L'Europe reste divisée sur la reconnaissance de la Palestine par l'ONU

20/09/11 à 17:44 - Mise à jour à 17:44

Source: Le Vif

L'Union européenne s'en va de manière divisée pour assister au vote crucial à l'Assemblée générale des Nations Unies sur la reconnaissance de la Palestine comme un Etat. L'Allemagne, les Pays-Bas, l'Italie et la République tchèque se sont déclarés contre une telle initiative qu'Israël et les Etats-Unis tentent par tous les moyens d'éviter tandis que la France et la plupart des autres pays du monde veulent que l'Autorité palestinienne franchisse un pas supplémentaire pour la reconnaissance formelle de l'Etat palestinien.

Officiellement, l'Union européenne est favorable à la solution de deux Etats pour mettre fin au conflit entre Israël et les Palestiniens. Mais il y a des désaccords considérables quant à savoir si cette position signifie que les Palestiniens méritent un soutien pour leur demande de reconnaissance comme membre à part entière de l'Organisation des Nations Unies. Ces divisions sont susceptibles de conduire à une rupture ouverte parmi les Européens.

Responsabilité particulière Lors d'une réunion des ministres européens des Affaires étrangères dans la ville de Sopot en Pologne les 3 et 4 septembre derniers, le ministre français Alain Juppé a exhorté ses collègues de se ranger derrière une seule position pour éviter "un échec tant pour Israël que pour l'Autorité palestinienne et pour pousser les Etats-Unis à faire le choix de rester isolé dans sa position pro-israélienne". Les Etats-Unis ont annoncé qu'ils comptaient utiliser leur droit de veto au Conseil de sécurité pour empêcher que l'ONU puisse se prononcer sur une pleine adhésion de la Palestine comme Etat membre de l'ONU.

Mais trois pays européens dont l'Allemagne préfèrent briser le consensus européen à ce sujet. Le ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, a déclaré à Sopot que l'Allemagne "a une responsabilité particulière envers Israël" suite à la persécution des Juifs par l'Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale.

Certains experts d'Europe de l'Est ont été très critiques face à cette opinion dissidente. "Les gouvernements européens qui s'opposent aujourd'hui à la reconnaissance d'un Etat palestinien devrait reconsidérer leur attitude", estime Muriel Asseburg, directrice de recherche du Moyen-Orient et de l'Afrique à l'Institut allemand des affaires internationales et de sécurité (SWP). "Ils feraient mieux de suivre la ligne européenne qui a toujours été en faveur d'une solution à deux Etats", explique-t-elle.

Soutien de l'Allemagne

Asseburg a rappelé que l'Allemagne, comme d'autres pays de l'UE, a soutenu depuis les accords d'Oslo de 1993 "la création d'un Etat palestinien en l'aidant financièrement et techniquement". En 1999, à la fin de la période transitoire définie par les accords d'Oslo, "l'Union européenne a annoncé sa volonté de reconnaître un Etat palestinien au moment opportun". En mai dernier, l'Union européenne qui est le plus grand donateur pour les Palestiniens a reconnu que l'Autorité palestinienne fonctionne déjà comme un Etat dans tous les domaines clés".

Maintenant l'incertitude règne quant à la demande palestinienne d'être reconnue comme un membre de l'ONU et cette incertitude est, selon Asseburg, incohérente et risque d'être "un coup dur pour la crédibilité de l'UE dans le monde arabe et au-delà."

Observateur

Le ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé a évoqué un risque "catastrophique" au cas où les Palestiniens auraient une large majorité d'Etats membres de l'ONU derrière eux contre un seul veto américain au Conseil de sécurité. Pour éviter cela, la France, la Belgique et une foule d'autres pays européens ont tenté de convaincre l'Autorité palestinienne de demander juste un statut plus élevé en tant qu'observateur à l'Assemblée générale à l'instar du statut que possède le Vatican. L'Organisation de libération palestinienne (OLP) a acquis le statut d'observateur en 1974 et depuis 1998, les représentants palestiniens ont reçu le droit de participer à des conférences sur le Moyen-Orient, y compris ceux dans les débats au Conseil de sécurité.

Une résolution dans le but d'étendre encore plus ce statut d'observateur ne requiert qu'une simple majorité à l'Assemblée générale. Le succès est presque assuré, même si Israël, les Etats-Unis et certains de ses alliés sont susceptibles de voter contre une telle résolution ou s'abstenir.

Mais les Palestiniens ont jusqu'ici rejeté cette solution envisageant un nouveau statut d'observateur approfondie car cela apporte peu de différence à la situation actuelle des Palestiniens. Vendredi dernier, le président palestinien Mahmoud Abbas a confirmé que les Palestiniens vont demander la reconnaissance en tant que membre à part entière de l'ONU. Une résolution à cet effet doit d'abord être approuvée par le Conseil de sécurité des Nations Unies - où les Etats-Unis menacent déjà de mettre un veto - et ensuite nécessite l'approbation des deux tiers des membres de l'Assemblée générale.

Pas unilatéralement

Le ministre allemand des Affaires étrangères allemand estime que "la proclamation d'un Etat palestinien viable ne peut seulement être le résultat de négociations avec Israël". Pour Asseburg cet argument ne tient pas la route. "La démarche peut difficilement être qualifiée d'une manoeuvre unilatérale. L'Autorité palestinienne cherche à avoir le soutien de la communauté internationale afin d'internationaliser la solution du conflit. Le processus de paix n'a pas fait de progrès significatifs depuis 1995 et tant les Etats-Unis que le Quartet (Etats-Unis, ONU, Russie et UE) ont été discrédités en tant que médiateur, il est grand temps de trouver de nouveaux moyens qui peuvent conduire à une solution à deux Etats" ajoute-t-elle.

Le débat sur la reconnaissance de la Palestine comme membre à part entière de l'ONU est une bataille largement symbolique. Une écrasante majorité des membres des Nations Unies reconnaissent déjà l'Autorité palestinienne ou l'OLP comme autorité politique représentant officiellement les Palestiniens et maintiennent des relations bilatérales avec les Territoires palestiniens. L'Autorité palestinienne a également des bureaux ou "ambassades" dans plus de 70 pays dans le monde. La Palestine est aussi membre à part entière du groupe des pays non-alignés, de la Conférence islamique, de la Ligue arabe et du Groupe 77 et du groupe des pays en voie de développement au sein de l'ONU.

Julio Godoy (IPS)

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