L'affaire de Nantes, une vitrine pour le masculinisme ?

19/02/13 à 12:32 - Mise à jour à 12:32

Source: Le Vif

L'affaire de Nantes a mis un coup de projecteur sur le "masculinisme" un mouvement d'hommes qui revendiquent plus d'égalité entre les pères et les mères. Qui sont-ils exactement ?

L'affaire de Nantes, une vitrine pour le masculinisme ?

© Image Globe

À Nantes, Serge Charnay a fini par descendre de sa grue, après y être resté quatre jours, pour réclamer le droit de voir son fils. Pourquoi a-t-il fini par redescendre ? "Il était plus que temps de descendre de cette grue. De toute manière, y rester n'aurait pas changé grand-chose", a-t-il répondu au Grand Journal de Canal +. Et en effet, la mission était accomplie.

Il n'a pas retrouvé ses droits parentaux, raison pour laquelle il y était monté, mais il a réussi à faire parler de ses revendications, celles des "masculinistes". Dans les colonnes du Monde, Patric Jean, producteur du documentaire "La Domination masculine", témoigne de son expérience parmi ces associations d'hommes très organisées au Québec, qu'il a infiltrées pour les besoins de son film.

Selon lui, il ne fait aucun doute que l'actualité à Nantes n'est pas l'expression de la détresse de deux pères déchus de leurs droits, mais d'un message politique très bien orchestré avec l'aide des associations masculinistes québécoises. La ressemblance est d'ailleurs, selon lui, frappante entre les évènements de Nantes et une action organisée il y a quelques années par "Father for Justice".

Le masculinisme, selon Patric Jean, est un mouvement que l'on peut qualifier d'"anti-féministe" et qui prône un rétablissement des valeurs patriarcales telles que : "la différenciation radicale des sexes et de la place de l'homme et de la femme à tous niveaux de la société, la suprématie de l'homme sur la femme dans la famille, mais aussi la conduite de la cité, la défense du couple hétérosexuel très durable comme seul modèle possible, l'éducation viriliste des garçons et donc refus de toute égalité des femmes et des hommes".

Les masculinistes nient également la violence conjugale, l'inceste et le viol qui seraient des inventions des femmes. Et ils souhaitent que les conditions du divorce soient rendues plus difficiles puisque ce sont souvent les femmes qui le demandent.

Deux arguments sont systématiquement utilisés par ces hommes, selon Patric Jean. Le premier est la collusion entre les pouvoirs (justice, ministères et médias) afin d'évincer les pères. C'est justement mot pour mot l'une des premières phrases qu'a dites Serge Charnay lorsqu'il est descendu de sa grue. Il se dit victime d'une déchéance de droit parental, mais a en fait été condamné à un an de prison (dont quatre mois fermes) en septembre dernier pour avoir enlevé son fils pendant deux mois et demi. Ce qui a conduit à un retrait de son autorité parentale.

Le second argument consiste à utiliser la thèse du "syndrome d'aliénation parentale" qui est un concept, non reconnu par les spécialistes, selon lequel "un parent (sous-entendu le père) peut être aliéné, c'est-à-dire rendu étranger à l'enfant. L'enfant est alors pris comme otage et est ensuite transformé en soldat afin de détruire l'image de l'autre parent", comme l'a expliqué Nicolas Moréno, invité au Grand Journal. Nicolas Moréno est monté sur la grue quelques heures en soutien à Serge Charnay. Il est accusé par son ex-compagne de violences conjugales et de mauvais traitements sur ses enfants. Il n'a pas vu son fils de 8 ans depuis deux ans.

Selon Patric Jean, les masculinistes se servent de ce prétendu syndrome pour affirmer que les femmes mentent lorsqu'elles accusent les pères de violence ou d'agression sexuelle. "La séparation d'un couple avec enfant provoque souvent des déchirements. Mais imaginer qu'il y aurait une situation systémique d'évincement des pères par les mères dans la vie des enfants au point d'en observer un syndrome est une affabulation", affirme Patric Jean. "J'ai moi-même suffisamment entendu ces hommes parler de la pédophilie pour témoigner du fait qu'elle est considérée par beaucoup de ceux-ci comme une pulsion masculine qu'il ne faut pas refréner. Un père incestueux incarcéré à la suite d'une condamnation à des années de prison est soutenu et considéré comme un héros de leur combat politique", affirme-t-il.

Le but ultime des masculinistes est de faire changer la loi et ils déposent régulièrement des propositions en ce sens. En France, la dernière date du 24 octobre 2012. Elle demande que la résidence alternée soit rendue obligatoire et que le syndrome d'aliénation parentale soit reconnu.

Il faut cependant rappeler qu'en France, 80 % des gardes d'enfants (plus de 70 % en Belgique) sont le résultat d'une discussion à l'amiable entre les deux parents.

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