Kerry en visite surprise à Kaboul

09/04/16 à 16:25 - Mise à jour à 16:24

Source: Afp

Le secrétaire d'Etat américain, John Kerry, était samedi à Kaboul, une visite non annoncée destinée à encourager le processus de paix avec les talibans et à exprimer l'appui des Etats-Unis au gouvernement d'unité afghan que M. Kerry avait porté sur les fonts baptismaux il y a 18 mois.

Kerry en visite surprise à Kaboul

© Reuters

La visite de John Kerry intervient au moment où Kaboul tente de ramener les insurgés talibans à la table des négociations pour mettre fin à un conflit qui dure depuis 2001. Or les islamistes refusent tout dialogue direct tant que leurs conditions n'auront pas été remplies, dont le départ des 13.000 troupes étrangères d'Afghanistan.

C'est d'ailleurs à l'état-major de "Soutien résolu", la mission de l'Otan en Afghanistan, que M. Kerry a réservé la première étape de sa visite à Kaboul samedi. Au cours de cette journée, il doit afficher son soutien au processus de paix et de réconciliation avec les talibans, d'après son porte-parole, John Kirby.

Il s'est ensuite rendu au palais présidentiel pour une session de la commission bilatérale afghano-américaine puis des entretiens avec le président afghan Ashraf Ghani et son numéro deux, Abdullah Abdullah.

Le chef de la diplomatie américaine a dit vouloir "réaffirmer la force des liens bilatéraux" qui unissent Washington et Kaboul, à l'ouverture de la session de la commission qu'il présidait avec son homologue Salahuddin Rabbani. "Les Etats-Unis continuent à soutenir la souveraineté, l'indépendance et l'intégrité territoriale d'un Afghanistan démocratique et de plus en plus prospère", a-t-il ajouté.

Selon son porte-parole John Kirby, le chef de la diplomatie américaine devait aussi parler de "sécurité, défense, démocratie, gouvernance, développement économique et social" lors de cette réunion.

Profonds différends au sommet de l'Etat

Après 18 mois du gouvernement d'unité, "il ne fait aucun doute qu'il y a des défis. A la fois des défis politiques et ceux liés à la résilience des ( ) talibans", a commenté le représentant spécial des Etats-Unis pour le Pakistan et l'Afghanistan, Richard Olson.

Début mars, les talibans afghans avaient refusé de participer aux pourparlers de paix directs avec Kaboul, mettant un coup d'arrêt aux espoirs du gouvernement afghan de régler un conflit vieux de plus de 14 ans qui a fait des dizaines de milliers de victimes.

Cette fin de non-recevoir a douché les espoirs du gouvernement afghan et de ses partenaires chinois, américains et pakistanais qui pensaient assister à une reprise du dialogue, alors que les combats battent leur plein dans l'ensemble du pays et que l'"offensive de printemps" des talibans doit commencer dans les prochaines semaines.

M. Kerry devrait d'ailleurs aborder la question du conflit et des moyens d'y mettre fin avec ses partenaires afghans samedi. "La vigilance (face aux insurgés, ndlr) doit être constante, les efforts doivent être constants", a-t-il dit en préambule à la session de la commission bilatérale.

Les Etats-Unis, qui ont signé un "accord de partenariat stratégique" avec Kaboul, ont retiré le plus gros de leurs troupes d'Afghanistan et y maintiennent 9.800 soldats, un chiffre qui doit en principe tomber à 5.500 début 2017, selon l'objectif de Barack Obama.

Au plan politique, les élections législatives ont été programmées pour le 15 octobre, soit plus d'un an après l'expiration du mandat des 249 députés, un lourd retard dû notamment à de profonds différends au sommet de l'Etat.

Le très important retard pris par le scrutin est à mettre sur le compte du regain de l'insurrection des talibans qui fait craindre pour la sécurité des électeurs et des organisateurs.

En outre, un désaccord profond subsiste entre MM. Ghani et Abdullah, sur la façon d'organiser des élections après le fiasco de la présidentielle de 2014.

Les deux hommes avaient revendiqué chacun la victoire pendant trois mois avant de se mettre d'accord sur ce partage inédit du pouvoir, grâce à la médiation de John Kerry. "Nous devons nous assurer que le gouvernement d'unité nationale fasse tout son possible pour rester uni et répondre aux attentes des Afghans", a-t-il d'ailleurs prévenu samedi.

Signe le plus visible de ces frictions au sommet de l'Etat: plusieurs ministres afghans ont claqué la porte ces derniers mois en raison de profonds désaccords avec M. Ghani et son numéro deux, dont le ministre de l'Intérieur, Noor ul-Haq Ulumi qui a démissionné en février.

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