Kerry : l'offensive jihadiste représente une "menace existentielle" pour l'Irak

25/06/14 à 08:58 - Mise à jour à 08:58

Source: Le Vif

L'armée combattait mardi les insurgés sunnites autour de la principale raffinerie d'Irak et tentait de freiner leur avancée dans l'ouest, alors que le secrétaire d'Etat John Kerry a appelé à l'unité politique pour éviter l'éclatement du pays.

Kerry : l'offensive jihadiste représente une "menace existentielle" pour l'Irak

© Reuters

Le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'Homme a fait état mardi d'un bilan de plus de 1.000 personnes tuées dans plusieurs régions d'Irak entre le 5 et le 22 juin. Sur le plan diplomatique, M. Kerry a rencontré à Erbil (nord) les dirigeants kurdes après avoir promis à Bagdad un soutien "intensif" pour enrayer l'offensive qui a permis aux jihadistes de prendre de larges pans de territoire, a déplacé des centaines de milliers d'Irakiens et mis sous pression le Premier ministre chiite Nouri al-Maliki.

Les premiers conseillers militaires promis par Barack Obama ont entamé leur mission à Bagdad, selon le Pentagone. Au total 300 d'entres eux doivent venir épauler les forces irakiennes mais aucun soldat ne sera déployé au sol avait annoncé le président américain. A l'aube, les insurgés, menés par le groupe ultra radical de l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), ont lancé un nouvel assaut pour reprendre la raffinerie de Baïji, à 200 km au nord de Bagdad mais les soldats les ont repoussés et des combats avaient lieu dans le secteur, selon des responsables.

Les soldats étaient appuyés par l'aviation qui a mené des frappes sur Baïji, un responsable accusant les insurgés "de se cacher dans les maisons des quartiers résidentiels". Dix enfants et neuf femmes ont péri dans les raids, selon un autre responsable, alors que la télévision officielle a parlé de 19 "terroristes" tués. D'autres raids ont fait six morts dans la soirée. L'armée avait repoussé à la mi-juin un précédent assaut contre la raffinerie, un épisode qui avait affolé les marchés pétroliers, l'Irak étant le deuxième producteur de l'Opep.

Il s'agissait d'un rare succès des forces armées après leur totale déroute aux premiers jours de l'offensive lancée le 9 juin par les insurgés qui ont mis la main sur Mossoul, deuxième ville d'Irak, une grande partie de sa province Ninive (nord), de Tikrit et d'autres secteurs des provinces de Salaheddine (nord), Diyala (est), Kirkouk (nord), et Al-Anbar (ouest). Dans ces zones, les autorités ont affirmé qu'elles suspendaient le paiement des salaires des fonctionnaires jusqu'à la fin des hostilités.

Dans la province occidentale d'Al-Anbar, où les insurgés contrôlent plusieurs villes, l'armée appuyée par des tribus locales a repoussé un assaut sur la cité de Haditha, qui abrite une importante centrale électrique. L'armée de l'air a en outre mené des raids sur deux ponts vitaux sur l'Euphrate près de la ville d'Al-Qaïm, utilisés par les insurgés dans leurs déplacements, faisant 13 morts. Alors que les jihadistes sont désormais à moins d'une centaine de km de Bagdad, M. Kerry a tenté de persuader le président de la région autonome du Kurdistan Massoud Barzani de se joindre à un gouvernement d'union. Sa mission semble néanmoins ardue, M. Barzani appelant à la démission de M. Maliki qui semble vouloir se maintenir au pouvoir malgré les critiques virulentes contre sa politique confessionnelle qui a marginalisé notamment la minorité sunnite. "Comme tout le monde le sait, il s'agit d'un moment très critique pour l'Irak, et la formation d'un gouvernement est notre principal défi", a affirmé M. Kerry devant son interlocuteur. Les profondes divergences qui minaient le pays bien avant l'offensive jihadiste empêchent la formation d'un nouveau gouvernement, issu des élections d'avril où le bloc Maliki était arrivé en tête. Et sa formation est devenue plus urgente après l'assaut.

Pour ajouter à la confusion, les forces kurdes ont pris plusieurs secteurs après le retrait de l'armée face à l'avancée des insurgés, notamment la ville multi-ethnique et pétrolière de Kirkouk où le chef du conseil municipal a été abattu. "L'Irak est clairement en train de se désintégrer et il est évident qu'un gouvernement fédéral ou central a perdu le contrôle sur tout", a dit M. Barzani dans une interview à la chaîne CNN. Selon Rupert Colville, un porte-parole du Haut-Commissariat, "l'EIIL a diffusé des dizaines de vidéos montrant des traitements cruels, des décapitations et des fusillades hors combat de soldats, de policiers et de personnes apparemment visées à cause de leur religion ou de leur origine ethnique (...)".

M. Kerry, selon qui l'offensive jihadiste représente une "menace existentielle" pour l'Irak, a promis un soutien plus "efficace" si les forces politiques oeuvrent pour l'unité du pays. Après l'Irak, M. Kerry est arrivé mardi soir à Bruxelles pour une réunion de l'Otan et se rendra ensuite à Paris. Dans l'Ouest, une grande partie de la frontière échappe au contrôle des forces gouvernementales syriennes comme irakiennes et l'EIIL, qui ambitionne de créer un Etat islamique à cheval entre les deux pays, contrôle une grande partie de la province syrienne frontalière de Deir Ezzor.

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