L'Allemagne embarrassée par des révélations sur les néonazis

19/09/12 à 14:14 - Mise à jour à 14:14

Source: Le Vif

L'office criminel fédéral allemand estime "important" le danger du terrorisme d'extrême-droite outre Rhin, alors que les révélations sur le trio de Zwickau, responsable de la mort de 10 personnes entre 2000 et 2006 sont de plus en plus dérangeantes.

L'Allemagne embarrassée par des révélations sur les néonazis

© Laszlo Balogh / Reuters

Au début des années 1990, Quand une vague de violences néonazies secoua l'Allemagne, les autorités de l'époque n'ont cessé de temporiser: il ne s'agissait que de quelques groupuscules isolés, disait-on à l'époque, qui récupèrent des jeunes Allemands de l'Est désoeuvrés et déboussolés par la réunification. Aujourd'hui, le discours a changé.

Selon un document confidentiel datant de juillet 2012 et cité récemment par l'hebdomadaire Der Spiegel, l'office criminel fédéral (BKA) estime "important" le danger du terrorisme d'extrême-droite outre Rhin. Non seulement les risques d'agression envers des étrangers, des lieux ou des institutions juives sont "élevés", estime l'organisation, mais des attentats ne seraient pas à exclure contre des représentants de la République fédérale, tels des hommes politiques, des fonctionnaires de police ou des personnalités de la vie publique.

Ce revirement s'explique par une affaire qui secoue la vie politique allemande depuis près d'un an:les meurtres racistes commis très vraisemblablement par trois jeunes Allemands de l'Est. Tous trois fréquentaient, au début des années 90, un centre pour la jeunesse de Jena et ils ont pu passer à l'époque pour de simples adolescents à la dérive dans une société en plein bouleversement. Mais en fait, Beate Zschäpe, Uwe Mundlos et Uwe Böhnhardt ont créé une cellule terroriste, répondant au nom de "Underground national socialiste", ("Nationalsozialistischer Untergrund", NSU), et sont soupçonnés d'être à l'origine de la mort de dix personnes entre 2000 et 2006. Passé à la clandestinité en 1998, ils ont abattu de sang froid huit Turcs et un Grec, petits commerçants, ainsi qu' une policière allemande. Uwe Mundlos et Uwe Böhnhardt se sont donnés la mort, le 4 novembre 2011, avant que la police ne vienne les arrêter à la suite d'un hold-up raté; Beate Zschäpe est, quant à elle, en détention préventive.

Comment les agissements de ces trois individus ont-ils pu passer inaperçus, dans un milieu d'extrême droite connu pour être largement infiltré, et de longue date, par les services de renseignements allemands? La question qui agite l'opinion publique depuis près d'un an tourne aujourd'hui au scandale. Car le nombre des "pannes" qui ont empêché l'arrestation du trio au cours de toutes ces années devient si élevé qu'on ne peut plus les mettre sur le compte du hasard. Informations qui n'ont pas été prises au sérieux, documents non transmis ou détruits, enquêtes négligentes, font naître l'idée que la "cellule de Zwickau", comme on l'appelle, a soit bénéficié de l'impunité des divers services de renseignements allemands, soit tiré partie de leurs incompétences ou de leurs luttes intestines. Dernier exemple en date : un indicateur à Berlin avait fourni des données sur les trois extrémistes de droite, à cinq reprises, révélant même en 2002 où ils logeaient...

Jusqu'à présent, quatre responsables des services de renseignements, au niveau régional ou fédéral, ont démissionné - ou ont été limogés. Mais l'affaire n'en est qu'à ses débuts.

De notre correspondante Blandine Milcent, L'Express.fr

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