L'EI libère des centaines d'habitants pris en otage en Syrie (en images)

13/08/16 à 17:00 - Mise à jour à 17:00

Le groupe jihadiste Etat islamique (EI) a libéré samedi des centaines de civils qu'il avait emmenés comme boucliers humains en se retirant de son fief de Minbej en Syrie, après avoir été mis en déroute par des combattants soutenus par les Etats-Unis.

Les derniers jihadistes ont quitté vendredi Minbej qui leur servait de carrefour de ravitaillement entre la Turquie et les régions sous leur contrôle en Syrie, pays ravagé par une guerre qui a fait depuis 2011 plus de 290.000 morts et des millions de déplacés et de réfugiés.

La ville du nord syrien a été en outre qualifiée par les Etats-Unis de "plaque tournante" de l'EI vers l'Europe, où le groupe extrémiste sunnite a revendiqué plusieurs attentats meurtriers.

Sa défaite à Minbej était la pire du groupe face aux Forces démocratiques syriennes (FDS), une coalition de combattants arabes et kurdes soutenue pendant les plus de deux mois de bataille par les frappes américaines.

Dans leur retraite, les jihadistes avaient emmené comme boucliers humains vendredi près de 2.000 civils, dont des femmes et des enfants.

Parmi eux "figurent des habitants qui ont été utilisés comme boucliers mais aussi beaucoup qui ont choisi de partir volontairement par peur de représailles" des FDS, a indiqué Rami Abdel Rahmane, directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Plusieurs centaines "sont désormais en liberté", a précisé l'OSDH qui dispose d'un large réseau d'informateurs à travers le pays.

- Robe noir brûlée, barbes rasées -

De son côté, une source des FDS a dit qu'une "partie des civils avait pu s'échapper sur la route menant à Jarablos", un autre fief de l'EI plus au nord, et "d'autres ont été relâchés", sans confirmer si tous avaient été libérés.

Quand leurs adversaires tentent de prendre les villes qu'ils contrôlent, les combattants de l'EI utilisent les civils comme boucliers humains, soit en se cachant parmi eux pour éviter les bombardements, soit en les prenant en otage.

Les FDS, l'une des principales forces antijihadistes en Syrie, s'étaient emparées le 6 août de Minbej mais avaient continué à pourchasser quelques dizaines de jihadistes cachés.

"Il n'y a plus aucun combattant de l'EI" à Minbej a indiqué une source des FDS.

"Il n'y a plus ni jihadistes ni partisans du groupe. Ils sont tous sortis", a dit M. Abdel Rahmane.

La télévision Kurdistan24, basée à Erbil (Irak), a diffusé des images de civils en liesse dans la ville, qui a subi de terribles destructions,, avec des femmes en niqab embrassant des combattantes kurdes, d'autres femmes le visage dévoilé portant leurs bébés, le sourire au lèvres.

Devant la caméra, une femme brûle une longue robe noire imposée aux habitants par les jihadistes tandis que des hommes se coupaient la barbe avec des ciseaux. L'EI interdit aux hommes de se faire raser dans les zones qu'il contrôle en Syrie et en Irak voisin.

- 'Explosif sous une chaussure' -

"La bataille a été très dure", a affirmé une source kurde. "Et les jihadistes avaient posé des mines dans la ville."

"Un combattant des FDS est entré vendredi dans une maison, il y a vu une chaussure placée sur un exemplaire du Coran, lorsqu'il a enlevé le soulier une explosion a été déclenchée et il a été tué", a-t-elle raconté.

En un peu plus de deux mois de bataille, 437 civils ont été tués dont 105 enfants dans Minbej et sa région, alors qu'environ 300 membres des FDS et 1.000 jihadistes ont péri, selon l'OSDH.

D'après cette ONG, l'EI, responsable d'atrocités -enlèvement, viols, décapitations-, ne contrôle plus que 35% du territoire syrien contre 50% en 2015, après plusieurs revers.

Après la perte de Minbej, le groupe occupe toujours dans la province d'Alep les villes d'Al-Bab, de Dabiq et surtout celles de Jarablos et d'Al-Raï situées à la frontière turque.

Il contrôle également la majorité de la province voisine septentrionale de Raqa et totalement son chef-lieu éponyme, considéré comme sa capitale de facto. Plus à l'est, l'EI domine la majeure partie de la province pétrolière de Deir Ezzor, limitrophe de l'Irak et contrôle 60% du chef-leu éponyme.

Sur un autre front de la guerre, à Alep, les combats se poursuivaient samedi entre régime et rebelles, chacun des protagonistes cherchant à s'emparer de l'ensemble de la ville stratégique. Au moins 209 civils, dont 55 enfants, ont péri depuis le début de l'offensive rebelle le 31 juillet, selon un dernier bilan de l'OSDH.

Déclenché par la répression de manifestations pacifiques prodémocratie, le conflit en Syrie s'est complexifié avec l'intervention de pays étrangers et la montée en puissance de jihadistes.

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