine, les responsables irakiens estimaient que l'EI disposaient encore de 400 combattants à Ramadi. Il était impossible lundi de déterminer combien ont été tués dans les combats et combien ont pu fuir. Du côté des forces irakiennes, les autorités n'ont pas divulgué de bilan des pertes mais des médecins ont indiqué à l'AFP qu'une centaine de soldats blessés ont été hospitalisés à Bagdad pour la seule journée de dimanche.

Mossoul prochaine étape?

La coalition internationale contre l'EI menée par les Etats-Unis et à laquelle participent notamment la France et la Grande-Bretagne, a félicité les forces irakiennes pour leur victoire à Ramadi. Elle a appuyé leur avancée par des raids aériens -- 600 depuis juillet dans cette zone-- mais également en leur fournissant armes et entraînements.

Le président du Parlement irakien, Salim al-Joubouri, a félicité les forces fédérales pour "cette magnifique victoire contre Daech". "Elle représente une rampe de lancement pour la libération de (la province) de Ninive", a-t-il affirmé.

Mossoul, deuxième ville du nord irakien, est le chef-lieu de la province de Ninive. C'est depuis cette cité que le chef de l'EI, Abou Bakr al-Baghdadi, avait proclamé son "califat" s'étendant sur une partie de l'Irak et de la Syrie, il y a un an et demi.

Depuis, l'EI a toutefois perdu un certain nombre de places fortes. Il y a une semaine, le ministre irakien de la Défense Khaled al-Obeidi avait affirmé que les forces irakiennes ont reconquis plus de la moitié du territoire perdu face à l'EI en 2014.

Les forces irakiennes parfois aidées des paramilitaires chiites ou des combattants kurdes ont notamment repris Tikrit, Baiji, au nord de Bagdad et Sinjar, dans le nord-est du pays. A Ramadi, les puissantes milices chiites --accusées par des défenseurs des droits de l'Homme de commettre des exactions-- sont restées en marge des combats et "la victoire revient à l'armée irakienne", selon l'analyste politique Ihsan al-Shammari.

Il faudra toutefois beaucoup de temps pour que la vie normale reprenne dans la cité. Des habitants ont à peine commencé à revenir dans les quartiers périphériques, reconquis par l'armée il y a plusieurs jours, pour évaluer les dégâts, selon un photographe de l'AFP.

D'après l'Organisation internationale des migrations, les habitants de la province d'Al-Anbar représentent un tiers des 3,2 millions d'Irakiens forcés de quitter leur foyer en raison des combats depuis 2014.

Les dates-clés de la guerre contre le groupe jihadiste EI

COALITION INTERNATIONALE CONTRE L'EI

- Le 8 août 2014, en Irak, les Etats-Unis s'impliquent directement pour la première fois depuis le retrait de leurs troupes en 2011, en bombardant des positions de l'EI.

Bagdad réclamait ces frappes depuis le début en juin de l'offensive des jihadistes, bien implantés en Syrie voisine et qui contrôlent de vastes pans du territoire irakien.

Début septembre, Barack Obama promet de vaincre l'EI avec "une vaste coalition internationale", et le 23, Washington aidé de ses alliés arabes mène les premiers raids contre le groupe en Syrie.

L'EI CHASSE DE KOBANE

- Le 26 janvier 2015, l'EI est chassé de Kobané, ville syrienne frontalière de la Turquie, après plus de quatre mois de violents combats menés par les forces kurdes avec le soutien des frappes quotidiennes de la coalition.

REPRISE DE TIKRIT (IRAK)

- Le 31 mars 2015, Bagdad annonce la "libération" de Tikrit (160 km au nord de Bagdad), reprise par les forces gouvernementales soutenues par des milices chiites, après une vaste opération contre l'EI, qui contrôlait la ville depuis près de 10 mois.

Mais en mai, l'EI s'assure du contrôle total de Ramadi, chef-lieu de la province irakienne d'Al-Anbar puis prend l'antique Palmyre, dans le centre de la Syrie, ville classée au patrimoine mondial de l'humanité.

L'EI CHASSE DE TALL ABYAD

- Le 16 juin 2015, les Unités de protection du peuple kurde (YPG) chassent l'EI du poste-frontière vital de Tall Abyad, avec le soutien de raids de la coalition.

Tall Abyad était l'un des deux principaux points de passage empruntés par l'EI depuis la Syrie vers la Turquie, pour le transit des armes et des combattants.

LA TURQUIE DECLARE LA GUERRE AUX JIHADISTES

- Le 24 juillet, la Turquie lance une "guerre contre le terrorisme", à la suite d'un attentat suicide survenu à Suruç (sud) qui a fait 34 morts. L'offensive turque vise l'EI, à qui l'attentat a été attribué, et la rébellion kurde. Dans les faits, l'aviation turque cible essentiellement les positions du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).

FRAPPES FRANCAISES ET RUSSES EN SYRIE

- Le 27 septembre, la France lance ses premières frappes en Syrie contre l'EI qu'elle bombarde déjà depuis un an en Irak dans le cadre de la coalition.

Le 30 septembre, la Russie entame en Syrie une campagne de frappes aériennes, qui vise, selon elle, les groupes "terroristes", dont l'EI. Mais l'intervention de Moscou est critiquée par les rebelles et des pays occidentaux qui l'accusent de vouloir secourir son allié Bachar al-Assad plutôt que de combattre les jihadistes.

REPRISE DE SINJAR (IRAK)

- Le 13 novembre, les forces kurdes irakiennes reprennent avec l'appui aérien de la coalition la ville irakienne de Sinjar à l'EI qui l'occupait depuis 2014, coupant aux jihadistes une route essentielle entre l'Irak et la Syrie.

INTENSIFICATION DES OPERATIONS

Le 15 novembre, deux jours après les attentats de Paris (130 morts) revendiqués par l'EI, la France bombarde le fief des jihadistes à Raqa en Syrie. Le 17, Moscou annonce que ses bombardiers stratégiques ont ciblé pour la première fois l'EI en Syrie après l'attentat contre un avion civil russe dans le Sinaï (224 morts le 31 octobre), revendiqué par l'EI.

Le 3 décembre, la Grande-Bretagne conduit ses premières frappes aériennes en Syrie contre des installations pétrolières de l'EI.

OFFENSIVE SUR RAMADI

Le 8 décembre, les forces irakiennes, qui bénéficient du soutien de la coalition, reprennent un quartier-clé de la ville sunnite de Ramadi (ouest), puis entrent le 22 décembre dans le centre-ville.

Le 27 décembre, les derniers combattants de l'EI quittent un complexe gouvernemental stratégique de Ramadi laissant entrevoir une importante victoire aux forces irakiennes.

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